notes d'artiste (avril 2004)

notes au fil de l'eau lors de la réalisation du site et de mes autres trucs.

 

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03/04/2004

Elections régionales le week-end dernier. Basculement spectaculaire à gauche de 20 régions sur 21 (sauf l'Alsace). Pour mémoire.

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Mail de Ben qui se propose de vendre une balle de ping pong sur laquelle il a écrit le mot Dieu. 50 euros l'unité. J'en arrive à me demander s'il ne pille pas mes idées. Dans le mail que je lui avais envoyé, en effet, je posais la question de l'argent (reçu aucune réponse) et sur mon site aussi, il y a la possibilité d'acheter des choses dont l'œuvre "la.reconciliation" (très cher).

Cette question du pillage n'est pas si importante. Elle fait partie du jeu. Ce qui serait plus choquant, c'est que le poids de la marque Ben permette de valider ces idées (alors que dans ses mails, il y a à prendre et à laisser !). Dans son explication sur cette histoire de balle de ping pong, il cite Armand et Yves Klein comme pour trouver une caution artistique. C'est le principe des références et validations croisées. Mais quel rapport entre Armand, Klein et cette balle ? Aucun en fait, c'est une sorte de tromperie.

Cipoe du texte "publicitaire" de Ben

From: "Ben Vautier" <ego@ben-vautier.com>
To: <
jean-claude.devaux@wanadoo.fr>
Sent: Friday, April 02, 2004 6:07 PM

Subject: [Newsletter Ben] UNE HISTOIRE DE BALLE DE PING PONG

ACHETEZ MA BALLE DE PING PONG

Il faut que je vous raconte tout sans rien omettre.
Quand j'étais petit, à l'école de st Joseph en Turquie, un jour l'abbé jésuite qui nous enseignait le Français avait fait un cours sur l'existence de dieu. Il nous avait, entre autres, dit que Dieu était partout. J'avais alors levé le doigt et demandé s'il était aussi dans mon encrier, il avait répondu : "Élève Benjamin, s'il est partout, il est aussi dans votre encrier." Le soir, j'emportai l'encrier à la maison et je dis à ma mère, qui était athée, "Maman, j'ai Dieu dans mon encrier."
Elle avait ri.
Trente ans plus tard, en 1961, à l'issue d'une discussion avec Yves Klein dans l'arrière-magasin de meubles du père d'Arman,
je dis à Klein : "Yves, toi tu as signé le feu, le vide, le monochrome, mais tu es aussi croyant. Si donc Dieu est partout, il est aussi dans cette balle de ping-pong" et je lui montrai alors une balle de ping-pong. "Et comme je l'ai signée en tant qu'oeuvre d'art, c'est moi le plus fort."
Toute cette histoire en serait restée là, au stade de l'anecdote et de l'oeuvre d'art si un jour, alors que j'avais une balle de ping-pong dans ma poche et un peu comme Don Camillo, j'entends une voix me dire "Tu vas quand même pas me vendre !"
Bien sûr j'ai eu un peu honte de vendre Dieu en édition mais je me suis expliqué avec Lui et on s'est vite mis d'accord que c'etait pas une si mauvaise idée.
Car ceux qui achèteraient ma balle de ping-pong contenant Dieu feraient aussi plaisir à Dieu qui n'aime pas voir les gens seuls. Ils auraient quelqu'un à qui parler, pas encombrant, facile à mettre dans sa poche et puis Dieu me dit : "S'ils ne croient pas en moi, rien ne les empêche de décider que la balle de ping-pong contient d'autres interlocuteurs : un parent, la vie extra terrestre, etc."
Voilà, vous aussi pouvez avoir Dieu dans une balle de ping-pong signée Ben (50 euros - port payé). Édition forcément illimitée dans le temps et dans l'espace.

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Il parle souvent de Fluxus et il est vrai que ses mails prennent, peu à peu, plus de fond. Leur répétition peut-être, ou le mouvement social qu'il réussit à engendrer, leur donne plus de "valeur". Ça montre aussi la manière dont il crée. Au fil des mails que je reçois, je vois son ambition croitre comme s'il commençait à entrevoir un vrai projet artistique dans cette opération, alors qu'au début, cela semblait plutôt un amusement. Certains mails traduisent le découragement, d'autres une part d'aveuglement ou de mauvaise foi. Il semble que sa constance pourra transformer cela en œuvre de création. Est-ce que talent et l'obstination sont la même chose ? (moi l'obstination me nuit plutôt, j'ai l'impression).

 

04/04/2004

Vu en vidéo la série de dessins animés Animatrix réalisés autour de film Matrix par des japonais, dessinateurs de mangas. Pas mal. Mais il n'en reste pas moins que cette "aventure" est un fatras indémmellable de philosophies de bazar. C'est assez gênant. Dans les bonus, les commentaires des réalisateurs ou des graphistes sont plutôt affligeants. Le summum de la culture pour eux, c'est l'architecture de Gaudi et les estampes à l'encre de chine. On voit bien que ce sont des références extrêmement superficielles venant d'une télévision internationale et normative. Je peux dire "pas mal" mais pas plus; je voudrais plus pour mon époque.

