notes d'artiste (juillet 2004)

notes au fil de l'eau lors de la réalisation du site et de mes autres trucs.

 

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02/07/2004

Je confirme mes impressions de la première semaine. Cet appareil photo m'a changé la vie. Le compteur de prise de vues dépasse 300. C'est plus que je n'en n'ai pris des années durant. Je ne sais pas si cette excitation va durée longtemps. Je risque bien de me lasser quand j'aurais épuisé tous les petits sujets. Je sais juste que mercredi et jeudi, je n'ai rien photographié parce que le ciel était couvert et cela m'a manqué. Je me suis rattrapé hier !

Je goûte sans réserve le plaisir de l'usage de cet ensemble inséparable que constituent l'appareil photo numérique et l'ordinateur. Je crois qu'il n'y a rien à regretter de la technique argentique d'autant que la qualité des photos que j'obtiens est très correcte. Le fait de récupérer rapidement les images et de les terminer sur l'ordinateur change beaucoup de choses. Ça enlève ce côté bébête de la prise de photo mécanique. Pour moi, en tout cas. La dynamique de création se poursuit après la prise de vue, d'abord dans la vérification immédiate sur l'écran de contrôle et ensuite sur le PC pour la retouche. Ça permet de corriger des défauts, mais souvent aussi, de transformer radicalement l'image. Après traitement, certaines de mes photos sont très différentes, ce qui prouve bien que la prise de vue n'est qu'une étape. Les années passées, je m'étais coupé des possibilités d'interventions aux étapes suivantes, laissant ce soin au laboratoire et c'était dommage.

Je n'ai pas tout dit de ce que j'attends de la photographie et de ma manière de pratiquer. J'ai un tel sentiment de facilité que je me demande ce que je vais faire de toutes ces photos. Je songe à tous ces photographes qui ont des dizaines de milliers de cliches chez eux dont quelques uns seulement sont connus. JE vais avoir le même problème. Je me demande aussi si non contact avec cette nouvelle technologie est tellement différent de celui de tous les amateurs... Toujours la même question qui revient chez moi, celle de la valeur et de la reconnaissance. Qu'est ce que je peux faire dans cette époque de sinistre démocratisation. Ce matin encore je lisais dans une publicité qu'on pouvait avoir un nécessaire pour la peinture à l'huile à moins de dix euros. L'art devenu définitivement un commerce de masse.

***

J'utilise mon nouvel appareil plutôt à la manière d'un peintre. Le sujet ne m'importe aucunement. C'est ce que j'ai compris. Ça me permet - comme je l'ai fait hier encore - de prendre vingt photos sans me lever de ma chaise. C'est d'abord une question de regard et de moment. Les objets quotidiens, un peu abîmés, sont les plus intéressants. Le lumière du matin est la meilleure. Le soir aussi, mais il ne sert à rien de vouloir photographier en milieu de journée. Je le savais. Je l'avais lu dans les bouquins mais n'avais jamais expérimenté à quel point c'est vrai. Il faut probablement avoir pris un certain nombre de clichés pour s'en apercevoir et être dans cette manière expérimentale par rapport à la production d'images. En ce sens on peut dire que très peu de gens font ce que je fais. Couramment on "prend" des photos avec l'espoir de retenir l'instant ou de se souvenir d'un lieu qu'on a visité. Ma démarche est de fabriquer des images. Je les cadre, les sélectionne, les traite. C'est simplement une démarche artistique.

Photographier est sans doute un art mais c'est aussi une discipline. Il n'est pas anodin de prendre des photos (mais on pourrait dire la même chose à propos d'écrire...). Pourquoi photographier en effet ? à quoi cela sert-il ? Comme mon appareil est de petites dimensions, j'ai pris la décision de l'emporter dans ma poche avec la règle de prendre au moins une photo chaque jour.. Je ne respecte pas cette règle scrupuleusement mais m'en approche. Au moins, je me mets dans un état d'esprit réceptif, et quelque part, je me dis que c'était la prothèse qui me manquait pou garder le contact avec le réel. Photographier c'est un peu ça. Cela m'oblige à regarder. Bien sûr je n'en suis pas dupe, comme je l'expliquais plus haut, il s'agit de créer une image de ce que je vois... C'est peut-être un appel aussi. Ce que j'observe n'est pas nécessairement ce que vous voyez. En faire des photos est une manière de partager mon regard. J'ai pas encore assez de recul sur mes photos mais je vois bien que dès que je photographie, je mets mes sens en éveil et que je regarde un peu autrement. C'est à la fois ce qui m'avait éloigné de la photo et ce qui m'en rapproche aujourd'hui. Je trouvais ridicule de photographier la cathédrale de Chartes ou la baie de Rio pour dire que j'y étais. Je pensais que j'étais trop réservé et que le problème était surtout que je n'osais pas photographier les gens. Mais en fait, peu de gens sont intéressants à photographier. Ils sont plutôt laids. A moins d'avoir partagé des choses avec eux., je ne pense pas qu'il soit possible de les capter correctement avec un appareil photo. Il se figent... Moi le premier d'ailleurs. Je n'ai aucune photo de moi.

