notes d'artiste (avril 2003)  

notes au fil de l'eau lors de la réalisation du site et de mes autres trucs.

 

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06/04/2003

Peu à écrire dans ces notes depuis quelque temps. différentes raisons avouables ou non avouables. Je n'ai pas encore terminé d'absorber l'ouvrage de Nathalie Einich qui a cependant beaucoup enrichi ma vision de l'art contemporain et posé des questions ardues dans la rubrique "et maintenant que faire ?". Je commente peu également la guerre en Irak bien que ce soit le sujet d'actualité incontournable. Que dire ? Je ne connais rien de la guerre sinon la "télévision de guerre". Mon opinion est sans valeur. Je me demande juste par quel détour la guerre est devenue verte. Ce n'est pas la couleur que je lui aurais attribuée. Pourquoi la guerre est elle verte ? Pourquoi cette guerre ci justement, inévitablement tournée contre l'islam (quoi qu'ils disent).














nuitsDeBagdad
jean-claude.devaux 2003

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J'étais parti quelques jours en Espagne. J'ai visité le musée Guggenheim de Bilbao qui m'a un peu déçu. Le bâtiment mérite le coup d'œil, ça ne fait pas de doute. Très spectaculaire et la manière "déterminée" dont il est posé dans la ville aussi. Pourquoi ce musée dans cette ville, je ne sais pas. Il faudra que je me renseigne... La collection présentée m'a paru très incomplète et partiale. J'ai rien vu de Duchamp, de Beuys ou de Picasso. C'est quand même un problème. Il y a une grande salle qui doit mesurer une centaine de mètres de long mais ne présente que quatre sculptures. D'une manière générale, c'est assez vide. Le second étage était réservé à une exposition temporaire des sculptures de Calder. J'aime bien ses mobiles mais il faut avouer qu'ils n'appellent pas beaucoup de commentaires. Le musée dans son ensemble m'a donné l'impression de quelque chose de trop bien pensant. Même Schnabel dans cet environnement fait étonnamment propre et policé.

La seule chose que je ne connaissais pas, c'était les œuvres de Jeff Koons : un chien en métal imitant ceux qu'on fabrique dans les foires avec des ballons. J'ai repéré aussi les photos de Cindy Sherman. C'est ce que j'ai préféré

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Je suis passé aussi à Figureras voir le musée Dali. C'est autre chose. Je ne suis pas fan de Dali et ce qu'il raconte m'intéresse assez peu. Le musée correspond cependant à ce qu'on en attend . Ce qui était intéressant c'était surtout le principe d'un musée aménagé par Dali lui même. Le guide Michelin indique qu'il s'en est donné à cœur joie. C'est vrai, mais en même temps, il est complètement resté dans le cadre prédéterminé de "l'artiste qui fait le con". Ce qu'il reste de Dali, au fond, ça n'est pas mieux que le Palais du facteur Cheval et c'est beaucoup moins touchant.

 

20/04/2003

Lu la pièce "combat de nègres et de chiens" de Koltes. Bien. Sauf la quatrième de couverture sur laquelle Koltes essaie de dire qu'il n'a pas dit ce qu'il a dit. C'est à peu près le même texte que celui que j'ai lu au dos de "en attendant Godot". C'est aussi le même éditeur.

Je n'ai jamais écrit de théâtre, même pas essayé, mais cette lecture me montre la particularité de ce genre d'écriture qui laisse volontairement place à l'interprétation pour permettre le jeu de l'acteur. Ce doit être très déroutant de voir sa pièce montée et jouée par un metteur en scène et des acteurs qui voient peut-être les choses autrement. Avec le roman, on reste indéfiniment dans l'illusion que les lecteurs ont compris ce qu'on a dit, comme on l'a dit.

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J'ai appris que depuis les années soixante dix (mis à part les derniers mois et "l'effet Sarkozy"), le nombre de personnes emprisonnées en France n'avait cessé de diminuer. La population pénitentiaire augmente malgré cela car les peines s'allongent. Actuellement, 25% des affaires sont des affaires de mœurs (viol, pédophilie, inceste, etc..). Je ne pensais pas que c'était autant !

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Vue cette émission un peu délirante sur la cinq qui envisageait les différents scénarios possibles pour l'avenir de l'humanité. C'était il y a une semaine déjà et j'ai failli oublier de le noter, preuve que je n'alimente plus ces notes avec le sérieux nécessaire...

Dans ces spéculations, il ne faisait aucun doute que, tôt ou tard, les hommes devront quitter la Terre. Hypothèse qu'on doit accepter mais qui pose déjà des difficultés car nous serons bien obligés d'abandonner certaines choses auxquelles nous tenons beaucoup : le Louvre, les Pyramides, ce genre de trucs... Plusieurs solutions classiques étaient envisagées pour le voyage dans l'espace comme par exemple la cryogénie mais on se rendait vite compte qu'il faudrait recourir à la génétique pour fabriquer des humains plus petits, mieux adaptés à l'espace, ne serait-ce que pour diminuer la charge à transporter. Probablement que la race humaine se divisera en plusieurs espèces à mesure qu'elle colonisera d'autres planètes. La définition même de l'Homme sera à revoir. C'est inévitable. Celle même d'individu, car on voit bien que ce ne peut être qu'un projet collectif poursuivi sur des échelles de temps assez incroyables. Quand on observe les entreprises actuelles qui cherchent des retours sur investissement de quelques mois, on se dit que ça ne colle pas. Ils envisageaient encore d'autres solutions avec des robots qui sont naturellement infatigables ou même une base de données délocalisée qui serait en quelque sorte dépositaire du savoir de l'Humanité, disponible à tous et enrichie en temps réel.

Ce que je retiens de ces extrapolations hasardeuses, c'est quand même le sentiment d'une certaine concordance de temps entre nos sorties dans l'espace et l'avènement des sciences biologiques, comme s'il y avait une certaine nécessité de disposer des deux "technologies" pour poursuivre. Ce constat rendrait plutôt optimiste sur le futur de l'Humanité mais en même temps, il suggère l'idée d'appartenir à une race en bout de course. Nos enfants (ou nos petits enfants) devront être différents de nous. Ils auront peut-être la nécessité de respirer un air différent, de s'alimenter autrement. Cela relativise beaucoup de choses. Que restera t'il de notre esthétique ? Tout ça va s'écrouler. Il faudra renoncer à toutes sortes de choses comme celles si évidentes et indispensables de la caresse du soleil de printemps et de la vue des pétales de cerisiers emportés par un souffle d'air.