 

10/04/04

J'ai dit que je m'occupais d'avantage des questions informatiques qu'artistiques pour quelque temps, d'où la non mise à jour du site, mais j'ai fini par être rattrappé par mes soucis et si je continue à courir, c'est en claudiquant. "Histoire" qui se passe mal ou plutôt pas de la manière que je voudrais et qui m'a envahi. Qui s'ajoute à un certain nombre de déconvenues précédentes et remue mes idées noires. A quoi bon poursuivre si je n'aboutis à rien de plus. Impression aussi que mon esprit est accaparé, qu'il tourne en boucle et ne produit rien. Sentiment d'ennui en prime.

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Entendu une interview à la radio de Bernard Stiegler qui a sorti un livre intitulé "De la misère symbolique" qui semble faire écho en France. Ce type est étonnant. Je ne le connaissais pas. Il a fait plusieurs années de prison (15 ans ?) pendant lesquelles il dit qu'il a pu réfléchir. Et faire des études. Il est directeur d'un truc à l'IRCAM, prof et je ne sais trop quoi d'autre. J'ai retrouvé sur internet un texte qui résume le livre. Il y défend quelques idées remarquables. D'abord qu'il ne se sent plus d'expérience commune avec les électeurs du FN pourtant issus de son milieu d'origine. J'éprouvais cette même idée avec les gens de mon village natal sans pour autant l'exprimer aussi radicalement. Il montre aussi la logique issue des sciences du marketing qui poussent à faire en sorte que l'on soit de plus en plus désabusé, condition nécessaire pour qu'on consomme toujours de nouveaux objets, de nouvelles idées. Il doit avoir raison. On est dans la merde.

Juste un paragraphe du texte de Stiegler :

Or je crois que, de nos jours, l'ambition esthétique à cet égard s'est largement effondrée. Parce qu'une large part de la population est aujourd'hui privée de toute expérience esthétique, entièrement soumise qu'elle est au conditionnement esthétique en quoi consiste le marketing, qui est devenu hégémonique pour l'immense majorité de la population mondiale - tandis que l'autre partie de la population, celle qui expérimente encore, a fait son deuil de la perte de ceux qui ont sombré dans ce conditionnement

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Par rapport à mon projet de programme, je suis pris dans un dilemme entre tout reprendre à zéro pour corriger quelques points à problème ou poursuivre sur l'existant. Le projet qui parassait jusqu'ici simple et clair devient tout à coup complexe et touffu. J'imagine que c'est un fonctionnement normal du cerveau, un effet de saturation. Si je décide d'attendre, je risque simplement de me désintéresser et laisser tomber. Ce n'est pas souhaitable. Il faut donc s'accrocher mais un minimum de clarification est nécessaire.

C'est surtout cette question de la gestion des profils qui me pose problème. J'ai été un peu trop ambitieux. Je veux avoir des profils avec de nombreuses variables. Chaque utilisatateur peut avoir le sien avec des notions d'héritage et , selon le cas, le droit de modifier les variables ou non. Ça fait beaucoup de choses. En plus, cela concerne un grand nombre de varaiables qui gèrent tous les aspects du programme. Je crois que je m'y suis un peu mal pris...

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Et puis je ne suis pas calme. Le disque de Birdy (Charlie Parker) qui s'écoule dans le lecteur de CD n'y suffit pas. Comment se calmer ? C'est le désir brut qui parle en moi. Je n'y peux rien. Baiser ou attendre. Donc attendre. On ne peut pas créer n'importe quoi dans cette disposition d'esprit, seulement des choses un peu violentes mais ce n'est pas à l'ordre du jour pour moi. J'ai besoin d'être zen pour ce que j'ai à faire.

Evidence en me relisant qu'en parlant de certaines choses, ressortent celles dont je ne peux pas parler. Il faut me connaître pour les décrypter mais c'est très visible. Peut-on vraiment faire confiance à cette machine à penser qui place un mot pour un autre, une idée pour une autre par transposition. Parfois, j'ai peur de mon propre devenir.

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Réalise quelques nouvelles images avec PhotoMagic en utilisant l'effet de torubillon appliqué à une partie de l'image. Résultat intéressant. Il faut que je vois comment faire pour présenter ces images sur le site. Pas toutes mais les plus originales. J'ai remarqué que lorsqu'elles sont placées côte à côte, elles ont tendance à se neutraliser. Les plus récentes écrasent les plus anciennes. Renoncer donc à les présenter sous forme de vignettes sur une seule page. Plutôt aménager un effet de surprise...

 

14/04/2004

Acheté une palette graphique. J'en ai essayé une chez ma cousine et j'ai vu que ça permet des choses interessantes. Je ne sais pas si j'ai fait le bon achat. Pour le même prix, j'ai choisi le grand modèle (21x29 cm) mais chez moi elle me paraît trop encombrante.

