notes d'artiste (janvier 2003)  

notes au fil de l'eau lors de la réalisation du site et de mes autres trucs.

 

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02/01/2003

 Lundi je suis descendu en ville acheter quelques petits objets de décoration pour "remplir" mon appartement. Je suis de nature assez zen et n'aime pas m'encombrer de choses mais j'ai décidé de faire un effort et d'acheter régulièrement de "beaux objets" pour remplir mon espace vital. Je ne pense pas forcément à des objets coûteux, mais plutôt à des détournements.

Cette fois, je suis allé dans un magasin de bricolage. Je suis un homme, je dois avoir des outils ! que je ne sois pas bricoleur (pas le temps), n'est pas une excuse suffisante. J'ai commencé ma collection au rayon outillage : un marteau, une clé à molette, un tournevis, un mètre pliant, etc. Je les ai choisis uniquement pour leur qualité esthétique et leur pouvoir suggestif. J'ai trouvé par exemple, une petite pince destinée à couper les fils électriques. Elle est munie d'un ressort qui la maintient ouverte et elle a une petite tête incisive qui donne l'idée d'un certain sadisme de la part de l'ingénieur qui l'a dessinée. La clé à molette était vendue dans un emballage hermétique. Elle m'a un peu déçu. Elle est d'un bel aspect acier brossé (et non pas chromé comme cela se fait habituellement) mais la partie mobile a un peu trop de jeu à mon goût. J'espérais quelque chose de plus maîtrisé. Je suis particulièrement content du marteau. Il est léger avec un manche en matières composites, le cœur en fibres de verre, un revêtement caoutchouté autour. Un bel instrument. Plus traditionnelle, la burette d'huile. Un merveilleuse burette rouge à piston.

Peut-être que ma démarche est la même que celle qui conduit certains à exposer de vieux outils agricoles ou des armes anciennes dans leur maison. Ce n'est qu'une différence d'époque. Mes instruments ordinaires sont des ordinateurs et des logiciels mais je pense que notre civilisation a produit des trésors en matière d'objets. Parmi ceux là, les outils sont souvent splendides. Je crains qu'ils ne soient en train de disparaître au profil des outils électriques qui ont cependant bien des avantages. Dans ma collection, les matériels électriques ne sont pas bien venus. Il s'agit des outils à main, ceux qu'on tient dans sa paume., qu'on soupèse et qu'on touche. C'est très important. J'étais fier de les montrer à mon beau frère et mon neveu. Ils ont tout deux été jaloux de mes achats. Mon beauf a dit en désignant la pince "ça va durer longtemps" avec le ton du connaisseur. A propos du marteau, il a haussé les épaules : "j'en ai déjà un comme ça !" (il le cache bien, je ne l'ai jamais vu)..

Je crois que j'ai touché juste. L'envie diffuse de cette collection particulière couve en moi depuis un certain temps. Je pense que c'est la photographie de l'appartement du surréaliste André Breton qui m'a décidé. Il avait un capharnaüm d'objets divers, des masques, des photographies, des trucs et des bidules. Ou bien sinon, le reportage à la télé sur cette œuvre récente composée d'un grand nombre d'outils accrochés au mur selon un classement rigoureux. De nombreuses lectures aussi. Le sentiment de ne pas assez "toucher la matière" perdu que je suis dans un univers informatique et onirique. C'est aussi une part de ma culture, mon héritage : mon père comme bon ouvrier aimait les outils. Il avait un gros établi et un placard accroché au mur, en hauteur, où il rangeait ses râpes et ses tournevis fermés à clé.

Il existe des dizaines d'objets que je pourrais me procurer pour cette collection, depuis la machine à tailler les crayons, certains ventilateurs chromés, les rabots, les étaux ou les scies. Dans mon imaginaire, les alênes seraient plutôt usagées avec un manche en buis vernis et une collerette de cuivre comme celles de notre voisin bourrelier lorsque j'étais môme... La plupart de ceux qui m'intéressent ne sont pas très coûteux, entre dix et vingt euros. La seule condition étant que ce soient d'abord de beaux objets, tout en restant parfaitement fonctionnels... Je me demande si beaucoup de gens font le même genre d'accumulation. En tout cas, il est clair que les fabricants d'outillage se préoccupent de l'esthétique de leurs outils et qu'ils font des efforts. Probablement que cela améliore les ventes, mais je ne sais pas si les acheteurs ont la même démarche que moi. Je ne le pense pas. Du moins pas consciemment. Il s'agirait plutôt d'achats passionnels répondant à un besoin de posséder et de se prouver qu'on est un homme. C'est aussi ce que je fais dans une certaine mesure mais la différence vient du fait que je sais d'avance que je ne me servirai pas de ces outils pour bricoler, d'ailleurs, je me l'interdit pour les préserver dans leur état neuf. (c'est mon côté masochiste).

Détournés de leur fonction initiale, ici, dans mon salon, certains de ces outils deviennent un peu menaçants. Le marteau en particulier. Il éveille en moi un désir trouble de frapper. Peut-être un instinct criminel, de frapper, frapper, jusqu'à ce que ça s'arrête. C'est très étrange et ma foi, un peu inquiétant.

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A l'occasion de l'annonce par la secte des Raéliens de la naissance du premier clone humain (non vérifiée), nous avons eu une petite discussion entre collègues. Quelqu'un évoquait l'idée d'élever des clones pour récupérer des organes, ce qui m'est apparu particulièrement idiot. Un autre posait la question des monstres. Cela m'a donné l'occasion d'évoquer plusieurs films (pas des livres, j'évite). Frankenstein pour l'idée du monstre incontrôlable engendré par l'Homme et Blade Runner pour celle de la révolte des clones. J'étais assez content de mon prosélytisme et de pouvoir vérifier que, quand même, la littérature, et son sous-produit le cinéma , donnent des instruments concrets pour penser le monde.

 

 12/01/2003

Puisque je n'alimente plus trop ces notes, j'ai l'idée que je deviens indifférent au monde. Les sujets ne manquent pas, pourtant ! Le clonage (l'annonce des raéliens n'est toujours pas élucidée mais semble de plus en plus être du bluff ), les contrôles de l'ONU en Irak (qui devaient justifier la guerre que Bush veut faire mais ne donnent rien), etc.

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J'ai continué à m'occuper de mon étude de dictionnaire. Il s'agit d'abord de réaliser un programme extrayant les mots d'un texte pour alimenter le dictionnaire de manière automatique. J'ai récupéré un certain nombre de textes sur internet pour commencer cette opération dès que mon programme sera au point. Pour simplifier les problèmes de conversion (sources de typez html, rtf,... ), je passe par le logiciel Word. Cela rajoute une tâche de préparation manuelle mais c'est beaucoup plus simple. Je pourrais toujours trouver plus tard un module de conversion ou encore automatiser l'appel à Word avec des macros, quoique, si ce traitement est à faire côté serveur, il sera difficile de se servir de Word...

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La question qui se pose derrière ce projet de dictionnaire est de savoir quelle est sa limite. Dictionnaire certes, mais dictionnaire de quoi ? Quel est sont but, qu'y trouvera t'on, quelles sont ses limites ? L'objet d'un dictionnaire est un désir un peu fou, celui de "cadrer" la langue. On sait que ce n'est pas possible mais il faut bien essayer...

J'ai tenté de retrouver le document "comment j'ai fait mon dictionnaire" sur internet. Je l'avais repéré l'autre fois mais j'ai eu un peu de mal à le retrouver. Je ne me souvenais plus de l'auteur. J'ai essayé Bordas sans succès. J'ai tenté ensuite Diderot sachant bien que ce n'était pas lui mais cela m'a permis de consulter quelques documents sur l'Encyclopédie. Finalement c'était Littré qui a écrit ce texte. Le bouquin existait à la BNF mais pas sous format texte. J'ai essayé de le télécharger mais j'ai obtenu une erreur (je ne sais pas combien coûte ce système mais lorsque je veux l'utiliser, il ne fonctionne pas!). Finalement le texte de Littré se trouvait sur le site qui vend les dictionnaires de la société qui porte son nom. Il n'existe apparemment pas beaucoup de documents traitant de cette question de la conception d'un dictionnaire. Même dans les listes d'ouvrages je n'en n'ai pas trouvé.