Ce changement n'est certes pas pour aujourd'hui mais pour bientôt.

 

04/05/2003

Puisque je suis libre pour quelques jours, j'ai repris la production d'images pov, avec quelques résultats mais sans conviction. Le but de cette activité m'échappe désormais et la seule justification que je lui reconnais encore est celle de passer le temps. J'ai la tête ailleurs et aspire à des changements en profondeur de mon quotidien voir même de mon esprit (si c'est possible). Pour ce qui est de l'Art et d'un projet artistique que je pourrais assumer, je ne vois plus ce qu'il pourrait être.

Je lis des livres et me dis aussi à quoi bon écrire cela. De très bons livres pourtant, je n'ai pas de doute à ce propos. Je continue celui de Pessoa (le livre de l'intranquilité) que je traîne dans ma valise depuis un certain temps. Je retiens cette citation : "Et je recommencerais demain à écrire, poursuivant ainsi mon livre stupide, les impressions journalières de mon inconviction, en toute froideur".

Tout en les trouvant inutiles, les pages que je lis me donnent aussi l'impression de raconter ma propre vie, les événements - plus ou moins précisément - qui s'y passent. Heureusement, j'en lis plusieurs de front, cela me permet de garder un peu de liberté ! Sentiment peu agréable et surtout effrayant si comme je le suppose, le héros meurt à la fin.

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En utilisant pov, j'ai fabriqué un bon nombre d'images nouvelles (plus de cinquante) grâce à une macro-commande prévue au départ pour créer un champ de brin d'herbes. Je me l'étais procurée, me semble t'il, sur le site de Gilles Tran.. En tout cas, il est l'auteur de ce bout de logiciel. J'ai trituré les paramètres dans tous les sens et obtenu des choses assez bien mais que je dois encore peaufiner (couleurs, textures). Je ferais sans doute un nouvelle page d'étude du genre de celle des rondelles. C'est le mieux adapté à ce type de production.

Chaque brin d'herbe est en pratique une sorte de lame, plus ou moins longue, plus ou moins courbée, plus ou moins pointue. L'astuce de la réalisation d'une "prairie" est de fabriquer un grand nombre de brins pas tous à fait identiques les uns des autres et de les orienter de manière aléatoire. On voit le résultat très convainquant dans l'image suivante.









Exemple mgrass1.pov d'une prairie réalisée avec le logiciel Pov.

Gilles Tran - 1999

En changeant les paramètres de texture et en choisissant mes points de vue j'ai pu détourner le résultat obtenu vers quelque chose de plus abstrait. C'est pourquoi j'appelle cette série Abstract3D . C'est un jeu entre le plan de l'image et l'effet de profondeur que permet Pov. Ce n'est pas une recherche nouvelle dans l'Histoire de la Peinture, bien évidemment, mais c'est quand même intéressant et les images obtenues sont jolies. J'ai consacré deux jours à cette recherche. Le mêmes question que précédemment sont réapparues. Est-ce de l'Art d'amateur ? est-ce qu'il faut "faire joli" ? etc. Des questions à la con dont je connais bien les réponses mais quelque chose me dit cependant que je dois continuer dans cette voie (ou alors renoncer complètement et définitivement).

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Mon dernier travail se base sur un "porte-chiffre". J'appelle cet objet comme ça. Je l'avais observé à la télévision dans des reportages sur la police judiciaire. Ils utilisent ces petits trépieds surmontés d'un numéro pour repérer la position des balles lors des photographies des lieux de meurtre. J'ai trouvé cet objet intriguant et très graphique. J'ai déjà réalisé la partie permettant de le reproduire avec n'importe quel nombre de 0 à 99. En changeant la police (de caractères), je peux même afficher des lettres ou des caractères graphiques (des smileys par exemple). Reste à mettre cela en scène.

Deux "porte-chiffre"
jean-claude devaux 2003

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Poursuivi le travail avec les porte chiffre pour obtenir plusieurs animations en gif animés. C'est la première fois que j'utilise cette technique en dehors des "marteaux" que je n'ai pas encore publié. J'ai réalisé plusieurs prototypes de pages qui mêlent des images fixes et des images animées. Comme ces images sont petites, elles ne sont pas "lourdes" en kilo-octets et se chargeront rapidement. Il ne semble pas y avoir de limite a avoir plusieurs animations sur la même page. Bien sûr avec les fichiers gif animés, les possibilités d'animation sont limitées à des simples mouvements répétitifs. Pour rendre les choses plus interactives, il faudrait recourir à Flash.

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Pas trop d'autre commentaire à faire sur ces réalisations. Les images Pov m'étonnent beaucoup moins qu'au début et le fait de les enchaîner dans des animations est amusant mais n'apporte pas beaucoup plus. Le plus intéressant à explorer peut-être est la possibilité de créer des scènes mélangeant des angles de vue différents mais bon !

Il me reste à explorer la vraie raison pour laquelle j'ai produit ces porte-chiffre, à savoir l'univers du meurtre et des images de police relatant ces événements. J'ai plusieurs idées à mettre en image en combinant les porte chiffre et d'autres éléments essentiels de ce type de scène : les silhouettes des victimes marquées à la craie, les douilles des balles et les taches de sang. Il faut aussi que cela se passe dans un univers urbain. Le sol est goudronné ou cimenté. Les parkings et les trottoirs sont tout à fait indiqués.

 

07/05/2003

J'ai poursuivi ma production d'images jusqu'à la nausée. Les œuvres s'accumulent, les idées nouvelles viennent sans interruption mais il me manque désormais une ligne directrice. Je n'en vois plus. J'avance à tâtons et cette manière de faire est plus proche d'une attitude maniaque que d'une création artistique authentique. Je m'aperçois combien il serait impossible et déraisonnable que je devienne artiste à plein temps. J'oublierais tout et perdrait rapidement contact avec la réalité. Déjà en quelques jours je suis presque complètement ankylosé. Je ne sors plus, ne fait aucun exercice et ne vois personne. Les conditions ne sont pas remplies pour que je rentre complètement dans une création artistique. Trop de questions laissées en suspens et trop destructeur. Ce n'est pas mon intérêt.