Il se produit des accidents. Des détails apparaissent dans les images qui n'avait pas remarqué à la prise de vue et incitent à mieux regarder la prochaine fois. C'est pourquoi il faut que ce soit interactif et donc, photographier sans cesse. C'est peut-être un eu comme une prière ou plutôt une louange qu'il faut renouveler sans relâche. Parmi les images récentes que j'ai prises, l'une de celles qui m'ont le plus bouleversé a été lorsque je me suis amusé à photographier les touches du clavier de mon ordinateur. Je savais que les touches étaient sales mais avec le mode macro, la crasse, les poussières et les cheveux me sautèrent au visage. .. me renvoyant du même coup à la sueur et aux heures passées sur cet ordinateur. En même temps, c'est la question du bon goût en photographie. Je n'avais jamais vu de photo de ce type, ce qui signifie que celles qu'on voit censurent et travestissent la réalité même parfois, là où on ne s'y attend pas.

Passée cette première impression, j'ai fait subir quelques transformations à cette image repoussante, d'abord par une conversion en noir et blanc, augmentant le contraste puis en ajoutant une certaine quantité de bruit, ce qui produit deux niveaux d'esthétisation que je livre ici sans commentaire;

 

cliquer sur les images pour agrandir
image originale conversion noir et blanc ajout de bruit

 

06/07/2004

60 000 guitares Fender Stratocaster seront fabriquées cette année au Mexique. On en fabrique depuis cinquante ans. Cela fait beaucoup de rockers déchaînés !

 

11/07/2004

On en rate; on en laisse échapper un grand nombre aussi. Parfois je n'ose pas sortir mon appareil, parfois je n'ai pas le réflexe. J'ai la mission de prendre chaque jour au moins une photo sur le trajet qui me conduit à mon travail. Certains matins, je n'ai pas envie et d'une certaine manière l'appareil photo m'apparaît comme un outil pour canaliser ma bonne humeur, la provoquer peut-être, ou pour le moins, la mesurer. Je parlais de prothèse. Je maintiens ce qualificatif. Je l'utilise comme ça. Et je crois qu'il va m'aider dans une certaine mesure à supporter le vie. J'ai même fait quelques images dans la cage d'escalier de l'immeuble où je travaille. Un endroit moche et industriel. Les images sont belles. Depuis je regarde ce lieu avec un peu moins de sévérité.

J'ai encore une réticence à photographier les gens. C'est le problème de sortir l'appareil qui va contrarier inévitablement la scène que je veux capter. Il y a deux manières pour photographier : La discrétion - le plus facile - ou bien s'imposer comme photographe avec tout le matériel adéquat. Cela suppose un contact avant ou après la photo.

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J'accumule les images et les fignole sur mon PC. Elles s'améliorent peu à peu, à mesure que je domine mieux la technique mas je ne sais pas encre bien ce que je vais faire de toutes ces photos. Certaines sont pour internet, c'est évident, mais les autres ? Il me semble qu'elles ne sont pas si mal et ça m'inquiète un peu de voir combien il est facile de faire de très bonnes photos ! En même temps, elles me semblent répéter des choses que j'ai déjà vues, imiter des photographes connus. Je n'ai pas encore de style propre (mais est-ce que je ne dis pas la même chose de tout ce que je fais ?).

 

14/07/2004

On en rate, on en rate, et on en laisse échapper un grand nombre ! Je vois beaucoup d'images fugitives que je laisse filer. Je porte l'appareil dans ma poche mais ce n'est pas encore l'idéal que serait un appareil greffé dans l'œil ! J'ai appris deux ou trois choses. Photographier me semble aujourd'hui comme une forme de générosité. J'ai les bases techniques mais je les laisse généralement de côté faisant confiance à l'automatisme et l'autofocus. Le cadre même ne me semble plus si important. Ça l'était beaucoup - logiquement - lorsque je m'étais coupé de la possibilité de retoucher les images. A présent je vise plus large et recadre sur mon PC. J'ai compris que la plupart des images publiées sont "honteusement" recadrées. Je m'étais imaginé qu'on était un grand photographe lorsqu'on avait le coup d'œil parfait au moment du déclencheur. Quelle bêtise ! D'autant que ce qu'on perçoit d'une image est souvent très approximatif et qu'on doit détailler l 'épreuve avec soin avant d'en extraire la substance. ainsi, une photo que j'ai faite lundi lors de ma promenade digestive du midi m'a conduit à photographier un étrange chariot supportant des chaises pliantes à la terrasse d'un café dont j'ai tiré après coup trois images différentes dont deux au moins que je pense conserver... A la prise de vue, ça va trop vite. On perçoit des choses et des rapports mais on ne peut pas tout analyser. D'où l'intérêt de prendre large !

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Une manière de générosité... Ça aussi, je viens de le comprendre. Il ne s'agit pas d'intellect mais de sensation. Il n'y a pas de sujet intéressant en soi et tous le sont en même temps. Je ne poursuis aucun sujet précis, je laisse les photos venir à moi. C'est une attitude tout à fait différente de mes pratiques antérieures en matière de photographie. J'étais trop normatif... Ce qui différencie une bonne phot ode la banalité est tellement infime. Je regrette particulièrement d'avoir raté la photo suivante :

jean-claude.devaux - 12/07/2004

Elle n'est pas vraiment ratée d'ailleurs mais trop floue. Le temps était pluvieux et l'appareil peinait à trouver la lumière suffisante. Ce n'est qu'une image d'un graffiti amusant mais la voiture au premier plan est déterminante pour cette photo. Je suis repassé au même endroit mardi mais il y avait une camionnette garée qui masquait l'essentiel du graffiti. Et puis la lumière... Je doute qu'il sera possible de retrouver l'instant de cette photo. C'est ce qu'il faut réussir à capter. C'est une forme de méditation en fait. Je n'imagine pas construire des photos par des mises en scène. J'ignore si je garderai cette idée longtemps. Il se pourrait que je m'épuise rapidement mais c'est ainsi que je vois les choses aujourd'hui.