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J'ai trouvé un autre document, assez amusant, qui traite de la réforme de l'orthographe de 1990. Il est publié par une association belge et donne une illustration sur la manière dont on accepte ou non une autorité morale comme celle de l'Académie. Le texte est très sérieux et défend la réforme. C'est ce que je trouve drôle dans ce texte. Je n'ai personnellement jamais envisagé que l'Académie pouvait dire la règle en terme de langage. Tout au plus peut-elle officialiser les pratiques existentes. Ma réflexion sur le dictionnaire tourne autour de ce thème. As t'on encore besoin d'une Académie et quelle langue trouve t'on dans les Dictionnaires ? Celle d'érudits assurément, mais la langue leur appartient-elle plus qu'au Peuple ? La fonction normalisatrice de la "belle" langue est elle nécessaire et que penser quand l'Académie a voulu simplifier cette orthographe "chargée d'histoire" qui ne gênait apparemment personne et dans laquelle même nous trouvons un bonheur trouble, celui d'être souvent en faute (http://juppiter.fltr.ucl.ac.be/FLTR/ROM/ess.html ).

 

18/01/2003

J'ai essayé de trouver quelques documents de réflexion sur le but et la manière de faire un dictionnaire. Je n'ai pas trouvé grand chose à part le texte d'Emile Littré que j'ai lu (il se trouve sur le web à l'adresse http://www.dictionnaire-france.com/images/Littre-causerie.htm). Littré évoque les difficultés et la somme de travail gigantesque que constitue la fabrication d'un dictionnaire. Ceci dit, aujourd'hui la situation est différente grâce à la technique informatique qui permet des choses impossibles à l'époque (c'était entre 1841 et 1872). La méthode utilisée par Littré est la même que celle que j'envisageais pour alimenter la base de données d'un nouveau dictionnaire : lire ou faire lire des bouquins pour en extraire des citations caractérisant l'usage de chaque mot. En faire des fiches. Le traitement informatique que j'imagine ferait la même chose mais beaucoup plus vite. Au moins au départ, en utilisant internet comme gisement de données. Il existe déjà des centaines de livres électroniques sur le net qui n'attendent qu'à être injectés dans un "processeur de langage". L'inconvénient c'est qu'on n'y trouve principalement que des textes anciens, ceux entrés dans le domaine public et qu'on rate ainsi pratiquement tous les auteurs du vingtième siècle. A côté de cela, il est possible aussi de trouver de nombreux textes non littéraires (des articles, des documents techniques, etc.) qui peuvent amener un enrichissement non négligeable pour un dictionnaire vraiment ouvert. Des transcriptions d'interview même pour une approche du langage parlé.

Ce travail avec des fiches cartonnées pour lequel Littré avait naturellement opté est bien plus efficace et aisé avec une base de données informatique... Ce qui rendait l'opération si complexe à l'époque provenait des contraintes de l'imprimerie par typographie : chaque lettre de chaque page du dictionnaire devait être placé sur un châssis par le typographe avant l'impression et les corrections étaient très compliquées car tout le contenu de la page risquait d'être décalé. Littré en parle. Il explique que lorsqu'il proposait une correction, il essayait de faire de sorte que le nombre de lettres soit le même. Quand je pense qu'on utilisait encore la typo quand je suis sorti du lycée (j'étais allé chercher du travail chez un imprimeur travaillant encore avec cette technique). Avec un dictionnaire électronique ces contraintes tombent complètement. Même chose pour le problème de la publication d'un dictionnaire multivolumes pour lequel il peut se passer plusieurs années entre l'impression de la lettre A et celle du Z. Un dictionnaire web progresserait lui de manière homogène et les mots les plus courants seraient naturellement disponibles plus vite que les raretés (en moyenne).

Le texte de Littré m'a laissé sur ma faim pour ce qui concerne les aspects classification des mots. Soit c'est là que se cache le savoir faire, soit on en est encore à un niveau assez élémentaire. Quel type de classement est nécessaire dans un dictionnaire moderne ? par type de mot (nom, verbe, etc), par domaine de connaissance (art, science, etc...) et sur quelle liste de domaine se baser ? quels liens faut-il gérer entre les mots ? lien étymologique entre le nom, le verbe et l'adjectif correspondant, liens entre synonymes, entre contraires, etc. Qu'est-ce qui est faisable ? Il y a aussi des questions par rapport aux frontières de chaque mot (géographique, temporelle ou sociale). Comment représenter ces différences ? La notation "populaire" ou "argotique" qu'on trouve dans les dictionnaires ne me satisfait pas trop. Trop simpliste et souvent discutable. Et encore : quelle est la bonne orthographe d'un mot ? L'orthographe habituelle ou celle de la "réforme" de 1990 ? Que dire du vieux français ou encore des citations en latin ou en allemand dans des textes français. A partir de quand un mot étranger fait-il partie d'une langue. Ce n'est pas simple.

L'utilité d'un nouveau dictionnaire devrait également être examinée. Il en existe déjà de nombreux. Même sur le web, on en trouve une flopée. A quoi servirait-il d'en créer un nouveau ? Ne faut-il pas considérer qu'on a déjà ce qu'il nous faut et que la question est plutôt de diffuser les dictionnaires existants sur les nouveaux médias (web et cdrom), ce qui existe d'ailleurs déjà. Et le web lui même, n'est-il pas déjà un immense dictionnaire universel ou une encyclopédie transcontinentale ? L'opportunité de créer un dictionnaire encyclopédique ne se posait peut-être pas à l'époque de Diderot et d'Alembert pour lesquels ce besoin était incontestable. Pour Littré, ce n'était peut-être pas encore une vraie question, même s'il précise que son dictionnaire est "étymologique et historique" ce qui traduit une première tentative de spécialisation. Le besoin d'un nouveau dictionnaire est aujourd'hui moins évident, sauf peut-être pour un français, avec des arrières pensées politiques de défense de la langue. L'autre justification, je pense, est amenée par le contexte nouveau qu'apporte le web et la possibilité très récente (trois, quatre ans seulement) de pouvoir créer des bases de données accessibles sur le web qui peuvent être mises à jour collectivement. De nombreux projets de dictionnaires existent sur internet mais aucun n'a l'ambition me semble t-il d'être le nouveau dictionnaire, c'est à dire celui qui change la situation par rapport à ce qui existait précédemment. La caractéristique essentielle que devrait avoir un dictionnaire sur le web serait qu'il soit le dictionnaire de tous et non plus celui d'une poignée de spécialistes.

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J'ai voulu envoyer un mail à Catherine Millet à son boulot chez ArtPress pour dire que j'avais utilisé l'image pratone prise dans sa revue. Par politesse et aussi comme manière de prise de contact. Le mail m'est revenu. Sa boite est pleine. J'ai essayé plusieurs fois sans succès. Même chose pour tous les emails de la revue. Abandonnés en apparence. Même chose pour leur page web qui annonce encore le sommaire du numéro de janvier 2002, un an de décalage !

Je vais transmettre mon message par courrier car je tiens à ce qu'il arrive à destination. Je l'avais imprimé au travail mais j'ai oubliée la feuille sur mon bureau. Ça devra attendre lundi. Pas grave, ce n'est pas urgent.