C'est que l'idée d'art a beaucoup perdu à mes yeux. Ce n'est plus aussi important. Là où vont d'autres artistes, - jusqu'à l'automutilation - je ne vois pas la nécessité et de l'autre côte, la facilité de produire tant d'ouvres avec mon ordinateur me perturbe assez profondément Je pensais ce matin à quelques images d'op-art que je vais (peut-être) réaliser aujourd'hui. Lorsqu'il s'agit d'op-art, la référence à Vasarely s'impose. Le but n'est pas de refaire la même chose mais je me disais "comme il a dû s'embêter pour faire certaines de ses toiles". Toutes celles qui utilisaient des suites mathématiques en particulier. Il n'avait pas d'ordinateur personnel, pas même encore de calculette. Il devait probablement passer des heures à calculer les séries qu'il utilisait. Ou bien, il faisait appel aux machines d'un centre de calcul universitaire. De toutes les façons, ce devait être compliqué et la réalisation de ses œuvres s'étaler sur de longues périodes de temps. Probablement qu'il conservait ses séries de calculs précieusement pour les réutiliser... Mais puisque je suis si perturbé par la facilité trop grande que m'apportent mes machines, cela signifie t'il qu'il n'y a pas d'art possible s'il n'y a pas de difficulté pour la réalisation ? Tout se passe comme si le fait de pouvoir produire des œuvres en grande quantité enlevait le potentiel aux œuvres. J'ai beau essayer de me convaincre de l'inverse, mes images au beau être très différentes, je ne parviens pas à m'oter l'idée qu'elles sont toutes pareilles. Il manque le plus qui me ferait considérer que je suis satisfait et de plus en plus je pense que ce n'est pas "là" que je vais trouver ce que je cherche.

Pourtant, il me semble aussi que ces images ont une sorte de nécessite. Pour qu'elles deviennent inutiles, il faut d'abord qu'elles existent et elles n'existeraient pas si je ne les fabriquais pas. C'est assez tordu et paradoxal. Je ne pense pas que quelqu'un d'autre pourrait les réaliser (ils en réaliseraient d'autres) et c'est en ce sens que ma production a une manière d'utilité. Je pourrais ne rien faire mais dans ce cas, il manquerait quelque chose à l'équilibre du monde (quelle présomption !!).

Le problème est que si je produis ces images, il faut aussi qu'elles soient vues pour atteindre leur but. Il faut qu'elles atteignent cet état de déjà vu chez un maximum de gens. Internet remplit cette fonction mais très imparfaitement. Il faudrait qu'elles soient diffusées plus largement encore, dans d'autres médias et d'autres lieux. Qu'elles s'immiscent dans d'autres imaginaires, qu'elles les remplissent, les encombrent peut-être. C'est vraiment une œuvre de déconstruction ! Peut-être que mon seul but est d'effacer ce qu'ont pu faire d'autres artistes avant moi, en multipliant les variantes de ce qu'ils ont produit. Ok, ils ont inventé des trucs mais c'est d'abord par le privilège d'être nés avant moi. Mes images questionnent leur production en suggérant des questions du type "mais pourquoi cette image-ci, ne l'ont ils pas produite ?" Et celle là ? Et celle là encore ? Sans les considérations chronologiques qui font admettre qu'untel est un inventeur et cet autre un imitateur, qu'est-ce qui est donc tellement fondamental dans toutes ces œuvres ? S'il existe cent carres blancs comme celui de Malévitch, peints par des artistes différents, si on les expose côte à côte, que restera-t'il de l'original ?

En fait, tout ce que je dis là, c'est le sentiment d'effroi que je ressens depuis un certain temps devant le fait que le nombre d'artistes et d'œuvres ne peut que croître de manière exponentielle à mesure que le temps avance et que la démocratie et l'éducation multiplient les gens capables de comprendre de quoi il retourne. La solution d'accumuler les images en grand nombre n'est même pas une réponse adaptée car il se trouvera toujours un autre artiste utilisant des machines plus puissantes pour en fabriquer encore plus et tout recouvrir. Ceci n'aboutira qu'à augmenter le nombre total d'images, la confusion mais c'est n'est pas la solution.

Il n'y a pas de solution.

Il faut désormais apprendre à jeter.

 

10/05/2003

J'ai dérivé de nouveau et me suis lancé dans la réalisation d'images "mécaniques". J'en ai réalisé deux pour l'instant : un "thermomètre" et une sorte de "coffre médiéval". Dans la deuxième, j'ai créé un décor à l'aide de billes incrustées et pour cela me suis amusé à retrouver les méthodes de Vasarely pour ses séries de billes de taille différentes. Cela peut se réaliser simplement à l'aide d'une fonction parabolique (avec un terme en x carré). Sur le résultat global, je suis moyennement satisfait. C'est qu'il s'agit de réussir à produire les scènes que j'ai d'abord imaginées et le passage dans le "réel" n'est pas toujours évident.

La construction de ces images suit un parcours intéressant. Elles ne viennent - entre autres rêveries - le matin lorsque je traîne au lit. Je les compose - littéralement - en esprit,. Place les objets dans la scène exactement comme je le fais avec le logiciel Pov. Plus simplement même car là, il n'y a pas de calcul à faire ! Je fais différents essais avec des formes et des textures différentes et je "vois" les images que j'ai ainsi composées. Il ne reste plus qu'à les entrer dans la machine. Ce que je me demande toujours, c'est de savoir si mes images mentales sont suffisamment précises. Il faut faire un effort de rigueur mentale pour ne pas avoir de mauvaise surprise par la suite.

L'inspiration de ce nouveau thème est assez complexe. Pour une bonne part, ce sont des souvenirs de mon époque de lycée lorsque j'allais à l'atelier de mécanique. J'y retrouve des impressions diffuses que je n'ai jamais exprimées jusqu'ici. Parallèlement il y a un côté médiéval. C'est particulièrement vrai pour le coffre d'argent avec ses incrustations de pierres. Toutes sortes d'émotions diverses où se mêlent des oppositions entre chaud et froid, dur, fragile, transparent, rugueux, lourd, sale, etc. La base ce sont des cubes. De gros cubes en général. J'ai l'idée qu'il faut que ça pèse et aussi que ça donne une sorte d'impression de "grossièreté" et de rusticité. Je réalise ses vues en perspective "orthographique", c'est à dire en perspective cavalière comme on le fait en dessin industriel. Il n'y a pas de ligne de fuite et même, les lignes parallèles qui partent vers l'horizon donnent l'impression de s'écarter. C'est intéressant d'utiliser un autre type de représentation que celui dont on a l'habitude. Là où je suis moins bon, c'est sur les textures et les finis de surface. Je ne maîtrise pas assez. C'est pourtant important car l'effet de la scène peut s'en trouver complètement transformé, transfiguré même je dirais. J'essaie de m'améliorer.