Dans cet esprit il me semble guère possible de réaliser de bonnes photos en voyage. Il est bien plus efficace d'être dans le quotidien. L'état de surprise permanente du voyage est assez antinomique avec la sérénité de l'œil nécessaire pour photographier. Il faut connaître les choses qu'on photographie, les avoir déjà vues. Et au vu des différentes images que j'ai faites sans sortir de chez moi, on peut dire qu'il n'est pas nécessaire d'aller si loin.

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Il existe encore des sujets que je ne sais pas photographier. Les gens, je l'ai déjà mentionné plusieurs fois, mais les mouvements aussi. Il faut un certain entraînement pour positionner les éléments dans l'urgence. Tant pis. Je ne prends pas ce genre de photo pour l'instant. C'est égal. Je me demande si je ne vais pas vite exiger d'avantage de qualité et devoir me tourner vers un appareil plus performant. Possible, mais rien ne presse.

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Une émission passait à la radio qui parlait d'un photographe anglais (ils 'agit de Martin Parr) qui pratique la photo "vernaculaire". La traduction en français ne convient pas du tout mais c'est l'idée de non style, s'intéresser à ce qui est supposé ne pas avoir d'intérêt. Un hasard que je tombe sur ce programme et je m'aperçois que certaines des idées que j'avais sont déjà dans l'air. Ce photographe avait par exemple fait une série de photos de parkings vides.

L'idée de séries de ce genre me trotte aussi dans la tête. C'est une manière de durer, une manière de photographier le temps. Pour moi ce sont les poubelles. Dans mon projet de photographier un peu chaque matin le trajet de chez moi au métro, insensiblement, je m'intéresse de plus en plus aux poubelles. Les poubelles des autres rues ne m'intéressent pas. Comme vous, je n'y vois que des boites de plastique. Dans ma rue, au contraire, elles me sont familière et y gagnent une certaine forme de vie. Il ne s'agit pas d'un travail de dénonciation de la société de consommation et de montrer les ordures. Non. Seulement les poubelles, à la rigueur les cartons et les sacs remplis. Tous les jours elles sont là. A la même place, à quelques centimètres près. Cela constitue une image globale à la fois de régularité et de changement que je veux essayer de capter;

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Ce week-end je faisais un peu de rangement quand j'ai retrouvé un pied photographique que je ne me souvenais même plus avoir encore. Grâce à lui, en utilisant le retardateur, j'ai pu réaliser une série d'autoportraits. .. Il existe très peu d'images de moi. Il faut dire que je ne me suis jamais trouvé face à l'objectif d'un photographe doué. Je me retrouve seulement parfois sur des photos de repas de famille dont je fuis la lumière livide.

Peut-être qu'on est mieux servi par soi même, je me suis dit. J'ai pris un certain nombre de clichés en me plaçant devant le mur. L'expérience a été enrichissante et il faudra que je la poursuive. Je recommencerai en me fixant des sujets de réflexion pour capter mes expressions liées à des états mentaux. Ça risque de ne rien donner mais ça vaut le coup d'essayer.

Des clichés obtenus, ce qui m'a le plus surpris est de ne pas toujours me reconnaître. J'avais l'impression d'un inconnu. Connaître son image est un privilège. Les actrices tirent, j'en suis sûr, beaucoup d'énergie du reflet qu'on fait d'elles mêmes. Elles disposent d'une panoplie de regards sur elles qui leur éclairent diverses facettes de leur personnalité. C'est un avantage indéniable sur les inconnus sans image comme moi... d'où cette volonté de me construire une image concrète... Il est sûr que je suis le mieux placé pour me voir tel que je suis !

C'est pourquoi aussi je dis que photographier n'est pas neutre.

 

17/07/2004

J'en ai me semble t'il assez dit sur la photographie. Maintenant je vais me contenter de faire. Il y a quelques idées dans les notes que j'ai prises. Elles auraient mérité sans doute d'être organisées d'avantage sous forme d'un texte plus fondateur. Je ne pensais même pas avoir quelque chose à dire sur ce sujet !

Il est trop tôt pour dire si le changement que constitue pour moi la possession d'un appareil photo numérique est durable et profond. Je dispose, en tout cas désormais, d'un moyen d'expression dont je maîtrise toute la chaîne, assez bien je crois. Je dessine un peu mais sans plus, je ne sais pas peindre, par contre, je sais photographier, je peux donc espérer raisonnablement aller plus loin avec cette technique pour peu que je la prenne au sérieux. De plus, avec le numérique, cette maîtrise va jusqu'au produit final. En moins d'un mois, j'ai expérimenté toutes les techniques de "laboratoire" : action sur le cadre, le contraste, la balance de couleurs. Petites retouches pour effacer certains détails. Dernièrement, j'ai été également amené à renforcer au pinceau certaines plages de couleurs.

Maintenant que j'ai ceci en main, il me reste un cap à franchir. Les débuts sont prometteurs . Je pense qu'il faut garder cette approche de photo instantanée. Reste à dépasser cette gestuelle pour interroger le mystère qu'il y a derrière les images.

***

Lectures. J'ai entrepris une étude plus approfondie des textes des linguistes. Ça fait partie de la formation pour aller plus loin dans la connaissance de ce que sont la langue et les signes.