J'ai fait quelques essais. PhotoMagic donne de bons résultats mais comme c'est un programme assez ancien, il ne permet pas de profiter de toutes les possibilités de la palette. Avec PaintShop, je peux avoir des traits de taille variable en fonction de la pression sur la pointe du stylet. Ce logiciel apporte d'autres avantages détermiants : possibilité d'avoir des dégradés ou des trames sous les pinceaux et avec l'aérographe, utilisation de calques superposés, amélioration des outils de découpe dont les limites sont maintenant progressives ce qui supprime l'effet de collage que j'ai avec PhotoMagic. Malgré ces avantages indiscutables, je préfère encore PhotoMagic qui dispose d'une plus grande variété d'outils (craie, feutre, etc...) et qui est plus ergonomique lorsqu'on fait des sélections multiples. Avec PaintShop, il faut utiliser la touche majuscule; c'est chiant ! Et de nouveau aller dans un menu pour soustraire des zones... Quand je fais la même chose avec PhotoMagic, j'ai un bouton + et un bouton - dans la barre d'outils... J'ai testé aussi Gimp, le programme concurrent du logiciel libre. Malheureusement, il ne détecte pas le stylet. Surprenant et dommage. Ceci pour dire que je vais devoir jongler avec diffférents programmes à l'avenir. Le stylet doit pouvoir aussi être utilisé avec Blender pour la 3D. cela doit permettre d'avantage de précision. Mais il faut une prise en main préalable..

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Extrait du mail que j'envoie aujourd'hui à D (idée à creuser)

Ce sont des familles à ordinateurs. Ce phénomène m'avait échappé jusqu'ici. Pour moi c'est normal d'avoir un PC allumé, c'est mon métier, mais voir ces machines envahir des familles entières a quelque chose d'effrayant. C'est devenu la solution à tout. Les logiciels éducatifs, internet, etc... C'est devenu un phénomène de société. Assez dramatique je trouve. Ces gens sont programmés. Ils ont des logiciels au lieu d'avoir des idées. Ils ne savent même pas les utiliser. J'ai moi aussi de nombreux logiciels que je ne sais pas utiliser (de musique en particulier) mais c'est parce que je suis trop éclectique et puis, quand même, il en existe plusieurs que je maîtrise très bien. J'ai dépassé depuis longtemps le constat assez benêt qui fait dire "ça fait plein de trucs". Pour moi, ces programmes sont devenus des outils à part entière et comme je suis exigeant, j'en utilise parfois plusieurs en conjonction, chacun pour ses avantages, comme le ferait un menuisier avec plusieurs sortes de ciseaux à bois.

 

14/04/2004

Acheté un palette graphique. J'en avais essayé une chez ma cousine et j'ai vu que ça permet des choses intéressantes. Je ne sais pas très bien si j'ai fait le bon achat. Pour le même prix j'ai choisi le grand modèle (21x29 cm), du coup, chez moi, elle me semble un peu trop encombrante.

J'ai fait quelques essais. PhotoMagic donne de bons résultats mais c'est un programme ancien et il ne tire pas partie de tous les possibilités, en particulier, les différences de pression sur la pointe du stylet ne sont pas prises en compte. PaintShop permet d'obtenir cet effet. La largeur du tracé varie, ou la couleur, selon le paramétrage. Je continue cependant de préférer PhotoMagic mais il lui manque des fonctionnalités qu'on trouve sur les logiciels plus récents et il faudrait que je le remplace : les notions de calques, l'utilisation de peintures dégradées ou tramées, l'effet d'estompage sur le bord des zones peintes... PaintShop m'apparaît moins pratique. Surtout pour la sélection des zones. Il faut utiliser la touche majuscule pour étendre la sélection alors qu'avec PhotoMagic j'ai des boutons ajouter ou retirer beaucoup plus ergonomiques. J'ai testé Gimp (un logiciel libre) mais curieusement, il ne reconnaît pas le stylet. Dommage.

 

16/04/2004

J'ai encore dérivé sur mes projets. Je voulais faire progresser mon programme et finalement j'ai utilisé mon temps pour réaliser plusieurs nouveaux tableaux virtuels. Pas forcément du temps perdu ! Je viens de mettre à jour le site, ce qui permet de le "réveiller" après plusieurs mois d'inactivité. J'avais un certain nombre d'images dont je ne savais trop quoi faire. J'ai finalement sélectionné celles qui me paraissent les plus intéressantes et créé un certain nombre de pages pour 2004, à la suite de "l'expo 2002" qui reste pertinente. Je me retrouve avec plus de thèmes en 2004 qu'en 2003. C'est assez injuste, mais ce n'est pas si important... J'ai réalisé quelques images de plus au cours de la semaine et dernièrement, des collages. Peut-être que je les publie trop tôt mais j'en suis assez satisfait. Comme à chaque fois qu'on s'attaque à une nouvelle pratique, au début cela semble très facile, les idées viennent toutes seules.

 

17/04/2004

Je suis retourné voir des pages anciennes du site. L'interview qui reste très valable. J'avais oublié le dossier de presse bilingue qui cartonne vraiment. Pour ce qu'il a servi ! Je ne reviendrai pas sur le thème de l'artiste méconnu et incompris. Je me pose d'avantage de questions sur mes tableaux récents. ai je bien fait de les publier et ai-je, éventuellement, le droit de les retirer du site si dans quelque temps, je ne les assume plus (je n'ai jamais retiré aucune œuvre jusqu'ici). Lorsqu'on a déjà une certaine production, on se demande si on fait bien de rajouter des choses, si elles sont aussi nécessaires.