Pour que ces scènes aient un intérêt au delà de l'empilement d'objets à caractère mécanique, il faut trouver le petit plus qui donne un sens à l'ensemble. Pour l'image que j'appelle le thermomètre, c'est certainement ce tube de verre avec son liquide bleu qui donne la ligne de force à l'ensemble, mais il y a aussi les billes rouges qui évoquent un alignement de "led" comme sur les appareils électroniques et le sticker "jcd" dont je suis assez content. Pour le coffre, j'ai longtemps cherché pour donner une signification à ce coffre qui semblait assez terne quoi que je fasse pour l'améliorer. Ce qui a été déterminant, ça a été de placer des petits drapeaux tout autour (encore un symbole très médiéval). Ces drapeaux sont aussi des symboles de radioactivité dont on ne sait pas très bien s'ils proclament la puissance atomique ou alertent contre la possibilité que ce coffre contiendrait des éléments radioactifs. Bien rattrapé au fond !

Je ne sais pas trop à quelle catégorie ces œuvres doivent être rattachées. Déjà elles ne semblent pas se situer dans la zone de "l'avant garde" mais plutôt dans une mouvance des arts graphiques comme ce que produit par exemple le peintre Granger. Cela se rapproche aussi de ce que font les "peintres de science-fiction", toute cette catégorie d'œuvres complètement dénigrées qui sont apparues, me semble t-il, après l'invention de l'aérographe. On peut voir aussi un côté surréaliste dans cette recherche ce qui s'explique facilement dans la mesure où ces compositions font intervenir des symboles inexplorés que je puise dans mon inconscient.

 

24/05/2003

J'ai commencé à bouquiner Durkheim, "les règles de la méthode sociologique". Un classique ! mais je ne m'étais jamais intéressé de près à la sociologie... L'édition que j'ai est préfacée par un universitaire de Toulouse. J'ai lu d'abord ce texte introductif qui m'a plutôt rebuté comme souvent les préfaces. D'abord il dit que Durkheim est dépassé, ce n'est pas très sympa pour moi qui le découvre ! Ensuite c'est le style, franchement hostile. J'en suis enfin venu à bout et j'ai commencé l'introduction écrite par Durkheim lui même. C'est tout de suite mieux. Plus agréable et compréhensible.

Je me suis demandé. Je ne sais ce qui pousse les savants contemporains à avoir un vocabulaire si ésotérique. Comme s'il existait un "style universitaire", dont on pourrait croire qu'il sert plus à repousser qu'à échanger. Je l'ai souvent observé dans ce genre de textes qu'on trouve en tête des éditions grand public. Cela semble pourtant au départ une bonne intention. Mais je me demande combien de gens auront reposé ce bouquin sur le rayon du libraire après en avoir parcouru seulement les premières pages même pas écrites par l'auteur annoncé. C'est injuste et triste...

note du 01/06/2003 : A la relecture, je n'apprécie guère ce texte d'une tonalité anti-universitaire assez déplorable mais le même jour, je lis que JP Changeux fait le même constat que moi sur l'enfermement par le langage dans différentes disciplines scientifiques qu'il a côtoyé, alors...

30/05/2003

Puisque les images m'ennuient, je me suis de nouveau intéressé à la musique électronique. Ce n'est pas un sujet neuf pour moi puisque c'était déjà ce qui m'avait conduit à acheter mon premier ordinateur dans les années quatre vingt. Ce fût un échec complet et je n'ai jamais rien fait dans ce domaine finalement. Ça mériterait une "analyse critique" car le contexte a beaucoup évolué depuis et il est évident que je n'ai pas vu les changements se produire. Je suis resté sur ma première expérience qu'il n'était pas possible de faire de la musique avec un ordinateur personnel.

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Au cours de la semaine dernière, j'ai visité le site "tout pour la musique" (tplm.com) sur lequel j'ai trouvé beaucoup d'informations et téléchargé quelques logiciels. Ce n'est pas évident de prime abord de savoir quels sont les meilleurs programmes d'autant que les archives sont souvent énormes et que je ne peux les télécharger (sans l'ADSL).

J'ai récupéré plusieurs choses cependant, notamment les logiciels psycle et anvil studio que j'ai essayés.

Anvil Studio est un séquenceur midi "classique". Il affiche les notes sur une portée à mesure qu'il les joue. Je connaissais déjà ce logiciel dans une version antérieure. Il a évolué dans le bon sens mais je reste réservé sur ce type d'approche, trop musicienne. De plus, les instruments disponibles sont limités à ceux proposés par la carte midi (127 sons). Ça donne une impression de répétitivité et d'un style un peu mécanique. Je crois que c'est d'abord parce qu'il n'y a pas de contrôle de volume de chaque note (ou je n'ai pas vu comment faire). Je ne maîtrise pas bien ces notions d'interfaces midi et suppose que le logiciel pourrait être utilisé pour piloter une machine externe auquel cas, cette question de limitation de la palette de sons serait posée différemment.

Psycle est plus proche de mes attentes. C'est même pratiquement le logiciel dont j'ai rêvé de disposer pendant des années. En plus, il est en open source, gratuit. Que demander de plus ? C'est d'abord un séquenceur 32 voies. Ce n'est peut-être pas suffisant mais c'est plus que les logiciels de cette catégorie que j'ai essayés jusqu'ici (scream tracker, fast tracker). La différence avec ces ancêtres est que psycle fonctionne sous windows. Les autres étaient des versions DOS devenues obsolètes (qui ne fonctionnent plus sous Win ME). Ce séquenceur permet de jouer des séquences de samples (des fichiers sons au format wav) mais il dispose aussi de machines permettant de synthétiser des sons ou de gérer des effets. (J'aime beaucoup ce terme de "machine").

Tout est là. Plusieurs types de synthétiseurs avec différents types de synthèse (soustractive, FM). J'ai pu retrouver des sensations très proches de ce que permettait de faire mon Korg MS20 en modifiant les potentiomètres des VCO, VCF, LFO et ADSR du module "Aguru synth 2f" - sauf que cet instrument est devenu polyphonique et que je peux en avoir plusieurs en même temps. Je peux aussi ajouter de la distorsion et de la réverbération.