L'abandon de ce site internet confirme ce que j'avais ressenti par ailleurs : l'enthousiasme autour du web est fortement retombé. Ceux qui y avait cru ou avaient cru naïvement à sa facilité ont déchanté. Ça me fait plutôt l'impression du caprice d'enfants trop gâtés qui se désintéressent rapidement de leurs trop beaux jouets. Je reste convaincu qu'internet vaut plus que ça ! et ça me donne envie de m'accrocher. Il faudrait que je valorise d'avantage mon site. J'ai certainement une réflexion à avoir sur la manière de rendre son contenu plus intemporel tout en lui permettant de continuer d'évoluer. Ce n'est pas si mal mais je peux faire mieux encore.

 

21/01/2003

Ça n'a aucun rapport mais j'ai découvert ce week-end un dessin animé extraordinaire du japonais Miyazaki : le voyage de Chihiro. Ce n'est pas récent, c'est sorti en 2001, mais ce film m'avait échappé. C'est vraiment bien. Très japonais mais assez universel en même temps. Les décors sont superbes. Beaucoup de fleurs. Beaucoup de poésie. Et puis en plus une sensualité limite perverse : la plus grosse partie du film se passe dans un établissement de bains. Plusieurs scènes m'ont fait penser à "l'empire des sens" mais c'est un lien assez discret car le film reste destiné aux enfants. Certains détails m'ont beaucoup plu dans ce film. Par exemple, vers la fin, le voyage en autorail que je trouve très vrai avec les voyageurs comme des ombres, les bruits des portes automatiques, etc.

J'ai trouvé aussi un livre curieux publié par la chambre de commerce de Roanne sur le "génie architectural" des usines de la région. C'est surprenant mais finalement assez convainquant. Il y a en particulier les usines de mon village natal Montagny (les tissages Deveaux et les étiquettes Monroe). J'ai souvent feuilleté des ouvrages d'architecture qui évoquent les réalisations de Berlin ou de Chicago. Celui-ci est aussi bien que ce qu'on a l'habitude de voir. Il est bilingue français-anglais. Les photos sont biens. Tout bien. Ça donne à réfléchir sur la mystification que trimbale ce genre de livre. J'avais constaté que l'usine Monroe avait une architecture remarquable (pas très bien intégrée dans le site d'ailleurs) mais dans le livre, on aurait envie de faire le voyage pour la voir.

 

24/01/2003

J'ai finalement envoyé par la poste une copie de mon mail à ArtPress puisque ça ne marchait pas par internet. Je doute de son utilité. J'imagine des piles de lettres et la mienne au milieu qui sera lue en quelques secondes et pour laquelle on n'imaginera pas utile de répondre.

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Entendu un entretien sur l'idée de transgression en art. La sociologue qui était invitée (Nathalie Heinich) avait des idées très claires sur la question. Elle expliquait qu'on se trompe en pensant que l'art est une relation entre un "producteur" et un "regardeur" mais toujours, un dialogue à trois dans lequel l'institution (musées, critiques, écoles, etc.) est sensée indiquer la limite de ce qui est acceptable. Elle soulignait que de plus en plus l'institution refuse de poser les limites et que cela pousse les artistes à aller toujours plus loin, jusqu'à l'automutilation parfois. Tous le discours est pervers et les artistes tentent d'institutionnaliser la transgression, ce que souvent l'institution accepte. Cela implique alors qu'il faut aller plus loin encore.

Elle donnait l'exemple d'une exposition qui a eu lieu à Marseille dans laquelle un artiste exposait divers objets sous le titre "tout ce que je vous ai volé". Parmi ses objets se trouvait un moniteur TV appartenant à un club vidéo, lequel s'en est aperçu et a porté plainte. La police est venu reprendre l'écran ce à quoi, les gardiens du musée se sont opposés puisqu' il s'agissait d'un élément d'une œuvre exposée... L'affaire s'est terminée par la condamnation de l'artiste et du responsable du musée complice de recel (en général, ces peines sont symboliques. Elles constatent la faute mais prennent en compte le fait que c'est pour la beauté de l'art).

L'autre exemple développé au cours de l'émission était celui de cet artiste (anonyme ?) qui est allé pisser dans l'urinoir de Duchamp et le fracasser à coup de marteau (je pense qu'il s'y est pris en deux fois !). On expliquait comment dans un premier temps, on était passé de l'objet usuel à l'œuvre d'art après que Duchamp ait scénarisé cet urinoir. Et puis, plus tard, le rôle du musée Pompidou qui en poursuivant l'artiste iconoclaste reprécisait la norme : "l'urinoir de Duchamp n'est plus un urinoir". Le contrevenant défendait l'idée que l'urinoir détruit était une œuvre de lui et que le musée pouvait l'exposer ainsi. Cela a été refusé (c'est dommage en un sens). On voit bien cependant que si le centre Pompidou n'avait pas rendu cette performance publique, il n'y aurait pas eu d'œuvre du tout. C'est donc bien le musée, l'institution qui fait les œuvres et personne d'autre.

Vu comme ça, l'art se réduit à une attitude infantile visant à faire réagir les institutions (les papas) qui sont par ailleurs de plus en plus inertes et désabusées. C'est con ! Je vois bien que tout cela doit être repensé. Je ne me suis certes pas trompé en m'installant sur internet et en ne cherchant même pas à choquer avec des photos de cul comme j'aurais pu le faire. Cependant, je ne vois pas trop où cela me conduit.

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Article de SVM sur le développement d'internet. J'ai acheté la revue - je ne le regrette pas - malgré le sentiment désagréable d'être pris dans un appel commercial. L'enquête indique que 35,9% des foyers français possèdent désormais un micro-ordinateur et 23,7% accèdent à internet. (La moyenne européenne étant de 41% de foyers équipés de micro-ordinateurs). L'article met en avant le point paradoxal que le nombre d'ordinateurs personnels croit plus vite que celui des accès internet. Il ne donne que quelques pistes qui ne semblent que des hypothèses, beaucoup moins certaines en tout cas que les commentaires que j'avais entendu à la radio où les journalistes avaient tout compris : les Français considèrent que l'internet ne sert à rien !

Cet article m'a un peu déçu. Il reste au niveau d'un simple sondage et il m'a semblé que les chiffres devaient être pris avec des pincettes, surtout les moyennes européennes dont on ne sait si elles sont pondérées en fonction du nombre d'habitants de chaque pays. De plus, l'approche est trop économique et il y aurait beaucoup à dire lorsqu'on appelle "réfractaires" les gens qui disent ne pas vouloir acheter un micro-ordinateur. J'aurais aimé en savoir plus sur la manière dont les gens utilisent leur PC et ce qu'ils font sur internet, d'avantage que de connaître le pourcentage de ceux qui possèdent une manette de jeu ou un scanner.

... Savoir qu'une famille sur quatre environ se connecte à internet et que ce sont plutôt des jeunes qui téléchargent des fichiers est intéressant même si c'est assez conforme à ce que je pensais. Je m'en étais d'ailleurs aperçu dans les mails que je reçois. C'est comme en art, le côté transgression attire et cet usage d'internet est plutôt du domaine du jeu. Il serait beaucoup plus enrichissant de comprendre pourquoi les adultes se désintéressent du net, y compris ceux qui l'utilisent au travail. Je verrais deux choses. A la fois l'idée que la plupart des gens sont assez satisfaits de ce qu'ils sont et n'ont pas tellement le désir d'apprendre, et ensuite cette réticence officielle à internet qui veut donner sans trop donner, de peur, j'imagine, de remettre en cause son petit pré carré. Cela se ressent particulièrement sur des sites comme celui de la BNF où on peut télécharger des livres mais qui fait tout pour vous en décourager. Quelque chose comme un manque de générosité. Je ne sais pas si c'est particulier à la France mais j'en ai bien l'impression (en comparant avec les sites américains en particulier). Au fond internet est un outil pour des humanistes curieux et désintéressés et c'est bien le problème dans un monde où la norme est l'argent ou l'égoïsme. C'est encore un outil "révolutionnaire", ça reste la raison principale qui me pousse à m'intéresser de près.