J'ai commencé par le cours de linguistique de Saussure. Certains aspects de ce livre me bouleversent (étonnant de dire ceci pour ce genre de livre). Il affirme les choses simplement mais avec beaucoup d'assurance. L'idée que la langue nous est imposée et qu'on ne peut la remettre individuellement en cause m'a interpellé. J'en avais une idée imparfaite et il est sûr que je considérais toujours être libre en usant de ma langue maternelle. Déçu parfois mais libre. Il n'en n'est rien comme le démontre Saussure et cela implique qu'il y aura un certain nombre d'idées que je vais devoir réexaminer.

Aussi bien pour ce qui concerne l'écriture, la peinture ou à présent la photographie, il me semble nécessaire d'approfondir mes connaissances théoriques sur les notions de signe, etc.

 

18/07/2004

Plutôt que des autoportraits avec des idées en tête, je pourrais les réaliser en correspondance avec des musiques que j'aime. A voir !

 

30/07/2004

J'ai pris un peu de distance avec la photographie pour éviter d'en produire trop et me répéter. Je n'ai pas complètement cessé de prendre des photos cependant, et j'ai l'impression déroutante que c'est presque bon à tout les coups. Je ne garde pas toutes les photos mais une grande proportion et ça me fait question. Je ne pense pas pouvoir toutes les mettre sur le site, il y en a trop, et je vais vite dépasser les 100 Mo qui me sont réservés. .. ou alors, il faudra que je change ma manière de faire en réalisant des pages temporaires, ce que je n'ai pas fait jusqu'ici.

Pour la photo, je me refuse pour l'instant à tout idée de mise en scène. Je ne vaux même pas faire un détour pour trouver le bon angle d'une photo. Il faut qu'elle vienne à moi. Jusqu'ici, cette méthode semble très efficace. En fait la photo se construit en deux temps. La prise de vue me permet seulement d'enregistrer approximativement ce que je vois. C'est pour cela que je vise large. Ensuite, je termine la photo sur mon PC en l'explorant avec méticulosité. Il est rare que je ne finisse pas par obtenir quelque chose d'intéressant si j'étais convaincu au moment du déclencheur. La prise de vue est seulement la base de départ. L'enregistrement. Le travail avec les couleurs et le cadre font le reste.

 

01/08/2004

Reçu le mail d'un visiteur du site qui m'interroge sur le devenir de Monsieur é sur lequel j'avais écrit un texte en 2001 . Le site n'est plus accessible sur le net. J'ai transmis à mon interlocuteur une archive des pages que j'avais aspirées à l'époque. Il me remercie chaleureusement et me dit que peut-être, il les remettra en ligne... Ce site devient mythique. C'est bien. L'archive que j'ai a un caractère archéologique. Il manque certaines pages pour lesquelles l'aspirateur a reçu un message d'erreur qu'il ne savait pas traiter. Cela montre que les données informatiques n'échappent pas à l'usure du temps contrairement à ce que l'on pouvait croire. Elles ont besoin d'être entretenues, protégées et restaurées.

Comme je l'écrivais à ce moment là, il faut se préoccuper de la sauvegarde des données qui passent sur le net. Sélectionner sans doute, mais conserver ce qui est intéressant. Je crois savoir que sans l'intervention de quelques uns, de nombreux films n'auraient pu être sauvés de l'oubli. Une tache équivalente est à faire sur le net (en plus de la sauvegarde des vieux logiciels qui est une autre affaire). Il faudra sélectionner bien sûr, c'est la première difficulté, mais se poseront aussi des complications techniques, des problèmes de compatibilité entre versions pour pouvoir encore afficher les pages dans les navigateurs du futur. Maintenant aussi, de nombreux sites utilisent des bases de données et ce sera encore plus difficile d'en faire la copie, à moins que ce ne soit fait par l'auteur lui même ou par son hébergeur. Peut-être faudrait-il acheter les sites et créer un marché.

L'autre question qui se pose est celle de savoir à quel moment un site est dans son état optimal. C'est un peu la même question que lorsqu'on choisit la photo de quelqu'un pour la placer sur sa pierre tombale. Faut-il prendre son portrait à vingt ans ou celui où il apparaît rongé par la vieillesse et la maladie.

 

05/08/2004

J'ai pris un peu de champ avec la photo. C'est que je me lève moins tôt (et ce n'est plus la bonne lumière), peut-être aussi un peu de lassitude. Je m'interroge sur l'intérêt de prendre autant de photos que j'en ai fait le mois dernier et me dit qu'il faut me montrer plus exigeant et faire un saut qualitatif.

J'ai commencé à préparer mes photos pour les mettre sur le site. C'est assez long. Pour internet, je diminue la taille des photos et leur qualité ce qui diminue la taille des fichiers de manière significative (par exemple de 800ko à 39ko). Malgré la sélection, il m'en reste encore beaucoup. J'ai envie de tout montrer.

***

Mort d'Henri Cartier Bresson, le photographe, 95 ans. On donne quelques citations expliquant sa manière de photographier avec son Leica. Curieusement, j'ai la même idée : il faut être disponible pour le moment où la photo se présente.

Ce décès tombe à pic d'une certaine manière ! J'ai remarqué qu'on parle plus de photographie depuis un certain temps. C'est lié, sans aucun doute, à la vente massive d'appareils photos numériques. Par la force des choses, les gens s'y intéressent de nouveau. Se posent les questions formelles. Il est étonnant de noter que Cartier Bresson avait abandonné la photo au profit du dessin ces dernières années... Sa mort agit comme un signal sur lequel s'abattent les intellectuels qui, du coup, en profitent pour parler de photographie, et font des citations.