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La mise en ligne a l'avantage de figer certaines recherches qui, sans ça, resteraient dans le domaine du questionnement. Cela crée une distance qui me permet de les regarder avec un œil plus critique. La première série que je publie comporte plusieurs images un peu limite et les mettre en ligne est aussi une manière de m'en débarrasser. C'est cette fonction stimulante du site que j'avais un peu perdue de vue. Ça ne résout pas la question de sa visibilité mais le simple fait que les œuvres sont sortie de leur lieu de production, qu'elles sont visibles par d'autres me permet de dire "c'est fait" et de passer à autre chose.

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Beaucoup de ces travaux s'appuient sur une méthode de recouvrement. Je ne me souviens pas si je l'ai déjà mentionné dans ces notes. Je sais que Matisse pratiquait la même chose pour arriver à ce qu'il cherchait. Il prenait des photographies de ses tableaux à chaque étape - chaque jour ,semble t'il - et repeignait par dessus. Je me retrouve dans la même situation, sauf que mes étapes intermédiaires sont des fichiers image de même nature que l'image terminée. Matisse n'avait que des photos noir et blanc de qualité médiocre. Ça veut dire que Matisse était déjà confronté aux mêmes problématiques que moi. Peut-être simplement que les toiles encombraient son atelier et qu'il vendait assez pour bien vivre. Il fallait quelque part limiter le nombre d'objets produits, si possible, sans limiter la production. Les mauvaises photos étaient finalement un assez bon compromis. Le progrès technique me confronte à des problèmes différents : Dématérialisation de l'œuvre finale - et plus je progresse dans la maîtrise des logiciels, moins il est probable que je reviendrais au chevalet, malgré la nostalgie des odeurs et des matières - et parallèlement, il se trouve que mes images intermédiaires sont tout à fait comparables d'un point de vue technique, à l'image finie. Pour les différencier, il faut leur appliquer des notions de valeur que je suis seul à pouvoir décider (celle ci est mieux que celle là, etc.) Ce n'est pas toujours évident. Parfois je sauvegarde involontairement deux versions pratiquement identiques et je me pose des questions. Je regarde bien ce qui a changé mais rien n'a changé ou si peu...

Autre conséquence de la nouvelle technologie, la possibilité de retour arrière. En fait Matisse construisait une route. Il pouvait s'inspirer des photographies précédentes mais ne pouvait pas les utiliser. Moi je construit un arbre. Je peux tout à fait repartir de la première image et l'entraîner vers une voie d'évolution différente. Cela signifie que mes choix sont moins déterminants que ceux de Matisse. Ils m'engagent moins. A l'opposé, je suis amené à multiplier les choix. La production est plus rapide et j'ai plus de latitude (plus de pinceaux, de styles, de couleurs...).

Je me demande quelle est la sincérité d'un peintre comme Matisse (mais je pourrais prendre n'importe quel peintre comme exemple). Je veux dire qu'est ce qui explique que ses toiles sont toutes dans le même style. Etait ce un choix délibéré ou plutôt quelque chose que la technique ou la matière lui imposaient. Autrement dit, est-ce que mon éclectisme est une marque authentique de ma personnalité ou est-il simplement imposé par l'outil informatique que j'utilise, la marque de l'époque en quelque sorte. Egalement suis-je aussi éclectique que je le crois et Matisse n'avait-il pas aussi le sentiment de toujours se renouveler (c'est quand même utile les notes d'artiste pour pouvoir répondre à ce genre de question ! ). Et encore, quelle est la valeur de l'éclectisme en Art. Est-il nécessaire ou souhaitable ? Sa disparition n'est-elle pas quelque part le signe que l'artiste a trouvé sa voie, qu'il est dans son truc. Je serais tenté de tenir un discours de modernité en argumentant, "au chiot la manière de l'artiste", il faut être divers et multiple, mais franchement, je ne suis pas convaincu. A l'issue de cette réflexion, je n'ai fait que poser les questions - de biens gentilles questions formelles - et n'ai rien su trancher.

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Ça continue les discussions malsaines sur les Juifs et les Arabes. Un film d'Elie Chouraki sur sa ville natale de Montreuil est passé sur Antenne 2 et il a été reçu (injustement) comme une nouvelle provocation entre communautés.

L'humour finit cependant par triompher par cette phrase que j'entends à propos des délinquants : "ce sont les arabes qui cachent la forêt" !

Je crois qu'on se trompe de débat. C'est plutôt celui de la représentativité de la télé qui se pose. Quand elle prend parti, les gens ne se reconnaissent plus et ont immédiatement des réactions excessives. Ils ne sont plus habitués. Ils préfèrent le reflet délavé des "loft story" qui n'arrêtent plus de déverser leur blédine. Il va falloir prendre une décision. soit que la télé redevienne un canal de réel parti pris. Soit, plus courageux encore, couper les émetteurs.

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J'ai entendu au cours de la semaine plusieurs échanges sur la radio qui sont entrés dans mon oreille pour électriser mes pensées.

Il y avait cette femme parlant, je crois, de George Sand et qui disait pour mettre en avant son côté masculin que "en amour il faut que chacun baise l'autre ". Je suis assez d'accord...

Aussi des enregistrements d'entretiens avec un linguiste qui disait des choses très bien sur les mots et leur propension à mentir par des glissements de sens et des paradoxes.