L'interface du programme est assez austère (il existe des skins, je crois) mais efficace. On choisit les instruments et on les relie entre eux comme je le faisais "autrefois" avec des cordons. Un écran permet de visualiser la charge du processeur en temps réel... Jusqu'ici, j'ai de la réserve ! C'est très satisfaisant. Les instruments se présentent sous forme de panneaux de potentiomètres assez intimidants. On peut modifier des dizaines de paramètres, enregistrer les configurations et les musiques...

Je connais beaucoup moins bien les synthés utilisant la synthèse par modulation de fréquence. Je n'ai jamais pratiqué ce genre d'instrument et manque peut-être d'information à ce sujet.

 

01/06/2003

J'ai testé plusieurs autres programmes de musique. Cubase est décidément très difficile d'accès. C'est bien ce que j'avais lu et je n'ai pas réussi à en tirer un seul son. Un comble ! J'ai essayé Acid aussi. Un autre générateur de boucles qui exploite beaucoup le copier-coller. Il semble limité aux samples.

Une tendance aussi est de reproduire fidèlement les synthétiseurs les plus connus. Dans le genre, j'ai essayé fm7 qui est une émulation du DX7 de Yamaha. Je ne connaissais ce synthé que de réputation et je ne sais pas jusqu'à quel point la reproduction de l'instrument est fidèle. Je pense qu'il y a plus de choses dans le logiciel car je n'imagine pas possible d'avoir autant de potentiomètres sur le panneau de contrôle d'un instrument Les sons produits sont superbes. Ce synthé est l'archétype de la synthèse FM justement. De plus, il existe un module VST que je peux utiliser dans le séquenceur psycle directement. Malheureusement, parfois ça plante psycle. C'est un bug connu, semble-t'il. Il est signalé dans la notice (voir sur internet si une correction a été produite). En principe n'importe quel émulation de synthétiseur FM devrait permettre le même résultat sauf que dans psycle on maîtrise moins précisément la forme des enveloppes. Dans fm7, on peut les dessiner point par point. Cette fonctionnalité existait aussi dans fast-tracker.

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Il ne reste plus qu'à créer ! Je dispose désormais de toutes les machines nécessaires. Je suis partagé. Je suis tellement ignorant des règles de la composition et du solfège. Et je ne me vois pas en "pop star" non plus... Il est devenu réellement facile de produire de la musique. Désespérément facile. Ce n'est plus qu'une question de créativité et d'inspiration.

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Ce qui n'est pas connecté pour moi, c'est le lien entre les actions de programmation, insert, copier, coller, etc. et le résultat final, un morceau de musique. Il y a un gouffre entre les deux... Il faut ensuite "consommer" la musique. Prendre le temps de l'écouter. La donner à entendre ici ou là. C'est encore plus vrai que pour les images avec lesquelles on peut se contenter d'un rapide coup d'œil. La musique n'a de sens que si on l'écoute dans la durée. Sur internet, no way !... à moins peut-être de concevoir quelque chose de complètement différent, des micro morceaux de quelques secondes...

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Avec la musique électronique, il est évident qu'être le premier a avoir accès aux nouvelles machines peut facilement passer pour du génie. La musique électroacoustique, en ce sens, peut paraître souvent être du bluff. Je pense que les ordinateurs vont casser la musique au moins autant que la peinture a été cassée au vingtième siècle. La musique est certes plus populaire et son empreinte commerciale beaucoup plus forte. Il n'empêche, cette si grande accessibilité aux moyens de production de musique ne peut pas être sans une remise en cause fondamentale. N'importe qui peut créer un morceau - vraiment n'importe qui - sans rien connaître aux lois de l'harmonie. C'est une situation profondément destructrice. De plus la limite entre musique et bruit est de moins en moins claire... J'écris ceci à la campagne. L'été a commencé. Ce n'est que trop évident. L'harmonie de la nature n'est qu'une suite de bruits : chants d'oiseaux en boucle, roucoulements d'une tourterelle, grillons, vols de mouches et de bourdons, caquètement des poules, doppler des voitures qui passent sur la route. Qu'est ce d'autre la musique aujourd'hui sinon créer une ambiance sonore comme celle ci ?...

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Que pourrait être une création de musique pour moi ? Hier je regardais une émission présentée par Guillaume Durand (ce Rocker !!). C'était un best-of. Ils ont tout montré de Hendrix à Kraftwerk, de Moby à IAM. Qu'est-ce que je peux apporter de plus, vraiment ?

Rien ne m'oblige bien sûr.

Ce que peut être le champ de la création, désormais, est justement de réussir à produire "quelque chose" dans ce monde plein. Les images posent déjà ce problème mais la musique plus encore. Faut-il renoncer à inventer quoi que ce soit. Seulement fabriquer un produit qui entre en résonance avec l'air du temps ? Que c'est décevant, et pourtant, je crains qu'il n'y ait d'autre issue.

Comme je ne me vois pas dans l'immédiat écrire de longs morceaux de musique et en me posant la question du média internent, l'idée de micro-morceaux s'est imposée à moi. C'est ça que je devrais faire ! Des musiques de quelques secondes en boucle ou one-shot. Eventuellement les associer à une image fixe ou une courte séquence interactive. L'idée n'est pas révolutionnaire mais logique. Moi même ai déjà publié quelques applets sonores. Celui utilisant le sample de Laureen Hill notamment. C'est le même principe, mais la manière de les présenter serait différente. On pourrait trouver d'autres antécédents comme les jingles des pubs ou des radios FM. Les "bips" des ordinateurs aussi. De nombreux musiciens ont déjà été sollicités pour ce genre de création mais personne à ma connaissance n'en n'a fait un système. En écoutant mes CD, je m'aperçois que de nombreux morceaux sont en réalité des collages de gimmicks de ce genre. L'idée est de "ramasser" tout ça pour ne garder qu'un fraction de discours qui doit être suffisante pour exprimer l'idée. Le summum serait de réussir un tube qui fait juste la la la et que tout le monde a en tête et chantonne.

 

07/06/2003

Je me relis sans parvenir à ôter cette sensation du peu d'intérêt de ce que j'ai écrit ces dernières semaines. Sentiment de répétition, de tourner à vide. Je ne me supporte pas très bien... mais que faire ? Arrêter ces notes serait pire que de les alimenter laborieusement comme je le fais en ce moment.