Ce petit interview à la radio m'a beaucoup appris, du moins, confirmé dans ce que je pensais. Le journaliste disait à Cartier Bresson en s'excusant "j'ai fait un peu de photos, ça vous ferait rire !". Le maître répondait "moi aussi"... puis expliquait ce que je signalais plus haut, à savoir, qu'il faut laisser venir. "Imprégné de philosophie Orientale". J'avais l'impression dans cet échange qu'il s'agissait d'une conversation entre deux époques de moi même, comme si j'avais pris du temps pour comprendre de quoi il retournait. Ce que je dois encore résoudre et combattre est ce fond de superstition qui me fait redouter de perdre ma connaissance si j'en parle ou l'écrit. qu'on pourrait me retirer mon savoir.

 

06/08/2004

J'ai un nouveau problème. Ma sélection d'images après compression donne 30Mo de données. C'est beaucoup trop. Je ne peux pas mettre autant sur le net pour une simple expo correspondant à un mois de prises de vues.

Après analyse je me suis aperçu que j'avais oublié les images originales dans l'un des répertoires. Je suis alors tombé à 20Mo. C'était encore trop. Je me suis résolu à éliminer certaines images de ma première sélection. Je suis alors arrivé à 14Mo.

Il est peu probable qu'un visiteur aura la patience de télécharger 14Mo de données pour visiter mon exposition. Il y a bien sûr l'ADSL mais ça me semble trop élitiste de ne compter que sur ce public là. Il faudra qu'ils reviennent plusieurs fois. Cela participe pour une certaine fidélisation au site, c'est finalement une assez bonne chose;

Mais je comprends que le net ne correspond plus à ce dont j'ai besoin pur montrer ce que je fais. Il faut que je m'assure si je vais poursuivre la photo. Mes photos me semblent pas mal mais je ne vois pas trop l'intérêt de poursuivre dans cette voie. Quelle utilité ? Est-ce que je n'ai pas tout simplement exprimé en quelques semaines ce que j'avais accumulé des années durant ? Ça donne un effet déformant. A présent, il faudrait aller plus loin. Inventer quelque chose de neuf. Je ne crois pas que ce soit encore le cas même si j'avais quelques intuitions...

Ces questions me paralysent d'une certaine manière; elles agissent comme une fonction sociale autorégulatrice : puisque je ne sais pas trop quoi faire de mes photos, mon envie d'en prendre diminue, etc.

 

09/08/2004

Publié les photos sur le net. Il me reste à vérifier que tous les liens sont corrects et réaliser une nouvelle affiche.

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J'ai encore entendu des choses à propos de Cartier Bresson. Talent mis à part (ses photos sont vraiment très bien), je n'ai pas l'impression qu'il soit allé plus loin que moi en photo. Peut-être que quelque chose m'échappe mais je ne crois pas. Mais peut-être que c'est le maximum qu'on peut atteindre en photographie (en peinture, on peut déconstruire, peindre avec les doigts ou la queue d'un âne tandis qu'en photo, casser l'appareil n'aurait pas de sens, il n'y aurait plus de photo). Ce qui se dit à propos des photos me semble banal et évident. Ce commentaire sur le portrait d'un peintre - j'ai oublié lequel - où l'on remarquait que tous les éléments de l'atelier concourraient à la construction de la photo... On y voit le génie de Cartier Bresson alors que pour ma part, je dirais que "C'est ça la photo. C'est bien le minimum que tous les éléments présents dans l'image participent à l'ensemble. Même parfois des éléments qui n'y sont, seulement suggérés".

Ce que j'ai trouvé de plus drôle, c'était un entretien dans lequel Cartier Bresson devait être de mauvais poil. Il était tout à fait désagréable et disait n'importe quoi. "La vérité c'est Pi, trois quatorze cent seize". Des choses de ce genre. C'était complètement creux et il est sûr que si j'avais été le journaliste, j'en serais resté là et que je l'aurais envoyé chier. J'aurais pas eu la patience.

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Il y a quelque chose du Petit Poucet dans la manière que j'ai de conduire ce site. Tous mes cailloux ne sont pas extraordinaires mais je les sème de proche en proche pour ne pas me perdre et ne pas être dévoré par l'Ogre. D'aucuns me diront qu'il serait temps de devenir grand et construire quelque chose d'envergure comme une autoroute avec des infrastructures et des guérites de péage qui rapportent de l'argent. Avec des dispositifs comme ces panneaux électroniques qu'on voit et qui nous avertissent de la prochaine embûche à éviter (intempéries, ralentissements, accident ou travaux).

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J'ai retrouvé le cutter de ma Collection que j'avais égaré. Je m'en étais servi pour découper un carton que je devais mettre à la poubelle. Normalement, je n'aurais pas dû, car la règle veut que les objets de cette collection ne doivent pas être utilisés dans leur fonction normale. J'ai pensé qu'il s'était caché pour se venger de mon manque de respect de cette règle.

C'est un cutter épais. On ne les fabrique plus comme ainsi aujourd'hui, même si on trouve encore ce modèle dans les magasins. Je l'ai cherché pendant une heure hier. Dans tous les recoins de l'appartement. Il est réapparu ce matin, en pleine vue, entre le lit et la table. Je l'aurais vu s'il avait été là hier et malgré que cela contredise mes idées sur la logique, je suis bien obligé d'envisager que cet outil s'était caché - ou avait été caché - et qu'il est réapparu ce matin.

Il se peut que quelque chose dans mon cerveau m'empêchait de le voir là où il était sur la parquet de la chambre. C'est le plus probable. D'autant plus que je lui donne - comme à tous les objets qui constituent ma Collection - une signification particulière, autre que celle de simple article utilitaire. Il est bien normal, au fond, que si je leur donne une importance singulière, ces objets réagissent et s'animent.