 

29/01/2003

Il passe en ce moment une publicité pour les eaux Evian dont je me demande comment elle a été faite exactement. Le principe est de montrer des adultes, au physiques très variés, dans leurs occupations quotidiennes avec leur "petite voix", celle d'une petite fille espiègle qui chante en voix off "we will rock you" du groupe Queens. Bien sûr, je connais les trucs ! L'utilisation des chansons connues de tous pour créer le sentiment de familiarité. Le choix de ce groupe pour symboliser l'idée de liberté (sexuelle). Celui de scènes et de gens qui déclinent les lieux et les cibles pour l'usage de cette eau minérale supposée devenir un élément de personnalité et de maîtrise de son environnement : puisque je bois cette eau, c'est que je m'occupe de moi... J'en ai peut-être pas l'air mais je suis libre. Cette eau que je mets dans mon corps est le signe de ma pureté intérieure et de ma résistance au monde triste et banal. C'est ma bonne conscience !...

Parmi les personnages, il en est un qui crève l'écran. C'est une jeune femme devant une photocopieuse dans un bureau moderne (grandes baies vitrées). Elle est habillée de manière assez banale. Une secrétaire ! La voix de la petite fille qui traverse le spot pour faire le lien entre les différents personnages est sûrement la sienne, plus sûrement que celle des autres personnages. Elle apparaît deux fois dans le spot. Vers le milieu où l'image s'attarde sur elle et sa mimique puis de nouveau vers la fin, mais très brièvement, de manière presque subliminale. Elle est importante dans me massage que veux passer ce spot car ce sont bien les "secrétaires" au travail que la marque cherche à toucher en premier lieu (ou, plus exactement, tous les gens qui ne se sentent pas complètement à l'aise dans leur vie de tous les jours, qui pensent qu'ils valent mieux que cela, et qui ont une vie intérieure... plus ou moins tout le monde en fait ! ). Ce que j'aimerais savoir, c'est si le spot a été conçu comme ça dès l'origine et dans ce cas, bravo pour l'actrice qui joue la secrétaire. Elle est vraiment exceptionnelle. Ou bien, le réalisateur a filmé des rushs avec toute sortes de gens dans diverses situations pour constituer à la fin grâce à un montage habile et judicieux ce spot remarquable. Quoi qu'il en soit, les publicités sont encore parfois de vraies œuvres d'art. Ce n'est pas leur but mais c'est toujours ça de pris !

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Toujours le chaud et le froid autour de l'éventuelle Guerre du Golfe numéro 2. Bush promet des preuves contre l'Irak pour la semaine prochaine. Inquiétude aussi du côté de la Corée du Nord qui fait de la provocation et dont on sait qu'elle bricole des armes nucléaires. K me dit aussi que si ce pays s'écroule, il s'en suivra une nouvelle crise comparable aux problèmes que connais l'Allemagne depuis la réunification car les réfugiés vont envahir la Corée du Sud et plomber son économie. Et comme je pense que ça ne peut se passer autrement, je ne vous conseille pas d'investir votre argent en bourse !

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Je poursuis l'expérimentation de mon dictionnaire. Ça ne progresse pas vite mais j'ai lancé le traitement sur trois livres différents et j'ai déjà plus de 10 000 mots [depuis j'ai eu un problème technique et j'ai perdu ma base de données, tout est à refaire]. Je dois reprendre complètement ce traitement pour le rendre plus rapide et permettre d'interrompre ce traitement pour le reprendre plus tard au point d'arrêt. Actuellement, s'il trouve cent fois le même mot, il interroge cent fois la base de données. Cela prend énormément de temps. Je dois également améliorer la manière de traiter le fichier en entrée et le stockage du résultat. Il me semble en effet préférable de considérer qu'un même mot peut avoir plusieurs types plutôt que dire que ce sont des mots différents avec la même orthographe comme le font habituellement les dictionnaires. Par exemple "bien" peut-être un adverbe ou un nom. Dans mon idée, c'est le même mot avec des emplois différents. Ça me paraît plus simple à gérer.

Dans la première version du prototype, j'ai considéré que les mots en majuscule étaient invalides. Je me pose le même problème pour les mots qui commencent par une majuscule et suis tenté de les ignorer lorsqu'ils sont en début de phrase pour ne pas différencier "la" et "La" par exemple. Je ne l'avais pas fait pour éviter que toutes les phrases ne deviennent elles mêmes invalides puisque le critère est de dire qu'une phrase n'est valide pour entrer dans une définition que si elle ne contient que des mots valides... Ce que je ne vois pas, c'est la manière de différencier un nom propre d'un début de phrase en majuscule. (J'ai pu vérifier que les phrases commençant par un nom propre ne sont pas rares). Quelle serait la règle simple ?

 

31/01/2003

Dans un débat autour de ces menaces de guerre, Raymond Barre disait qu'il faut se méfier de l'idée du simplisme dans les relations internationales. D'après lui, les élites américaines comprennent très bien la position française. .. ceci pour dire que l'incompréhension - si incompréhension il y a - est au niveau du Peuple respectif des deux pays. Cette vision du Peuple et de l'élite m'est assez désagréable à entendre. Elle traduit une vision de la société dont je doute qu'elle soit vraie. Est-ce que je fais partie de l'Elite selon RB ? j'en doute et pourtant je n'ai pas l'impression que sa compréhension des événements soit tellement meilleure que la mienne et que celle de beaucoup de gens humbles. Quand au simplisme apparent des politiques, je suis prêt à donner à RB tout le crédit que lui donne son expérience, mais quand on voit ce qu'il se passe, on est objectivement en droit de douter qu'il y ait beaucoup d'intelligence dans les décisions internationales.

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Ce matin, on annonce que plusieurs pays européens, l'Espagne, l'Angleterre, l'Italie, la Tchéquie... se sont désolidarisés de la France et de l'Allemagne pour soutenir la politique de Bush dans un article paru dans le New York Times. On explique que les Etats Unis cherchent à diviser les Européens; C'est bien naturel. Ce qui l'est moins, c'est que les dirigeants européens ne s'aperçoivent pas de ces manœuvres. C'est assez ridicule et tragique en même temps.

... pour reboucler, je ne sais pas quand le débat avec Raymond Barre, Edgar Morin, etc. avait été enregistré (je ne pense pas que c'était en direct, hier soir), mais c'était un modèle splendide de l'ignorance des Elites sur les détails d'une situation chaude pour lesquels ils étaient pourtant reçus comme des experts.

 

02/02/2003

Tout ceux avec qui j'en ai discuté et ce que j'ai entendu montrent qu'ils font la même analyse que moi sur la gravité de cet article du New York Times et ce, malgré les tentatives désespérées du gouvernement Français pour minimiser l'affaire. C'est peut-être la fin de l'Europe. En tout cas cela laissera des traces et il est bien difficile de comprendre que nos dirigeants et tous les "gens bien informés" n'aient rien vu venir.

Même chose concernant l'intervention de la France en Cote d'Ivoire où on laissait entendre que grace à notre Ministre tout avait été résolu en un week-end. Résultat : Abidjan voit les plus grosses manifestations jamais connues de son histoire et ce... contre les Français (les Américains de l'Afrique).