A un autre moment, on parlait du psychologue Jung qui avait introduit dans ses théories la notion de "hasard signifiant". Il racontait l'histoire d'une patiente qui parlait d'un scarabée doré dont elle avait rêvé et, "comme par hasard", presque au même moment, le thérapeute voit apparaître sur le rebord de la fenêtre un scarabée qu'il présente alors à la femme en lui disant "voilà votre scarabée". Que Jung parle de ces hasards très déstabilisants tout en souhaitant rester rationnel me plait beaucoup et me rassure. Le fait est que je suis très souvent confronté à ce genre de phénomène ou de questionnement, au point que je me demande si ce ne ce sont pas les signes d'une schizophrénie émergente. Ça ne prouve rien, bien sûr. Je connais très peu Jung (il faut que je le lise) mais rien ne me dit qu'il n'était pas lui aussi un peu dérangé. En tout cas nous le sommes, lui et moi, un peu de la même façon et d'ailleurs pour la même cause qui est celle de constater que la pensée rationnelle ne réussit pas à tout expliquer et que la réalité sort parfois du cadre pour "dire des choses". Le Monde parle ! Naturellement, on peut expliquer cela en lui donnant une essence divine et disant "Dieu me parle". Beaucoup de gens le font. Et comme Il ne parle pas toujours d'en déduire des notions de bien et de mal : si le Monde ne me parle plus, c'est que je suis dans l'erreur.

 

21/04/2004

Sorti me balader à la limite du quartier. Je ne connaissais pas cet endroit qui forme des collines avec des petites maisons et des jardins ouvriers. Je suis entrée dans le parc Chambovet. C'était la fin d'un après midi de printemps. Très agréable. En sortant du parc, j'ai lu sur une plaque que c'était ici qu'Aragon avait écrit "il n'y a pas d'amour heureux".

 

04/05/2004

J'ai relu mes notes d'octobre et janvier et les trouve peu intéressantes et mal écrites. Je peux peut-être les améliorer mais la nécessité même de poursuivre leur rédaction se pose.

Certes, je passe une période difficile avec des faits trop personnels qui n'ont pas à apparaître dans ces notes. Pendant ce temps ma production artistique est à minima. Finie peut-être. Dans cette dernière période, j'ai essayé de limiter les redites; je ne crois pas avoir réussi. En même temps, moins écrire signifie moins bien écrire; c'est presque automatique. Je peux noter aussi que de nombreux sujets m'intéressent moins - concernant les débats sur l'art ou la société en particulier.

 

07/05/2004

Depuis plusieurs jours, la télévision diffuse des images des excès de l'armée américaine en Irak. Mercredi c'était un film infrarouge depuis un hélicoptère de combat et le commentaire qui disait "bute celui là, à droite, qui sort du camion, etc". Hier des prisonniers tenus à bout de laisse par des soldats. Parmi ces soldats, une femme. C'était sans doute le fait le plus nouveau qui montrait que, dans les mêmes circonstances, elles ne font pas mieux que les hommes.

[09/05/2004] On en a appris d'avantage sur cette femme tortionnaire. Même son nom, mais je ne l'ai pas retenu. Une étudiante, partie en Irak pour financer ses études. Entraînée par l'un des soldats dont elle est devenue la compagne et qui l'a mise en cloque !... Bush disait l'autre soir "ce qui s'est passé dans cette prison, ce n'est pas l'Amérique que je connais". J'ai pas compris pourquoi il le disait comme ça, on lui répondrait facilement qu'il ne connaît rien à rien, pas même l'Amérique ! Ce qui est sûr, cette jeune femme va faire beaucoup de tort aux Etats Unis. Elle sera sanctionnée sévèrement. Et puis, elle écrira un livre.

 

09/05/2004

Me suis régalé ces derniers jours avec une pile de DVD achetés sur internet entre 2 et 8 euros pièce (merci cdiscount.com). J'en attends d'autres... Après je devrais probablement voir ailleurs car j'aurais épuisé leur catalogue. J'ai revu "A bout de souffle" avec bonheur. Il m'avait échappé les autres fois, le procédé utilisé par Godard pour imager l'étau de la police qui se resserre autour du héros en cavale. Les panneaux lumineux sur lesquels défilent des messages d'information jouent ce rôle : "la police a localisé le meurtrier à Paris", "il va bientôt être arrêté",... Je ne savais pas non plus que ces textes défilants existaient déjà à l'époque des 4 cv.

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Entretien avec François Morellet. J'apprends plusieurs choses. Qu'il habite à Cholet. Qu'il admire beaucoup Mondrian mais se demande s'il est mort puceau. Il a de l'humour. Il explique que ce qu'il fait est une impasse mais que pour lui c'est confortable. Personne ne vient le contester. En résumé, que les jeunes se démerdent.

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Emission intéressante sur Dali, vendredi sur Arte. Je l'ai enregistrée pour la revoir plus tard. Il ont diffusé aussi "Un chien andalou" de Bunuel et Dali. L'image du rasoir qui tranche un œil est toujours aussi insupportable.