 

02/09/2004

Hier j'ai vérifié les liens des favoris de mon navigateur. Beaucoup ne répondent plus. Les sites ont été abandonnés. Dans quel état est l'internet aujourd'hui ? Il a fait long feu pourrait-on dire. Je le constatais il y a déjà un an mais ça ne fait que se confirmer.

Je suis allé voir les adresse que je connaissais sur le sujet Echelon. Ces pages sont figées depuis 2001; Rien de nouveau. Cela veut-il dire que ce réseau ne fonctionne plus ? Rien sur Cryptome ni sur la page de Duncan Campbell. Pour ce dernier, c'est comme s'il avait eu son heure de gloire et qu'il est retourné depuis à l'anonymat. Bizarre tout de même.

Même si de temps à autre, je reçois un message qui m'indique que mon site est encore visité, j'ai le sentiment que quelque chose s'est décomposé. L'idée qu'on est relié avec le monde entier s'est étiolée. Ce n'était qu'un rêve. Et pour moi, je suis renvoyé à mon point de départ. Et maintenant ?

 

12/09/2004

Mon envie de photographier s'est évaporée comme elle était venue. Sans doute, cet abandon s'annonçait dans mes commentaires (c'est trop facile; ça ne mène pas bien loin ! ) mais il est si radical qu'il mérite d'être souligné. Je ballade toujours mon appareil dans ma poche mais il se fait oublier. Il est si léger. Je ne l'ai pas utilisé depuis plusieurs semaines.

***

Vu hier soir, un documentaire de la série "Palettes" sur Arte qui m'a beaucoup impressionné. Il parlait de la peinture chinoise à l'encre. L'œuvre commentée s'appelait "les monts Jinting en automne " par Zhu Ruoji dit Shitoo. Ce dessin date de 1671. Le commentaire expliquait longuement les finesses de la composition et de la technique. Autant de maîtrise m'intimide. Je me sens ignorant et surtout malhabile dans l'usage que je fais de mon temps. Faute de choisir comme toujours. En même temps, avoir conscience de ces finesses, pouvoir en ressentir la profondeur, c'est déjà une grande richesse dont je ne suis pas sûr qu'elle soit si largement partagée. C'est peut-être plutôt le signe d'une sensibilité d'écrivain (ceux qui se contentent de dire "on peut faire comme ça" pour éviter de se fermer des possibilités).

Ça m'intéresserait d'être un grand peintre; je veux dire d'approfondir une technique pendant des années. C'est ce qui manque dans les choses que j'ai publiées sur le net. Elles sont trop rapides. Surtout dans la dernière période. Au fond la photographie est l'hypertrophie de cette démarche réduite à des fractions de seconde. J'avais, il faut dire, un sentiment de vide qu'il fallait combler, d'où l'envie de produire rapidement une quantité suffisante permettant de dire "j'ai fait ça !". Ce que je peux dire à présent. Mais je ne suis pas complètement satisfait de tout ce que j'ai produit.. Continuer signifierait faire des choix et ne plus poursuivre cette exploration facile et éclectique.

Je me sens profondément perturbé depuis quelques semaines. Je le traduis ici en termes d'artiste mais la plupart du temps ça part de tous les côtés et je souhaite garder cela pour moi. Je me dis que cette affaire de site web est terminée, sauf peut-être ces notes. Qu'il faut trouver d'autres médias.

Sentiment d'asphyxie devant tant de possibles qui tous s'excluent les uns les autres. Je ne pense pas être le seul à ressentir cela. Je crois même que c'est un syndrome européen. On voit que, quelque soit la petite chose qu'on veut changer, tout l'édifice va s'écrouler ou du moins être profondément déstabilisé. C'est très paralysant. Je ne sais comment je vais réussir à me défaire de ce sentiment. Ni même si c'est possible. Ça n'était pas prévu qu'en essayant de faire toujours bien, d'avoir les bonnes opinions, si possible les bonnes actions, j'en arrive à penser que tout ça - ma vie - ne vaut pas un clou.

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Beaucoup aimé le roman de Jean Echenoz - "Je m'en vais". J'avais déjà lu son texte sur Jérôme Lindon qui m'avait plu également . Cette fois, à la fin du livre, il y avait une interview dans laquelle il racontait comment il travaille e que j'ai trouvée intéressante. Je poursuis également mon étude de textes de linguistes. Je lis Chomsky.

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J'entends Véronique Sansom en promotion qui raconte qu'elle était à l'époque avec Michel Berger. Elle a rencontré David Crosby sur les Champs Elysées et elle est partie vivre avec lui aux Etats Unis. Elle savait qu'elle faisait une bêtise... Il y a quelque chose qui m'échappe : J'y suis allé plusieurs fois aux Champs Elysées mais n'y ai jamais fait aucune rencontre qui ait changé ma vie. Parlons-nous de la même chose, du même monde ?

 

20/09/2004

Difficile de décrire l'ampleur et la nature de mon dégoût actuel. Je ne fais plus rien, je ne pense plus. J'ai toujours plus ou moins éprouvé du dégoût pour une somme de choses de la vie mais il change dans le temps. De plus en plus abstrait et radical sans doute. Avant j'avais du dégoût pour les supermarchés, les autoroutes, ce genre de choses mécaniques et absurdes. Maintenant les mots me manquent. Peut-être que ce sont les mots eux mêmes qui me dégoûtent à présent.