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J'ai téléchargé d'autres logiciels répliques de synthétiseurs anciens. Après le fm7 réplique du DX7, j'ai trouvé un Moog et un Prophet. J'ai également téléchargé une nouvelle version de la boite à rythme TB303 (seq303). J'ai été un peu déçu car cette version 2 me semble moins bien que la première ! Elle comporte des améliorations, comme la possibilité d'ouvrir plusieurs fenêtres mais l'interface est moins brillante, plus touffue [de plus c'est devenu un logiciel commercial dont je n'ai qu'une démo limitée à un mois]. J'imagine que l'auteur a voulu prendre en compte des demandes d'utilisateurs et son logiciel y a perdu autant que gagné. Il semble d'ailleurs abandonné. La page du site internet ne répond plus et j'ai eu quelques difficultés pour le retrouve sur un site FTP. C'est un problème ces choses qui disparaissent sur internet parce que leur auteurs ne les "assument" plus, mais qu'on voudrait retrouver. Il faudrait inventer des sites d'antiquités !

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Je ne sais pas encore si je vais poursuivre mes investigations musicales. J'en suis encore à la découverte de ces nouveaux instruments. Je dois avoir une bonne dizaine de synthétiseurs différents et ne sais pas trop comment les prendre. J'ai fait quelques essais de boucles mais ils sont affreux. Il n'est pas évident que j'ai le sens musical.

Cette exploration m'amène néanmoins quelques idées nouvelles. J'imaginais que tous les synthés utilisant la synthèse soustractive à base de VCO et de VCF sonnaient à peu près pareil. Il s'avère que ce n'est pas le cas. Le Prophet par exemple (du moins l'émulateur Pro53 que j'ai essayé) a un son très différent d'autres synthétiseurs du même type. Cela s'explique surtout par son module d'effet en sortie mais signifie surtout qu'en dépit de leurs points communs, chaque synthétiseur à sa personnalité propre. C'est un "instrument" à part entière et non une machine impersonnelle comme on pourrait le penser. D'ou l'intérêt de pouvoir disposer de différents types de machines dans un même logiciel. Et l'idée qu'un synthétiseur peut produire tous les sons possibles à laquelle j'ai souscrit naïvement, est très inexacte. Il n'y a pas tant de différence entre un synthétiseur, un accordéon ou un saxophone. Tous sont le reflet de la technologie de leur époque et l'approche du musicien n'est pas différente non plus. Il s'entoure des instruments qui lui conviennent le mieux, crée son environnement, chine ici et là pour trouver le facteur d'instruments d'exception. Aujourd'hui ces "facteurs" sont des programmeurs. Certains sont des artisans obscurs et désintéressés comme ceux qui participent au projet psycle par exemple.

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Le Moog est un machine très intimidante. Lorsque cet instrument était utilisé dans les années soixante dix-, les machines utilisées se distinguaient par leur taille impressionnante. Elles formaient de véritables murs de potentiomètres et de fils emmêlés (voir les photos de Klaus Shulze, Jean Michel Jarre,...). La version logicielle du Moog reproduit cette impression et elle dispose de plusieurs vues car tout ne peut pas être à l'écran en une seule fois. Autant dire que si le son est semblable, la touche ne peut pas être identique. Les potentiomètres se manipulent à la souris. On ne peut donc en manœuvrer qu'un seul à la fois alors qu'on a deux mains ! et pas aussi finement qu'avec les doigts. La contrepartie est qu'on peut piloter l'instrument par Midi -avec mon logiciel séquenceur psycle par exemple - et donc aller à un niveau de finesse plus important encore. Autre différence de la version logicielle, l'apparition de "presets" qui permettent de disposer de configurations préprogrammées. L'ennui est la taille du fichier dll (le plug in VST) qui ne fonctionne pas très bien sur mon vieux PC dont la configuration est limitée.

 

Ecrans du Moog Modular V

 

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[Un peu plus tard]. En fait le fonctionnement que j'avais observé sur mon PC de Lyon est identique ici. Le moog a des réactions très électriques et de temps à autre, il produit un bruit parasite. Ça fait un peu vieille machine sortie du grenier. C'est marrant, mais je ne sais pas exactement si c'est le trait d'humour des programmeurs qui ont voulu garder y compris les bruits indésirables de l'instrument, ou si cela fait partie d'un fonctionnement plus ou moins normal. J'ai testé cet instrument avec les sons préprogrammés. Il n'est pas toujours évident de savoir quels sont les modules actifs et comment ils sont connectés. J'apprécie particulièrement la fonction séquenceur. Lorsqu'on l'active, on a l'impression de réentendre les musiques de Tangerine Dream qui faisaient grand usage de ce module et je comprends mieux maintenant comment leur musique était fabriquée.

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Avec les jeux, la musique est un domaine particulièrement indiqué pour l'usage d'un ordinateur. Le "home studio" que j'ai constitué me met dans une situation que je n'aurais jamais espéré. Il est très complet et comporte parmi les meilleurs machines jamais conçues jusqu'ici. Ce sont des copies, mais à quelques réserves près, elles sont aussi performantes que les originaux : moog, prophet, dx7, un programme de chaque que je peux activer plusieurs fois, d 'autres synthétiseurs avec des interfaces plus ou moins élaborées. D'autres générateurs comme un simulateur de guitare ou une batterie électronique. Des effets : reverb, fanger, echo. En regardant ce que j'avais, j'ai même retrouvé un système qui simule le retard produit par une bande magnétique tournant en boucle. Il a une tête d'enregistrement et quatre têtes de lecture décalées qui font l'effet d'écho (ce plug in doit faire parie de Cubase).

Le principe de simuler des machines existantes avec un ordinateur évoque un phénomène de dématérialisation... Les synthés dont je parle, je n'aurais jamais pu me les payer et peut-être même pas envie de m'encombrer avec. Un moog devait bien coûter 20 000F à sa sortie (3000 euros). Là je peux disposer de tout cet attirail presque gratuitement. Il y a un côté démocratique... Le fait que ce soit de la simulation ne signifie pas pour autant que ce soient des synthés au rabais. Au contraire par certains aspects, ils sont plus performants. On peut les piloter par un séquenceur ce que ne permettait pas aussi bien les originaux. On peut les reconfigurer instantanément. En fait ce sont de nouveaux instrument "à la manière de".

Le niveau de contrôle que permet l'ordinateur est fascinant. Un nombre incroyable de paramètres peuvent être contrôlés grâce au séquenceur. Il s'agit typiquement d'une situation de contrôle de processus en temps réel pour laquelle on cherche un équilibre entre les réglages préprogrammés et les actions temps réel. Il est un peu difficile d'intervenir pendant que la musique se joue mais ça reste possible de différentes manières...