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J'ai imprimé les cinq étapes d'une étude que j'ai faite il y a quelques jours. C'est une nouvelle pratique que je tente avec ce tirage imprimé. Depuis, j'ai ces épreuves sur mon tapis et c'est comme une énigme. Les cinq images varient du plus clair au plus sombre mais c'est à peu près tout ce que je peux en dire. Elles ne représentent rien. Ne sont ni belles ni moches. Ne m'inspirent rien sinon que je ne peux nier que ce sont des dessins, c'est à dire des lignes tracées avec une certaine intention, pas du pur hasard. Je les ai réalisés à la palette. J'avais réglé mes logiciels de telle sorte que je ne pouvais pas voir l'ensemble de l'image lorsque je dessinais. Le résultat me pose question.

Etude 22042004 - étape 1 Etude 22042004 - étape 5

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Entamé une nouvelle étude à partir d'une simple silhouette formant un personnage dont les bras et les jambes sortent de l'image, ce qui évoque une sorte de croix de St André. J'envisage de réaliser un nombre important de versions à partir de ce thème pour voir où cela peut conduire.

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Commencé la lecture du livre de D. (Dominique Falkner). L'ouvrage n'est pas encore publié. Le sera t'il un jour ? Il parle de l'Amérique. Ma première impression est très favorable.

Lorsque je le lis ce que D. écrit de l'angle américain de Simone de Beauvoir ou Henri Fermi, je me dis que d'une certaine manière ces gens font partie de la culture américaine vivante alors que nous, nous n'avons plus rien. Peut-être nous ont-ils aspiré. Quoi qu'il en soit, nous sommes vides. Quand j'essaie d'évoquer les images fortes que voudrait dire "France" aujourd'hui, je ne vois rien d'autre que quelque chose de vieillot ressemblant au Général de Gaulle descendant d'une DS Citroën. Je ne vois pas ce qui mérite l'attention depuis (mai 68 ? une révolution provinciale ! * la Gauche au Panthéon ? d'un ridicule petit bourgeois ! et aujourd'hui la "télé réalité" importée par Endémol !). L'Europe, oui, m'inspire quelques images émouvantes. La chute du mur, la poignée de main Kohl-Mitterrand... Peut-être sommes nous déjà historiquement européens et nous ne nous en apercevons pas.

* sur mai 68, Deleuze a une tout autre opinion, il oppose le sentiment révolutionnaire (positif) à la révolution (négatif). J'ai peut-être tort; j'étais trop jeune.

 

10/05/2004

J'ouvre le colis du facteur pour en extraire le CD des "tueurs de la lune de miel". J'avais perdu le vinyle et le regrettais encore après quinze ans ! J'adore ce disque. Je l'adore vraiment. C'était un disque plutôt de la mouvance punk mais en le réécoutant, je m'aperçois qu'on n'était déjà pas loin des rythmes technos.. D'une manière générale, la musique belge me branche toujours. Peut-être la meilleure musique techno-punk du monde .

 

23/05/2004

Rien produit dans le domaines artistique ces dernières semaines. Je visionne de nombreux films en cassette ou DVD. Ça tourne à l'orgie. Je me rempls d'images et de mises en scène. Des choses très diverses. Je pourrais en faire la liste (Bunuel, Chabrol, Doillon, etc). Hier soir j'ai été agréablement surpris par un petit film anglais dont je n'avais jamais entendu parler : "the final cut". Le genre de film qui passe au CNP. Il y est peut-être passé d'ailleurs mais comme je n'allais plus au cinéma depuis quelques années. Là je me rattrape. Ce film met en scène une réunion d'amis après la mort de l'un d'eux, cinéaste, qui laisse un testament vidéo. Il les a tous filmés à leur insu et la projection tourne vite à l'aigre. Beaucoup de sujets sont évoqués mais pas de manière trop simple. Il faudra que je me le repasse.

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J'ai fait des travaux d'aménagement ces derniers week-end. C'est pourquoi je n'ai pas de temps pour mes trucs et aussi que je suis aujourd'hui très fatigué. Pas l'habitude des travaux physiques. Des courbatures par tout le corps. Les doigts gourds comme s'ils étaient enflés. Douleurs dans les cuisses d'avoir trop monté et descendus les escaliers et autres escabeaux.

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Parmi les vidéos que j'ai vu ces derniers jours, deux films de Jacques Demi (Les parapluies de Cherbourg et les Demoiselles de Rochefort). Ils étaient proposés comme supplément du Monde, le week-end dernier. Je voulais voir ces films depuis longtemps. Par ignorance, je suppose, j'ai longtemps tenu ces films pour quelque chose de plutôt chiant. J'ai complètement changé d'avis et suis aujourd'hui assez admiratif de la maîtrise de Michel Legrand pour faire dire n'importe quoi en chantant aux acteurs.

Dans les Demoiselles, un personnage s'appelle Dutrou. Bad timing, je me suis dit, donner à son personnage le nom de ce sinistre personnage belge. Plus loin, quand j'ai appris que ce Dutrou était dans le film un pervers assassin, j'ai été troublé. C'était un peu prémonitoire.