 

26/09/2004

Sans le vouloir vraiment, je me suis désabonné de la lettre de Ben que je recevais sur mon mail depuis plusieurs mois. J'ai cliqué sur le lien par erreur mais n'ai rien fait pour me réabonner alors qu'il suffisait de cocher. Il faut bien que les choses se terminent et le sort m'y a invité. Pas que je trouvais ses messages sans intérêt mais pourquoi lire ceux de Ben plutôt que ceux d'un autre habitant de la Planète ?

 

03/10/2004

"Ce n'est pas de moi que je parle" écrit en caractères italiques Frédéric Yves Jeannet dans Charité, un bouquin que D. m'avait recommandé. Malgré le peu de tentatives d'écriture que j'ai faites, je comprends bien ce qu'il veut dire. En même temps que pas du tout. Question sous jacente du pourquoi et du comment de l'écriture. Le livre passe beaucoup de temps à poser cette question. Cela intéresse probablement les écrivains - ou ceux qui aspirent à l'être - mais qu'en est-il des autres ? Poser et reposer ces questions sous différents angles n'est peut-être pas inutile (quelle différence, au fait, entre cette phrase de FY Jeannet et le "je est un autre" de Rimbaud ? ) et d'ailleurs est-ce qu'il y a d'autre objet pour la littérature que de reposer, ressasser les mêmes questions.

Ce livre je crois n'est ni celui que j'aurais aimé écrire, ni celui que je voulais lire. Néanmoins il m'accroche et me fait poser des questions. Il est donc quelque part réussi même si je n'ai aucune idée si mes questions rejoignent celles que l'auteur a voulu soulever (mais puisqu'on ressasse toujours, tous, les mêmes questions... comme je le disais plus haut ). Tout de suite je me demande si ce genre de livre fait avancer notre compréhension du phénomène (de l'écriture). Parler de soi en disant "ce n'est pas de moi que je parle" finalement ne fait qu'augmenter la confusion par rapport à ce qu'est le langage. Il faut voir dans cette remarque de ma part un lien avec mes lectures récentes d'ouvrages de linguistes mais même si dans un avenir hypothétique on peut imaginer que la langue sera industrialisée, lavée de tous ses à peu près, dont nous artistes nous délectons - mais quel avenir pour les artistes - pour l'instant, ce qu'on est en droit d'observer serait plutôt une confusion croissante. Vrai et Faux s'interpénètrent de plus en plus dans la langue. L'écrivain dit je mais je est un autre; on ne sait pas qui est ce je, un autre ou mille autres, ou bien un infiniment autre, un Etranger, quelque chose de non humain (en admettant que nous serions les Humains). Confusion. Confusion grandissante. Le livre de FY Jeannet ne fait-il pas dans l'alimentation de cette confusion ? Est-ce qu'on aspire à plus de confusion encore en temps qu'artiste, ou veut on retrouver de l'ordre et du sens ? On pourrait dire aussi que l'objet de l'écriture est de travailler sur cette frange qui sépare le vrai du faux, de l'explorer, en marquer les contours beaucoup moins rectilignes qu'on ne l'imagine de prime abord. Ça nous emmène loin de ce qu'on imagine d'ordinaire comme objet de l'écriture (écrire des histoires) avec cette problématique un peu sotte qui en découle entre fiction et réalité. Une des visées que pourrait avoir une littérature moderne pourrait être de creuser son sillon dans l'interstice qui sépare vrai et faux. Une sorte de voyage en zone frontière. En même temps, de par la nature changeante de la langue, cet objectif que je dessine ici risque fort d'être remis en cause dans très peu de temps, dans quelques lignes...

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Mon frère a dit "as tu as les lunettes à présent !". Non ce sont des fausses lunettes qu'on achète dans les pharmacies, en fait, des lunettes en vente libre. Enfin c'était la phrase à dire pour lui qui me voyait pour la première fois avec cet accessoire sur le nez. C'est une phrase rituelle et le port des lunettes, lui aussi, un rituel de passage. C'est bien pour ça que je l'ai retardé si longtemps...

Ma fatigue et mon découragement des mois récents ont accéléré la baisse de ma vision. Avec ses lunettes qui ne veulent pas dire leur nom, je vois ce que j'écris avec une netteté que j'avais un peu oubliée. Lire est plus confortable aussi. C'est plutôt agréable. Tu as l'air d'un ministre m'a encore dit mon frère. Cela m'effaie un peu d'être une autre personne à cause d'une simple paire de lunettes.

 

20/10/2004

Mort de F. Sagan dont on dit que les livres se vendent de nouveau. Mort de Jacques Derrida. Rétrospective F. Truffaut. Plusieurs de ses films ressortent au cinéma. Toujours rien de ceux de Jean Rouche que je voudrais tant (re)voir.

J'ai le projet d'aller à la bibliothèque emprunter des DVD et voir "tout ce qui peut se voir". Lire m'ennuie un peu et zapper d'une séquence de film à l'autre me plait.

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J'écris peu et ne produis rien mais suis toujours dans cet état de déséquilibre difficile à décrire. C'est une addition de choses où se mêlent une autocritique sévère et le peur de l'avenir. Pas que j'ai peur de manquer mais plutôt, l'effroi que j'ai eu de la vie tout ce que je pouvais espérer obtenir et que ce n'était pas grand chose... Mes œuvres (écrits, peintures) sont comme des arrhes que j'aurais donné pour avoir le droit d'une vie un peu plus satisfaisante, de nouvelles portes ouvertes, des rencontres plus excitantes. C'est tout l'inverse qui se produit. Je suis juste découragé du monde et de moi même.