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J'ai poursuivi mon travail et ma réflexion sur mon dictionnaire. La production des pages php me prend beaucoup de temps pour un maigre résultat. Par contre, j'ai progressé dans ma connaissance de la base de données Mysql. J'ai pu créer une table de 250 000 enregistrements et lancer des requêtes. C'est très rapide. J'ai testé également les procédures de sauvegarde et de recréation des tables. Quelques petits problèmes mais globalement c'est OK. La fonction LOAD permet de recharger une table à partir d'un fichier texte au format CSV. C'est extrêmement rapide puisque pour relire mes 250 000 lignes, ça n'a pris que 36 secondes ! J'ai testé l'autre méthode avec les requêtes INSERT que j'avais aussi pu générer automatiquement. C'est plus long bien sûr mais rapide quand même (1/4 d'heure environ).

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Je vais améliorer mon modèle de données maintenant que je vois un peu mieux comment les notions s'articulent entre elles. Je ne mesure pas encore très bien mais j'ai quand même le sentiment d'être en train d'apporter quelques concepts nouveaux pour un dictionnaire. Je n'en suis pas l'inventeur, je ne crois pas, mais un pionnier pour ce qui concerne la mise en œuvre dans ce genre d'usage. J'ai prévu par exemple une table de liens entre les mots dans laquelle je rangerai tous les types de liens qu'on peut imaginer entre les mots avec leur type (synonymes, contraires, singulier, pluriel, etc. ). Les liens seront typés et ainsi il sera possible de gérer de nombreuses relations entre les mots (mais il risque d'y en avoir beaucoup).

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Au cours de la semaine, j'ai teste le navigateur Mozilla qui est une alternative sérieuse à Internet Explorer. Je l'ai trouvé bien, plus rapide que le concurrent et le côté logiciel libre est bien sûr attrayant. Juste un problème que je n'ai pas su résoudre sur mon PC. Le navigateur plante lorsqu'il fait appel à Java. C'est plutôt ennuyeux. J'ai essayé de télécharger la mise à jour de la JVM 1.4 de Sun mais ça n'est pas mieux. J'ai d'ailleurs le même problème lorsque je l'active pour IE 5.5 alors que cela marche avec la JVM d'origine de Microsoft. Dans ces conditions, il n'est pas possible d'utiliser Mozilla. C'est dommage.

A l'occasion, j'ai pu constater que télécharger des fichiers de 10Mo avec IE 5.5 marche très bien désormais. Les protocoles FTP on dû être amùéliorés pour éviter les coupures qui étaient fréquentes "autrefois". D'ailleurs, sur le site de Sun, ils ne proposent plus le téléchargement disquette par disquette comme avant...

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Cette activité ne masque pas le fait que ma vie a pris un caractère de complète immobilité. Je m'occupe de ce dictionnaire parce que ça m'intéresse, mais c'est au détriment des autres choses. Même ma production d'images est interrompue pendant ce temps. Je pourrais pourtant essayer de valoriser celles que j'ai déjà produites, mais je ne le fais pas. Moi même, je pourrais essayer de me valoriser en m'entourant d'avantage ou en cherchant à améliorer ma position professionnelle mais je ne le fais pas.

 

05/02/2003

Je suis tombé sur un film de télévision plutôt original, qui racontait l'histoire d'un danseur de hip-hop de la banlieue parisienne (du "9-3" ), un certain bouddha, pour qui ça ne s'était pas très bien passé puisqu'il a été expulsé en Tunisie après sa sortie de prison (double peine). Il était tombé pour une minable affaire de shit... Il venait du même quartier que les NTM. Le document apprenait plusieurs choses sur ce milieu qui avait pris naissance sur les plateaux de TF1 autour de la mythique émission de Sidney. La culture hip-hop était devenue leur raison de vivre. Ils se retrouvaient dans les caves ou sur les toits des immeubles (comme dans West Side Story !). Leurs parents ne savaient rien de ce qu'ils traficotaient tandis qu'ils étaient reçus dans la bourgeoise parisienne (ils citaient Paco Rabane). Ils s'imaginaient s'extraire de leur cité par cet art mais oscillaient entre avant-garde et petite délinquance... A la fin, les flics sont intervenus. Evidemment.

Bouddha qui était à la fois l'un des plus jeunes et l'un des plus brillants s'est retrouvé en taule. D'autres s'en sont mieux sortis. Le documentaire tentait de créer un mythe autour de cet anti-héros. C'est ce qui était original, en même temps que dangereux. Tous s'accordaient pour dire que Bouddha aurait pu être un danseur extraordinaire, mondialement connu. Je pense qu'ils ont encore beaucoup d'illusions sur ce que la société peut leur permettre mais c'est probablement le seul moyen de rendre leur monde clos acceptable. L'image de voyous et de ghettos qu'on donne d'eux en général est peut-être plus exacte mais à coup sûr beaucoup moins supportable pour eux. En même temps, je n'aime pas beaucoup l'esprit du milieu hip-hop. La compétition et la frime ne sont pas des valeurs que je peux partager, ni même que j'ai envie de mettre en scène.

A la réflexion, on peut comprendre que si les banlieues se sont tellement tournées vers cette culture rap si typée made in América, c'est aussi par réaction contre le caractère immobile de la société française. Aux USA, en effet, naître dans un ghetto n'est pas ressenti comme un obstacle définitif à une intégration dans la société, alors qu'en France, on a moins d'espoir et de rêve. Autant croire dans ces conditions qu'on vit en Amérique et maintenir l'illusion le plus longtemps possible !

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J'ai regardé un autre truc; c'était à propos de l'hypnose. Les partisans les plus engagés de cette technique l'utilisent dans des enquêtes judiciaires. On citait le cas d'une femme violée dans un "stationnement" au Canada qui avait pu décrire son agresseur sous hypnose et donner l'indice déterminant pour le retrouver (il avait une tâche de vin sur la main. Elle l'a vue... mais si tous les violeurs avaient une marque de ce type, ce serait facile !).

Un autre intervenant évoquait ensuite les limites de cette technique en expliquant que sous hypnose, les gens peuvent de bonne foi affirmer des choses inexactes. Une expérience était faite avec un homme assis devant une table sur laquelle se trouvaient trois boites bleue, jaune et rouge. L'hypnotiseur réussissait à suggérer qu'il n'y en avait que deux. Et l'homme n'en voyait que deux jusqu'à ce qu'on lui demande de poser la main entre les deux boites et que sa main entrait en contact avec la troisième. Le charme cessait alors d'opérer et il disait "il y a trois boites".

La question est de savoir si nous ne sommes pas parfois dans un état d'auto-hypnose qui fait que nous ne voyons pas la réalité telle qu'elle est. Et si oui comment peut-on s'en prémunir et quand cela s'arrête t-il exactement ?

 

20/02/2003

J'ai entendu parler pour la première fois "d'art biologique" ou "d'art bio-génétique"... On évoquait à juste titre avec cette nouvelle tendance, la "rematérialisation" de l'art après l'abstraction excessive du net et des softwares. Tel artiste, australien je crois, cultive sa propre peau dont il vend les cultures. Un autre veut se greffer un morceau de peau noire sur le corps. Un troisième utilise le lapin phosphorescent de l'INRA dans ses œuvres. S'agit-il encore d'art ? On peut se le demander. Non pas que cette nouvelle expression ne me surprenne tellement. J'avais déjà imaginer l'éventualité de choses de ce genre, la réalisation de chimères. Ce n'est d'ailleurs pas une idée très moderne ... Ce qui me déplait plutôt, c'est le côté pratiquement automatique de telles propositions. Les artistes veulent faire du spectacle avec la génétique comme avec chaque nouvelle technique qui apparaît. Ce ne sont finalement que des représentants de commerce. Je ne peux pas les suivre dans cette voie.

Parallèlement, on dit que pratiquement aucun Français suit cette voie de création. Les manipulations génétiques n'ont pas bonne presse ici. Se peut-il que mon opinion ne soit que le reflet de cette position frileuse de l'opinion française ?