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Dans un tout autre registre, je me suis procuré le coffret de l'Abécédaire de Gilles Deleuze. Plus qu'une vidéo, c'est une expérience. Je pense que je me la repasserai plusieurs fois. C'est à la fois un film et la possibilité de me rapprocher de cette personne exceptionnelle. Cette interview a été réalisée pour n'être visible qu'après sa mort. Qu'elle ironie ! J'apprécie particulièrement sa simplicité. Comme il parle des chiens qu'il déteste et puis tout d'un coup, le dialogue bascule sur un autre niveau. Il y a aussi ce qu'il ne dit pas ou pas très clairement. Plus ou moins volontairement, je ne sais pas. C'est une approche de sa pensée très différente de celle que proposent les livres. Plus exacte, d'une certaine manière.

Je me dis qu'il ne m'a jamais été donné de rencontrer des gens aussi brillants. Ce DVD est un moyen de compenser. En même temps, ce n'est qu'un morceau de plastique qui produit des images, toujours les mêmes.

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Lu un petit livre de Jung qui m'a beaucoup plus et m'incite à en connaître d'avantage de ce psychanalyste. J'avais besoin d'en savoir d'avantage sur sa vision très riche de l'inconscient qui fait un écho bienveillant à de nombreuses questions que je me pose.

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Lu aussi (pas terminé), un étrange recueil de textes de Marcel Duchamp. Les notes sur ces créations sont incompréhensibles pour moi et ses textes surréalistes à base de calembours (Rrose Selavy) me laissent froid. A l'inverse, ce qu'il raconte sur les deux types d'artistes, ceux qui produisent des œuvres pour les vendre et ceux qui créent pour eux memes, m'a intéressé. Je vois qu'il s'est déjà confronté à nombre des questions qui me préoccupent. Pourtant, il est une part de sa pensée qui m'échappe à l'évidence. C'est très agaçant. J'ai souvent cette impression avec ce qui tourne autour du surréalisme où je ne parviens pas à savoir si c'est nul ou si c'est moi qui suis nul et ne comprends rien !

D'un côté, il explique qu'il a travaillé sur "la mariée mise à nu par ses célibataires, même" de 1915 à 1923, ce qui laisse imaginer de nombreuses recherches. A l'inverse, Rose, dans "Rrose Selavy" - le titre d'une plaquette qu'il a publiée - a deux R parce que "arrose" en a deux ! ce qui semble bien être une idée "qui lui est passée par la tête" sans plus. Il est vrai qu'il faut peut-être décrypter plusieurs époques dans son oeuvre, mais comment être sûr que "la mariée..." est une oeuvre tellement réfléchie et que ce n'est pas une autre manière de noyer le poisson. ..

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Bref, je me nourris, j'accumule des idées et des sensations pour plus tard !

 

01/06/2004

Je lisais quelques pages écrites par le peintre Tapies. Il évoque surtout sa grande affinité pour la culture Chinoise.. Dans un texte de 1969, il s'élève contre un argument des "gens de télévision" qui disaient déjà à l'époque que les programmes stupides qu'ils font sont ceux que le peuple demande. Rien ne change donc. Je n'en finis pas de découvrir à quel point mes humeurs sont usées jusqu'à la corde, battues et rebattues. Elles étaient déjà énoncées lorsque j'étais encore en culottes courtes. Il y a t'il si peu de renouvellement et de modernité ? Qu'est-il donc arrivé tout ce temps, pour qu'aussi peu de corrections n'aient été effectuées ? Sans doute faut-il tourner le dos et s'occuper d'autre chose.

 

06/06/2004

Cérémonies souvenir pour le soixantième anniversaire du débarquement. Guerre d'images. Bush vient rappeler qu'ici comme en Irak, les Etats Unis continuent d'apporter la Liberté. Français et Allemands, pour la première fois côte à côte, répliquent que le Monde a changé.

 

24/06/2004

Chose rare : un entretien réunissant Régis Debray et Jacques Derrida à la télévision hier soir. J'ai écouté avec attention tout en me demandant ce qu'il y avait derrière cette manière de dire "attention, on va dire des choses intelligentes", ou encore "c'est la télé, on est oblige de simplifier"... simplifiaient-ils tant que ça, j'en ai pas eu l'impression. J'ai retenu cependant cette bonne idée, à propos de l'ONU, dont il faudrait déménager le siège à Tel Aviv.

 

26/06/2004

J'ai fait le pas pour acheter un appareil photo numérique. Je m'y étais déjà intéressé l'an dernier mais je trouvais qu'ils étaient encore trop chers. Leur prix a beaucoup baissé ces derniers mois. Mon choix ne s'est, cependant pas, porté vers un gros machin mais au contraire, un appareil d'entrée de gamme. Je pense que la technologie n'est pas encore aboutie et qu'il faudra le renouveler dans quelque temps. J'ai aussi une préférence pour les appareils de petite taille, très discrets, qu'on peut avoir dans sa poche.