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Je profite de cette matinée off pour revoir mes photos et mes peintures qui se trouvent sur le site internet. Il y a quand même des choses pas mal, je me dis. Mes Etudes, ça touche ! à la fois l'intérêt des images et la manière de les présenter. Comment se fait-il que jamais quelqu'un ne m'ai contacté pour me proposer de présenter ces images dans un autre contexte ? C'est quand même insupportable l'idée que je n'aurais pas fait ce qu'il faut pour me faire connaître. D'abord parce que je pense avoir fait, et aussi parce qu'à la fin, il faudrait que les autres aussi fassent leur part du chemin. Passons. Je me dis qu'ils n'existent pas, tout en me rendant compte que je ne vais pas très bien, que je dis n'importe quoi, et que d'une certaine manière ça m'arrange d'être seul et de fermer ma gueule.

 

11/11/2004

Réélection de Bush, guerre en Irak, émeutes anti-française en Cote d'Ivoire, mort imminente d'Arafat.

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Entendu à la radio une interview de Roman Opalka, ce peintre qui peint des chiffres. Il a dit qu'il approchait de cinq millions mais n'espère plus atteindre le nombre de sept 7 de son vivant.

Il a répondu à la question de savoir si sa démarche ne consistait pas finalement à clouer le bec à tous les peintres futurs. Il a admis que cela avait été longtemps le cas mais semble admettre aujourd'hui que le dépassement fait aussi partie du processus.

Il a dit que celui qui le suivrait ne devrait surtout pas continuer ses chiffres. Je ne suis pas trop d'accord. Je me demande s'il a eu vent de ce que j'avais écrit en disant justement le contraire. Il a dit plusieurs fois qu'il était très prétentieux. Cela me le rend sympathique. J'ai appris aussi qu'il habitait le Sud de la France.

Je n'ai pas le souvenir qu'il ait évoqué un rapport de son œuvre avec la Shoa - cela m'étonne - mais a plutôt développé cette question du blanc et de Malevitch. Les chiffres d'Opalka sont peints en blanc sur fond blanc. Au début il est parti d'un noir - pas très noir, disait-il, car le noir idéal n'existait pas à cette époque en Pologne - et l'éclaircissait à chaque toile. Il est parvenu à du blanc sur blanc mais a expliqué qu'il utilise deux pigments différents qu'on peut révéler par les ultraviolets. C'est intéressant. Il parle aujourd'hui plutôt d'installation. Il y a un peu de ça, c'est vrai. L'entretien a surtout mis en avant la démarche spirituelle, le côté zen de son œuvre.

D'Opalka je retiens que ce mec est très honnête. Il a tout à fait raison lorsqu'il souligne la très grande portée de son œuvre. En même temps, il y a quelque chose qui me fait dire qu'il va être broyé dans quelque chose qui demande "plus encore". Et ça relativise son travail jusqu'à le rendre à la limite ridicule. Ça peut basculer sur rien. Donc je ne sais pas trop. Faut-il accepter d'être l'un des peintres d'une longue "galerie de figures" ? Faut-il accepter alors de n'être rien du tout ? Pourquoi être peintre et pas simplement informaticien. D'un autre côté, si ces choses là ne sont pas dites, elles n'existent pas et c'est pire. Les toiles d'Opalka sont absolument nécessaires pour témoigner de cette condition, de ce cheminement. C'est là que ça reboucle. Les peintres ne sont finalement pas si importants et s'effacent dans l'Histoire commune. Comme les autres.

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Dans un autre genre, Pierre et Gilles. A les écouter, ils m'apparaissent comme une vraie caricature de couple homosexuel. Quelque chose qui me ferait fuir pour son côté domestique, les chichis, les rebonds de parole qui font qu'ils se mettent à d'eux pour la moindre phrase (l'un commence, l'autre termine)... Pierre et Gilles ne se réduisent cependant pas à cette dimension. Ils nous emmènent dans un univers particulier. Sur mon échelle de valeur, j'ai tendance à les classer en dessous de Roman Opalka, de les considérer plus comme le reflet d'une époque, quelque chose de plus anecdotique. Les justifications qu'ils donnent de leur œuvre ont moins de contenu selon moi. L'idée d'une création en couple mérite cependant l'attention. L'un était peintre, l'autre photographe avant leur rencontre. Leur production est hybride. D'une certaine manière ils se "piègent" dans leur relation amoureuse et ce doit être assez agréable.

La réserve que j'ai sur leur travail serait son côté trop typé et définitivement mièvre qui l'empêche de vraiment pouvoir se développer. Il acceptent tellement l'état des choses qu'ils ne peuvent produire qu'un art pompier. Ils le font très bien mais ne pourraient pas aller au delà du recyclage, je pense.

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On diffuse au journal de 20h un extrait du futur épisode suivant de la Guerre des Etoiles qui doit sortir dans quelques mois. La présentatrice insiste pour dire que "c'est un cadeau". Mais pour qui ? On mélange allègrement publicité et information et je n'aime pas du tout ça.

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Je réécoute sur ma platine les vieux disques de Led Zeppelin après que la radio en ai parlé. Ça ma redonné envie. Je m'aperçois que c'est pas tellement du hard rock, c'est peut-être pour cela que j'appréciais leur musique et pas celle d'autres groupes de hard. Au deuxième disque j'ai commencé à trouver les distorsions assez bizarres. Peu à peu la platine a ralenti sa vitesse pour finir par s'arrêter. La courroie en caoutchouc est naze, il faudrait la remplacer si c'est encore possible. D'ailleurs c'est le 11 novembre et tout est fermé. Chienne de vie.

 

notes janvier 2005

 

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mise à jour le 04/12/2005