Vu autrement, il serait drôle qu'un artiste généticien produise des vaches de différentes couleurs, à rayures ou à carreaux. Les musées d'art contemporain seraient contraints de se transformer en élevages agricoles et l'on pourrait aller le dimanche entendre meugler les œuvres au Centre Beaubourg. Un autre voie de recherche prometteuse se présente avec les cochons (de l'art ou du cochon) dont on sait que les urines sentent très fort.

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Malgré du découragement et un manque de concentration, je continue le développement de mon dictionnaire. Le programme de traitement des textes est bien avancé. Il est composé de plusieurs modules php. J'apprends peu à peu les finesses de ce langage et la réalisation de requêtes sql sur la base de données. Les tables mots et phrases ont été créées. Elles me permettent d'enregistrer pour chaque mot trouvé dans un texte, une ou plusieurs phrases exemple. La sélection de ces phrases laisse encore à désirer. Je pense rajouter des critères sur le nombre de mots et leur validité. Ceci mérite une étude complémentaire.

L'idéal serait une analyse grammaticale des phrases à sélectionner mais ce ne sera possible que lorsque j'aurai donné des définitions aux mots que je "possède" déjà. Ceci afin de déterminer si ce ont des noms, des verbes...

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J'ai appris que les services de propagande américains envoie des e-mails aux officiers Irakiens pour leur dire d'arrêter de soutenir Saddam Hussein sous peine d'être jugés plus tard pour crime de guerre.

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Le pont de Millau est en construction pour terminer l'autoroute de Clermont à Montpellier. Il franchira la vallée. Ce sera le plus haut du monde. Un ouvrage gracieux en acier posé sur des piles de béton. La pile centrale sera aussi haute que la Tour Eiffel (300 mètres).

 

21/02/2003

J'ai continué mes achats d'outils pour ma collection. J'ai trouvé un seau de maçon en plastique noir (le modèle traditionnel en caoutchouc est plus cher mais pas forcément mieux). Je l'ai déposé au milieu de mon salon après l'avoir rempli des outils les moins fragiles que j'ai déjà rassemblés : truelle, tenaille, différents modèles de spatules pour le plâtre ou le ciment.

L'impression d'étrangeté et de sensualité demeure. Je me suis même demandé en prenant le cutter d'argent dans la main s'il n'y a pas quelque chose comme un destin tragique qui me pousse à accumuler ce matériel. Une vision s'est formée dans mon esprit. Je me voyais tailler le peau d'une jeune femme que j'avais invitée chez moi. C'est fou ! Aussi bien se pourrait être l'inverse. Elle viendrait me percer le ventre pendant mon sommeil après que je me serais endormi confiant et heureux de sa présence.

J'ai fait un petite erreur en achetant un lot de pinces, pas chères mais pas très jolies. Il y a de grande différences de qualité d'une fabrication à l'autre. Ces pinces ont des formes grossières et leurs surfaces ne sont pas parfaitement polies. Je m'en débarrasserais probablement lorsque j'aurais trouvé mieux. Elles n'ont aucune marque de fabrique, aucune indication de leur origine. J'imagine qu'elles ont été fabriquées dans une usine du tiers monde ou dans un pays de l'ex-empire soviétique. Si ce n'est pas par manque de maîtrise technologique, c'est l'arnaque. La pince à clips par exemple. Qui peut manipuler des pièces aussi grossières ? L'artisan qui voudra l'utiliser devra d'abord meuler les pointes de cette pince. C'est "ni fait ni à faire" comme j'entendais dire chez moi pour qualifier un travail mal réalisé.

Certains fabricants sont à éviter. Leurs produits sont de qualité nettement moins bonne. Au moins pour ce qui concerne l'aspect. Je commence à les repérer. Le plus difficile, c'est de ne pas oublier ces critères au moment du choix. Je me demande aussi s'il n'est pas déjà trop tard pour entamer cette collection car certains outils ne se fabriquent déjà plus. En tout cas, on ne les trouve plus dans les grandes surfaces de bricolage. C'est le cas du vilebrequin de menuisier ou de la chignole à main des mécaniciens. Les étaux sont rares aussi, ce qui prouve qu'on a de moins en moins l'occasion de serrer et limer des pièces métalliques. Certains accessoires ont aussi des qualités esthétiques comparables à celles des outils et pourraient entrer dans ma collection. C'est le cas de certaine collerettes de cuivre, des roulements, de certain vis ou boulons mais là, il me faudra une boite à outils avec des compartiments pour les classer.

 

27/02/2003

60% des palestiniens n'ont plus de travail (peut-être même 80%, je ne suis plus très sûr de ce que j'ai entendu). Et Arafat vit reclus dans une pièce de 10m2 , sans fenêtre. Il a des bouteilles d'oxygène pour respirer. Réalité ou propagande ?

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Mise en place à Londres d'un système de péage sophistiqué pour limiter l'accès au centre ville. Il utilise tout un réseau de caméras couplées à des ordinateurs capables de lire les plaques d'immatriculation pour vérifier si elles ont acquitté la taxe. N'y avait-il donc pas plus simple ?

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Je continue à travailler sur mon dictionnaire. Le programme de traitement des textes commence a bien fonctionner mais j'ai dû tout reprendre à zéro lorsque je me suis aperçu d'un bug qui faisait que les accents n'étaient pas traites correctement. J'avais créé la colonne mot en type texte. Je ne savais pas que dans ce cas, les lettres accentuées étaient considérées égales aux lettres non accentuées. En clair "a" et "à" étaient équivalent. Dans tous les cas de ce type, un seul des deux mots avait été créé, le premier trouvé. J'ai modifié le type de la colonne en le passant en type blob. Le test est maintenant correct; en fait, j'ai gardé une deuxième colonne en type texte car les données de type blob ne sont pas affichées dans l'interface d'administration phpAdmin (c'est une sécurité car ces champs peuvent contenir n'importe quoi). Cette duplication coûte un peu de place supplémentaire dans la table mais cela reste raisonnable et sans elle, je ne pouvais plus voir le contenu des tables, c'était très gênant.

Le problème de taille se pose plutôt pour les phrases; avec le modèle que j'ai choisi, si une phrase contient dix mots, elle peut-être enregistrée dix fois dans la base. C'est un problème au début car je vais peu à peu éliminer ces phrases pour ne garder que les plus pertinentes. Comment réaliser cette sélection me pose encore problème. Comment faire ? Le faire à la main risque de prendre beaucoup de temps car j'ai déjà près de cent mille phrases !

J'ai modifié mes scripts pour automatiser la sauvegarde des tables afin de pouvoir revenir en arrière si nécessaire. Repartir avec une base vide devient de moins en moins réaliste. Il me reste à réaliser un formulaire pour lancer le traitement des textes de manière plus friendly. Actuellement, c'est assez compliqué. Je devrais aussi prévoir la possibilité de soumettre un texte une seconde fois pour sélectionner de nouvelles phrases ou pour continuer un traitement interrompu (la prise en compte d'un texte peut prendre plusieurs heures. Elle nécessite un grand nombre de requêtes, jusqu'à cent mille pour un livre entier).

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J'ai envie de nouveau de réaliser des animations à base d'applets. Il est vrai que je ne suis pas allé au bout de cette recherche. Loin de là. Notamment concernant la possibilité de réaliser des tableaux qui évoluent en fonctions de sollicitations externes et peuvent avoir des comportements inspirés de ceux des êtres vivants.

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Je pense que l'intérêt de ces notes à baissé à mesure qu'elles me sont moins utiles. J'ai l'idée qu'il me faudrait réfléchir en profondeur aux buts de mon projet d'artiste mais je n'ai pas terminé d'accumuler les matériaux nécessaires à ma réflexion. Ce dont je suis sûr, c'est de m'être laissé enfermé dans une sorte de routine qui fait que la reconnaissance d'autres artistes ou d'un public a de moins en moins d'importance. Je publie mes œuvres sur le net. Elles sont disponibles. Après ce n'est plus mon problème. Je ne peux cependant pas rester sur cette attitude qui "valide" le fait que mon travail n'est pas reconnu.