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J'avais étudié les différents modèles, comparé les prix sur internet. J'étais même allé plusieurs fois dans les magasins. J'hésitais encore et ce début de semaine je continuais à me dire "il faudrait te décider". Mardi, j'étais encore à tenter de me convaincre que j'essaierai de trouver le temps avant la fin de la semaine. Entre mille autres choses, j'avais cela à l'esprit en sortant du travail. Pourtant, au moment de descendre dans le métro, une puissante force m'a incité de ne pas rentrer directement chez moi. Je me suis dirigé à l'opposé, vers le magasin de photographie. Ensuite ce fût simple. J'ai visité deux magasins et suis passé devant plusieurs autres qui avaient le même modèle en vitrine mais plus cher. Le vendeur m'a demandé en consultant son ordinateur "vous n'êtes pas encore client chez nous ?". J'ai répondu que si, mais je n'avais pas acheté de choses assez grosses pour qu'ils m'enregistrent dans leur banque de données. Je ne sais pas ce qu'il a pensé. J'insiste sur cet épisode de l'achat parce que ma prise de décision m'a étonné moi même. Cela m'arrive rarement. C'était comme si après de longues délibérations, j'avais enfin obtenu l'accord d'une instance supérieure pour cet achat. Aucune idée de quelle nature est cette autorité. Je peux dire aussi que c'est un achat réussi avec, comme il se doit, d'abord une longue période de macération. Ceci pour un appareil dont j'avais à la fois envie et besoin.

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Ma première semaine avec ce nouvel appareil est très positive. J'avais déjà pratiqué la photographie dans le passé, y compris les travaux de laboratoire mais c'était toujours avec un certain niveau de frustration. C'était compliqué. Les dernières années je n'avais même plus de chambre noire et le cycle "prise de vue - contact avec le résultat final" en passant par un photographe était manifestement trop long. J'étais presque toujours déçu. Souvent même le labo collait une vignette "photo ratée" sur les prises de vue que je trouvais les plus intéressantes. J'obtenais un peu plus ce que je voulais lorsque je développais moi même mais j'avais à l'époque un matériel médiocre et ce n'était pas ça non plus !

Je crois que j'ai plus progressé en une semaine que de toute ma vie de photographe. Je prends plusieurs photos par jour. Quoi que je pense, la gratuité des images m'a libéré. Prendre cinq ou dix photos sur des conneries n'est plus un problème. Je peux tenter des choses que je n'osais pas (je n'étais même pas très conscient de cette auto censure). Ensuite il y a le fait de pouvoir vérifier immédiatement le résultat qui change complètement le rapport à l'image. Si c'est mal cadré, je recommence. J'améliore. Je peux juger aussi des effets de lumière. C'est important. Même si la vision sur le petit écran LCD est loin d'être parfaite, cela donne une bonne idée. Après je transfère le résultat sur mon PC, je vide la mémoire de mon appareil. C'est très rapide. Je peux aussitôt retoucher et améliorer les images. Je ne m'en prive pas. Forcer les couleurs et le contraste. Recadrer. Effacer certains détails (les ongles et les cheveux restés sur mon parquet !). Hier soir, j'ai franchi une étape supplémentaire en combinant deux photos, l'une prise avec le flash, l'autre sans. Il s'agissait d'un seau d'épingles à linge. Dans l'image en lumière naturelle, le seau avait un effet de transparence qui me plaisait mais les épingles étaient moins "flashy" et un peu floues. Tout l'inverse avec le flash. En découpant les épingles de l'une pour les coller sur l'autre photo, j'ai obtenu ce que je voulais. Le résultat n'est pas réaliste bien sûr, mais on s'en fiche.

lumière naturelle photo au flash composition

Ce genre de manip existe depuis toujours mais avec la photo traditionnelle, ils fallait découper l'épreuve sur papier avec précision et même poncer les bords du papier pour lui enlever son épaisseur avant de le coller sur l'autre épreuve. Pour finir, on faisait une copie par planche contact. C'était délicat et fastidieux. On peut regretter le charme artisanal de ce travail mais force est de constater qu'avec le numérique, on parvient à un meilleur résultat beaucoup plus rapidement et qu'on peut se concentrer sur l'essentiel : l'image et ce qu'elle signifie.

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Mais qu'ai je donc tant à photographier ? Je le disais, des connerie. N'importe quoi. J'ai pris plus de cet photos en quelques jours dont certaines que je conserverais, d'autres, il est vrai, que je vais peut-être archiver pour les utiliser dans des collages (des fleurs par exemple). Je ne sais pas combien de temps cette liberté va continuer. Pour l'instant, j'appuie facilement sur le déclencheur et mon œil s'exerce à voir. J'ai juste encore une réticence à sortir mon appareil dans la rue. Il est relativement facile de photographier en vacance dans les lieux touristiques mais c'est moins évident dans les lieux du quotidien. C'est pourtant ce qu'il faut parvenir à faire. Photographier sans contrainte conduit à une nouvelle posture par rapport au réel. Je ne veux pas trop théoriser mais il y a de ça. Je suis peut-être en train de m'inventer une nouvelle manière de photographier. J'apprécie particulièrement le mode macro. Je prends des détails d'objets, des plis de vêtements, etc. Peu importe ce que je photographie en fait. Seule l'image produite m'intéresse. Hier soir, je me suis attaché au champ d'herbes sèches dans le terrain qui colle au jardin. Ça donne des images non académiques où le ciel a été éliminé... Au delà de ces non sujets, j'ai fait quelques expériences de photos floues. Certaines traitements d'image rajoutent du grain, j'ai remarqué. Là aussi, il y a matière à expérimenter. Ensuite toujours les collages mais ces autre chose...

 

notes juillet 2004

 

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mise à jour le 09/08/2004