 

08/06/2003

Cette disposition qui fait intervenir à la fois des séquences enregistrées et des sons générés en temps réel dans un morceau de musique n'est elle même pas très précise ni définitive. Il est en effet possible d'enregistrer les notes jouées par un synthé pour les réutiliser plus tard sous forme d'échantillons dans un sampler. A l'inverse les sons du sampler peuvent être transposés sur des notes différentes. Ils peuvent être de nouveau pianotés, filtrés et bricolés. Un morceau de musique peut donc être envisagé comme une mise en scène de différentes périodes de temps, voire de différents lieux. Avant chaque son, même, on peut avoir une période de recherche et d'essais, soit pour trouver le bon réglage des instruments, soit pour dénicher un sample intéressant. Cela peut aller très loin. Beaucoup de musiciens les recherchent sur de vieux CD, d'autres visionnent des films en vidéo. D'autres encore, j'imagine, sortent dans la rue avec leur magnétophone...

Par rapport aux synthétiseurs "classiques", les sampleurs apportent une variété de sons et une élégance très intéressantes. Cela me permet de reboucler sur mon vieux projet des années quatre vingt. A cette époque, ce que j'espérais faire avec un micro-ordinateur (ce n'était pas encore des PC), était bien l'équivalent d'un sampleur. Avec 64 ko de mémoire vive je pouvais m'accrocher, mais passons... Hier j'ai encore essayé un autre logiciel, le mellosoftron. J'avais déjà eu un logiciel portant ce nom mais il avait pourtant peu de ressemblances (c'était pour tant le même concepteur). Le mellosofton 3 est un sampleur qui permet de programmer 16 instruments avec pour chacun, la possibilité d'avoir différents sons selon la région du clavier. J'ai quelques réserves sur ce logiciel, les enveloppes en particulier sont du type ADSR, ils auraient pu faire mieux. Par contre le clavier ne réagit pas comme sur les autres logiciels que j'ai essayés. Il est possible de balayer avec le souris et d'avoir ainsi des suites de notes en glissando. Le résultat est superbe. L'inconvénient est que ce logiciel est limité à un mois et je devrai voir si je paie la licence.

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J'ai entamé la lecture d'un livre d'entretien entre JP Changeux, le neurobiologiste, et Paul Ricoeur (La nature et la règle). Leurs échanges sont parfois très vifs. Le livre en rend compte. Je me demande ce qu'il en est de ce genre d'ouvrage. Comment ça s'écrit exactement. Je suppose que le texte a subi des corrections mais il faut une certaine habileté pour garder ce côté "live". Sur le fond, la discussion porte sur le point de rencontre entre l'esprit et la matière. Changeux étudie le cerveau à un niveau de détail étonnant. Il espère pouvoir observer la pensée se former grâce à des images de laboratoire. Dans ce débat, je suis tenté de me mettre de son côté. La thèse de Ricoeur est en effet qu'il est impossible de voir la pensée avec des machines, que la pensée est irréductible, mais le ton qu'il emploie, malgré son érudition, me donne trop l'impression d'une défense d'arrière garde. Quelque chose comme s'il livrait sa dernière bataille face à la science. Ce livre comporte quelques paragraphes étranges ou je ne lis pas vraiment une argumentation intellectuelle promise mais plutôt une joute verbale un peu triste dans laquelle le philosophe prend le scientifique de haut, lequel ne se laisse d'ailleurs pas vraiment démonter, sûr qu'il est de son bagage de tests et d'observations cliniques. Rarement je ne me suis senti autant "du côté" des scientifiques. C'est sûr, c'est la bonne méthode pour avancer...

Changeux donne quelques brides de la connaissance acquise sur le cerveau. C'est impressionnant la somme de choses qu'on sait mais qui ne me semblent pas très accessibles aux non spécialistes... Il rappelle qu'on dispose de quelques cent milliards de neurones lesquels peuvent avoir chacun dix mille connexions. Ce nombre de connexions donne une idée de la complexité du truc. Comparé au nombre de connexions entre circuits qu'on trouve dans les ordinateurs - quelques dizaines dans le meilleurs des cas - on imagine sans peine que ça n'a pas grand chose à voir.

Une phrase m'a frappé. C'était à propos du fait que, pour Ricoeur, on connaît son corps, ses mains, ses jambes mais on ne connaît rien de son cerveau. On ne peut en avoir qu'une vision externe, par exemple, par des radiographies ou des bouquins qui expliquent ce qu'on en sait. A cela, Changeux répond que pour lui "ça ne pose pas problème, c'est juste qu'il n'y a pas de terminaison nerveuse dans le cerveau".

 

10/06/2003

J'assiste à un échange télévisé entre le groupe rap "la rumeur' et Malek Bouti, responsable de SOS racisme. Ils disent que l'association s'est acoquinée avec le PS, qu'elle a tourné le dos à ceux qu'elle prétend représenter. Malek Bouti répond qu'il a fait ce choix, qu'il préfère la réforme à la révolution. Eux ne veulent pas la révolution. Je comprends qu'ils sont dans un discours de contestation qui ne va nulle part. Je connais bien ça ! J'ai beaucoup donné... mais que c'est triste. Bien caractéristique de la France, me semble t'il. Comme quoi, nos rappeurs maghrébins sont peut-être plus "intégrés" qu'il n'y paraît.

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J'ai visionné le film "la Communauté de l'Anneau" qu'on m'a prêté en DVD. C'est un version longue du premier épisode du Seigneur des Anneaux réalisée par le néo-zélandais Peter Jackson. Le coffret contient 4 DVD. Le film proprement dit tient sur deux DVD. Les deux autres proposent de nombreux documents annexes : des commentaires du metteur en scène et des scénaristes sur les détails de l'adaptation du roman de Tolkien pour le film (pourquoi telle scène, quelle intention, les écarts par rapport au livre, etc.), des interviews des acteurs, des anecdotes, et beaucoup d'informations sur les effets spéciaux, la fabrication des maquettes et des accessoires, l'usage des ordinateurs...