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Je trouve qu'il se produit trop d'art désormais. Ça part dans tous les sens mais sans qu'on sache très bien établir juger de ce qui est important. Je me demande si c'est une situation réellement nouvelle. Je le pense. Jamais il n'y a eu autant d'artiste partout dans le monde. C'est devenu une industrie. Peut-être même la plus importante en terme de chiffre d'affaire. Je pense à la vidéo et aux cd audio. Même les bouquins, c'est devenu quelque chose. Il n'y aurait que la peinture qui soit restée étonnement artisanale... Il y a trop d'art et il y en aura toujours trop désormais. Ça mérite une réflexion en profondeur. Il se peut même que cette réflexion ne puisse être menée à un niveau individuel et que la notion d'artiste n'a plus de pertinence. Peut-être qu'on est en train de perdre quelque chose. L'image de l'artiste dans le sens "européen" du terme.

A voir. Ces idées n'ont rien d'original mais il me semble qui faut encore les manipuler comme des briques de lego pour voir ce à quoi elle peuvent servir.

 

28/02/2003

Je me suis connecté sur le site zazzle.com pour voir si je pouvais avancer dans mon projet de rendre possible la vente de mes images sur mon site sous forme de poster. Surprise. Le site zazzle est momentanément fermé pour des améliorations. C'était déjà annoncé vers Noël mais je pensais que ces travaux ne dureraient que quelques jours. Apparemment il n'en n'est rien et c'est assez bizarre qu'une entreprise puisse interrompre son activité pendant plusieurs mois. Faut-il comprendre que ça ne reprendra pas ?

J'ai entré "poster" dans le moteur de recherche pour voir s'il n'existe pas d'autre site qui fabriquent des posters comme zazzle. Je n'en n'ai pas trouvé. Par contre, certains sites vendent des posters comme allposter.com ou postershop.com. Ils ont des centaines de références : reproductions de tableaux, photographies, etc...Ça confirme ce que j'écrivais l'autre jour sur l'excès d'art. Il y en a trop et internet n'aura réussi qu'à éveiller en nous ce sentiment d'excès et l'envie de vomir.

Ce que je retiens de cela, c'est que lorsque ce n'est pas moi qui laisse traîner les choses, ce sont les choses qui décident pour moi. La possibilité de vendre mes images sur internet semble compromise tandis que le retour de mes idées noires, lui, paraît certain.

 

09/03/2003

Pas de nouvelle production concernant mon art ou mon projet internet. J'ai abandonné mon dictionnaire après y avoir injecté vingt textes de livres trouvés sur le web. J'ai arrêté car je ne voyais pas où cela pourrait me conduire. Le dernier mot détecté par le programme est "évalué", il est indexé 54460 et vient des "Contes de la bécasse" de Maupassant dans la phrase suivante "Après une lutte acharnée, les Prussiens ont dû battre en retraite, emportant leurs morts et leurs blessés, qu'on évalue à cinquante hommes hors de combat.". La base contient 200 000 autres phrases.

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En me relisant, je m'aperçois, à propos de ce dictionnaire, que je n'avais pas parlé de l'une des dernières améliorations que j'avais faites. Elle consistait à créer des index sur les tables - sur la table phrase notamment - ce qui avait boosté les performances du programmes d'ajout de mots dans des proportions vraiment spectaculaires. Gérer une base de données ne s'improvise pas !

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La seule chose que je pourrait relier directement à mon travail d'artiste est la lecture de l'ouvrage de Nathalie Einich : le triple jeu de l'art contemporain. Un ouvrage très intéressant qui me permet de faire le point sur la direction à donner à mon projet et mon site. C'est très déstabilisant. Je suis confronté à l'idée de radicalité. Faut-il interrompre tout ce que j'ai entrepris et partir sur d'autres voies. Comment dans ce cas conserver le site ? Le fermer ? En ouvrir un deuxième, etc. ? Tout arrêter ? La question se pose. Vivre sans art ? La question se pose aussi.

Surtout la question de la provocation. Toute la construction que j'ai faite avec ce site se voulait sans provocation (pas de sexe, pas de trash). Je ne tiens pas à provoquer, sauf que j'y serais peut-être contraint pour être entendu. C'est l'idée essentielle que je retiens du bouquin de N. Einich que je n'ai pas encore terminé de lire et qui va continuer d'alimenter ma réflexion, j'en suis sûr (peut-être penser lui passer un mot pour la remercier).

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Morceau choisi du mail que j'ai envoyé ce soir à D.

Mon zapping télé a été un festival. Il y a eu d'abord la chanteuse Helène Seguarra en promo malgré sa grossesse qui n'était "pas prévue lorsqu'elle a signé les contrats". Jean Paul Gaultier qui fait défiler ses mannequins sur un tapis de baigneurs (sous verre). L'émission d'Arte sur la sélection sexuelle qui tente de ramener tous nos comportements à des réponses préprogrammées (c'est intéressant mais, je pense, trop caricatural), le débat de Ardisson sur le malaise des hommes face aux femmes libérées (plutôt has been).

Et puis, journée de la femme oblige, un long reportage de FR3 sur la première élection de miss Maroc. Ça y est, tout le monde s'y met en France pour démontrer aux arabes qu'ils sont des arriérés ! C'est pas trop tôt.... Les organisateurs passaient dans les villages avec une vieille 4L en disant "Allah est beau, fait honneur à la beauté que Allah t'as donnée"...

 

11/03/2003

Je n'ai finalement pas terminé la lecture du bouquin de Nathalie Einich avant de mettre en pratique ce que j'ai lu. J'ai réalisé hier une nouvelle œuvre que je qualifie d' "installation" qui est maintenant en ligne à la place de la page d'accueil de mon site. Il faut que je trace dans ces notes, les idées nombreuses qui prévalent à sa conception même si ce n'est pas vraiment à moi de le faire normalement.

[ 13/03/2003 : je relis ce texte et je le trouve horriblement mal écrit. Les idées principales sont là mais elles pourraient être présentées autrement. C'est dommage car ce texte aurait pu servir ailleurs. Tel que, il faudra tout réécrire. Mais bon, j'ai aussi mes soucis personnels et je ne peux pas faire mieux pour l'instant. ]

Pour faire savoir la publication de cette oeuvre nouvelle, j'ai envoyé un mail à quelques personnes choisies et à quelques "institutions" de la presse écrite. Pas de réaction directe pour l'instant. Il n'y en aura peut-être pas ou cela peut prendre un certain temps. Pour les amis, il n'est pas très sûr qu'ils lisent leurs mails régulièrement. Pour les journaux, pas certain de l'efficacité et l'une des adresses (technilkart) n'était plus valide. Je voulais joindre "le monde" à ma liste mais il n'y avait pas d'adresse email sur leur site web.

Le texte du mail est le suivant :

De: "jean claude devaux" jean-claude.devaux@wanadoo.fr
À: ......@aol.com>; ......@fnac.net>
; .......@wanadoo.fr>; .....@club-internet.fr>; .....@sudptt.fr>; .........@inrockuptibles.com>; .......@technikart.com>; .......@leprogres.fr>; ......@liberation.fr>;
LOZERE-NOUVELLE@wanadoo.fr>
Objet: la.reconciliation
Date : mardi 11 mars 2003 00:25

Je viens de publier ma dernière réalisation sur internet.
Elle s'appelle la.reconciliation
Il s'agit d'une installation virtuelle d'art social ;-)
qui prône l'entente entre les peuples
autour des valeurs communes
de l'amour des femmes et de la fête.