Le film est un montage différent, allongé, de celui qui est sorti en salle. Peter Jackson dit que pour lui, c'est un autre film ou plutôt une autre proposition, dans laquelle il a pu ajouter des scènes qui avaient été écartées mais qui permettent de mieux développer la psychologie des personnages. L'idée de considérer le DVD comme un autre média de diffusion avec sa logique propre est intéressante. Faut-il penser que les salles de cinéma vont peu à peu disparaître ? Ce serait sans doute dommage (mais je n'y vais plus beaucoup). Ou alors qu'elles vont se spécialiser - et c'est déjà le cas, me semble t'il - dans les films à "grand spectacle", tandis que le DVD donnerait d'autres possibilités pour des films plus intimistes ou expérimentaux. Peut-être, mais ça reste à prouver...

Le film, je l'ai trouvé bien. Mieux même que le livre qui est, pour moi, un peu chiant à lire. Le cinéma s'adapte particulièrement bien à ce type de récit. Ce qu'il ressort particulièrement bien de cet ensemble de DVD, c'est l'aventure humaine que constitue ce projet de trilogie imaginé à "l'autre bout du monde", en Nouvelle Zélande. Les trois films ont été tournés en même temps, c'était pas évident, et il semble que c'était plus ou moins devenu un projet national.

L'ambition de ce projet est sans commune mesure avec ce que je peux tenter de faire sur internet. Ça donne à réfléchir. Je me demande même si ce genre de projet est possible ailleurs que dans un pays de culture anglo-saxonne. Lancer une affaire de cette taille me semble impossible en France. Un projet qui suppose la mise en place de studios d'effets spéciaux et d'une usine pour fabriquer les accessoires ! J'ai le sentiment qu'ici ce serait des barrières insurmontables à chaque étape et des gens pour vous décourager là où j'ai l'impression que Jackson a trouvé au contraire soutient et encouragement : "Vas y Peter, prouve au reste du monde qu'on peut le faire !".

Comme à chaque fois qu'on interroge des artistes, ils multiplient ces anecdotes un peu ridicules qui créent une mythologie autour d'eux. Ce n'est pas ce que j'ai préféré dans les interviews., ce côté "tout le monde est formidable et génial" ! Il me semble cependant que dans le milieu du cinéma, il existe un désir de faire bien - le mieux possible - qui personnellement me manque dans les boulots auxquels je participe. Peut-être n'est-ce qu'une question de budget mais je n'en suis pas complètement convaincu. En tout cas, j'ai du mal à accepter qu'on exige pour un film (qui reste seulement un film) ce qu'on refuse pour le quotidien. Par exemple, pour les costumes du Seigneur des Anneaux, la qualité des étoffes est tout à fait exceptionnelle. Ceci pour seulement quelques secondes de film parfois. Ce n'est pas tant cette exigence pour un film qui me gêne mais plutôt qu'on n'ait pas la même exigence tout le temps... mais c'est peut-être juste que je ne suis pas exactement à ma place.

J'ai été étonné d'apprendre que ce film avait été tourné par plusieurs équipes simultanément. Le réalisateur ne pouvait donc pas assister à toutes les prises de vue. Il déléguait. Je ne pensais pas que ce soit possible, pourtant, objectivement, cela ne se voit pas à l'image. Mon autre surprise concerne le traitement des images par ordinateur. Il y a les trucages, bien entendu, nombreux.. les scènes où l'on mêle des images réelles et virtuelles, mais même sur les prises de vue classiques, l'informatique intervient pour retoucher les images. Ils peuvent revoir les lumières et les couleurs. Plusieurs exemples sont montrés. Jusqu'à éclaircir légèrement le visage du personnage qui parle pour orienter le regard de spectateur. C'est impressionnant !... On le savait déjà, mais prétendre encore que le cinéma filme la réalité, serait assez mensonger !

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Rapporter l'ampleur de ce projet au niveau de ce que je fais avec mon site internet ou même auparavant dans mes tentatives d'écriture me laisse effectivement un sentiment de jouer petit. Certes, j'ai travaillé seul et ne peut dès lors prétendre égaler une production qui mobilise des centaines de personnes, coûte des milliers de dollars et dure cinq ans. Il n'empêche. Quand on explique que dans une scène du prologue, les soldats virtuels qui livrent bataille sont programmés comme des entités autonomes, je me sens doublement dépassé. D'abord parce qu'une partie des recherches picturales que j'ai en projet dans mes cartons donne déjà des résultats tangibles à l'écran et aussi parce que je me limitais à vouloir animer de créatures élémentaires, des cercles, des carrés, alors que le film montre des armées entières de combattants qui s'animent sur mon téléviseur... Ça a bien plus de gueule !

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J'ai regardé aussi le film Yellow Submarine que j'ai enregistré à la télévision la semaine dernière. Ce n'est pas un film très réussi. L'histoire est confuse. En revanche, c'est un exemple spectaculaire de pop art. Les couleurs vives, le look de l'époque. Je vais garder la cassette pour cette raison et la revoir de temps à autre pour y trouver inspiration.

 

29/06/2003

Rencontré AT dans l'escalier qui descend au parking. Il me dit "ton site n'évolue plus beaucoup". Je lui explique ce sentiment de déception d'être dans un monde où l'on peut créer, s'exprimer autant qu'on veut, mais où personne ou presque ne vous écoute. C'est une vision très politique mais qui ne fait pas le tour de la question, évidemment. Certaines choses m'échappent aussi. Je pourrais tout aussi bien dire que je suis de mauvaise humeur et que je n'ai pas envie d'exposer cela.

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JL me rapporte qu'une nouvelle tentative de cadrer le contenu du réseau intranet de l'entreprise est en cours. Ils vont "tuer l'intranet" me dit-il. Beaucoup le pensent. Je le disais déjà depuis quelque temps. C'est normal. C'est un enjeu de pouvoir et l'on n'a jamais vu que les pouvoirs établis se laissent déborder très longtemps. Il y a eu ce moment de surprise pendant lequel ils n'ont rien compris....

... mais quel effet sur "les autres" (dont je fais partie) qui auront ressenti un temps l'ivresse de pouvoir parler au monde entier. Même si c'est très utopique, l'outil reste là. Il existe. On peut s'en servir...

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Une femme qui vit à Los Angeles raconte qu'elle connaît le petit fils d'Einstein. C'est un merdeux; il est champion de skate-board et ne s'intéresse pas aux sciences. Entendre de telles choses, cette fascination quasi universelle pour la décadence, me donne envie de vomir, de ne plus parler, de ne plus rien dire.

 

notes juillet 2003

 

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mise à jour le 13/08/2003