L'entrée est l'URL
http://perso.wanadoo.fr/jean-claude.devaux

Merci d'assurer votre rôle de correspondant privilégié
en relayant ce mail dans votre entourage.

jean-claude.devaux

Ce mail demande une petite explication de texte. D'abord la phrase sur le type d'œuvre dont il s'agit vise simplement à créer une connivence pour qu'on sache que je "connais la musique" (installation, art social, virtualité)., le smiley sert à ça. La justification sur le mode "entente entre les peuples" met en place une distance avec le contenu de l'œuvre proprement dit. L'artiste (moi donc) peut avoir un discours en décalage avec l'œuvre elle même, décalage volontaire ou non. Cette présentation se veut gentillette en parlant "d'entente", "d'amour", de "fête".

La dernière phrase crée un autre effet avec un ton impératif. Les destinataires sont pris dans l'œuvre. Ils doivent se positionner et s'ils ne le font pas contribuent à son insuccès. Aussi vrai qu'une œuvre ne vit que par la notoriété qu'on lui accorde. Ces notes y participent pour le cas où (ce que l'artiste disait, etc.).

La liste de diffusion est volontairement réduite mais cependant assez panoramique. Elle touche le milieu de l'art, l'enseignement supérieur, les journaux et un syndicat... La dernière adresse LOZERE-NOUVELLE@wanadoo.fr est un peu provocatrice aussi comme pour contrebalancer le côté élitiste de ma liste.

J'ai réalisé les pages html, les ai téléchargées sur le site et envoyé ce mail dans un délai très court car je voulais le faire "avant la guerre". Ce travail a effectivement une forte implication temporelle. C'est presque une œuvre jetable. Elle n'a de sens que si elle est faite rapidement. L'idéal serait qu'on en parle ici ou là et qu'elle soit vue par beaucoup de monde. Peut-être voir sur les forums (je vais très rarement sur les forums).

L'analyse de mes compteurs du jour n'indique pas un nombre de visite différent de l'habitude. Il se peut que des visiteurs viennent sur le site sans voir ma nouvelle œuvre mais s'ils font "sommaire", inévitablement ils tomberont dessus.

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L'installation se compose de quatre pages. Rien n'est dit sur le nombre de pages, ni sur la manière de savoir qu'on a tout visité, ni même comment faire pour aller de l'une à l'autre. Les petits drapeaux peuvent passer pour des liens mais n'en sont pas. Ils permettent juste d'afficher une info-bulle mais ça ne marche qu'avec Internet Explorer.

Un lien discret en bas de page permet d'accéder au reste du site. Les habitués (s'il en existe) vont se sentir "frustrés", voir agacés par la page d'accueil de mon installation sur laquelle il retomberont sans arrêt. J'établis une distance avec mon propre site. Quelque part je le pirate ou le déconstruis.

L'installation s'appelle la.réconcilitation. Il y a bien sûr quelque ironie dans ce titre. De même à appeler cela une installation. Mais c'est bien une installation dans le sens où c'est une structure qui fait intervenir plusieurs pages html, un mail, plusieurs acteurs (la liste de diffusion), etc... et que c'est aussi une œuvre qui joue avec un discours à plusieurs niveaux. Je pense qu'il faut raccrocher cette réalisation aux conceptions de Beuys que je continue à tenir pour l'un des créateurs les plus importants malgré (ou surtout à cause de) son choix schizophrène de certaines matières. Avec en plus pour moi quelques questionnements liés à l'utilisation de l'Iinternet.

La partie principale des pages web est constituée de photographies que j'avais trouvées il y a quelque temps sur Internet sur une page personnelle et que j'avais conservées "pour un usage ultérieur". Je me les approprie sans autorisation. Les personnes quelles montrent ne seraient peut-être pas d'accord car elles sont tout à fait reconnaissables et pas sous leur meilleur jour. Un procès pourrait intervenir dans ce cas. C'est une éventualité que j'envisage en connaissance de cause (art social). Il faut dire que puisque ces photos étaient sur le net, d'une certaine manière, elles étaient devenues publiques et donc je les utilise.

J'ai placé sur ces photos des slogans qui font référence à Allah : "Allah est beau", "fait honneur à la beauté que allah t'as donnée". C'étaient les phrases que j'ai notées samedi au cours du reportage de FR3 sur l'élection de miss Maroc. J'utilise deux photos différentes (j'en avais peut-être d'autres !). L'une représente une fille pas très belle et surtout très saoule dans une pose que je qualifierais d'espagnole. J'ai bricolé cette photo dans trois pages différentes mais sans retoucher le cadrage général qui était très bon. En particulier la partie droite est une sorte d'armoire normande, à gauche un mur nu. La scène est graphiquement partagée en deux zones de couleurs différentes. Ça donne aussi un côté populaire qui en dit long. Peut-être aussi est-ce faussement populaire (maison de campagne). La qualité du cadrage est peut-être due au hasard ou bien c'est quelqu'un qui a un réel savoir faire. Le fait que ces photos sont anonymes ne permet pas de savoir. Il y a aussi une chaise en bas à gauche qui est indispensable pour l'équilibre de la photo et qui peut faire penser à Van Gogh, ce qui montre que les enseignements des grands peintres sont intégrés, y compris par des photographes amateurs.

L'autre photo montre une jeune femme en train de boire une canette de kronenbourg en fermant les yeux. Je la trouve encore plus intéressante mais je ne l'ai pas privilégiée parce que la fille est trop jolie. C'est trop facile. Néanmoins il y a une main en bas à droite qui indique que la fille est en train de se faire peloter. C'est à la fois très érotique et trash. On doit penser aux débauches de certains milieux musulmans fortunés, aux filles à soldat, etc...

Il s'agit aussi d'une œuvre d'art qui, comme c'est le cas classiquement, effectue la mise en scène de femmes. On se démarque bien sûr des canons de la beauté en donnant à voir des choses qui à mon avis ont rarement été montrées en art (un peu plus en peinture, mais en photos j'ai rarement vu ça). Pour en rajouter encore sur le thème de représentation de la beauté féminine, l'une des images est dans un style "Picasso". J'obtiens cet effet par un copier-coller à partir de Frontpage qui inverse les couleurs lorsqu'on sélectionne une photographie et cela en fonction de la couleur de texte courante. J'ai ai fait plusieurs avec des couleurs différentes mais n'en n'ai gardé qu'une. J'ai collé par dessus un verset du Coran en Arabe qui vient aussi d'un site internet et qui fait une espèce de rideau prison à l'image de la condition des femmes dans l'islam. Il faut noter aussi que cette image aux couleurs paradoxales rend très belle la fille qui ne l'était pas au départ.

Sur la partie gauche des pages, se trouve une liste de keywords qui donnent une lisibilité sur les thèmes qui m'ont servi à la conception de cette œuvre. Cette liste devrait aussi servir d'indexation pour les moteurs de recherche (s'ils existent vraiment) qui devraient renvoyer mes pages dans un grand nombre de catégories d'actualité. Dans l'idéal, j'aimerais que ces pages agissent comme une sorte de trou noir, de zone de haute densité où l'on revient inexorablement. Ce sont aussi ces liens qui servent à passer d'une page à l'autre. Je ne me suis pas cassé la tête. J'en ai regroupé plusieurs pour renvoyer vers une même page. J'avais au départ imaginé écrire un script qui renverrait de manière aléatoire vers l'une des trois autres pages. J'ai laissé tomber pour gagner du temps et rendre la page plus simple à réaliser. A la réflexion ce script n'aurait pas apporté grand chose.

La phrase "si vous ne voulez pas que cette page reste sur internet, vous pouvez me l'acheter pour 10 000 euros" est une partie importante du dispositif. Elle initie une sorte de chantage et appuie ainsi sur le côté immoral de l'œuvre (de la provocation pas gratuite ! ). Pour enlever son côté désagréable ou gênant, il suffit de payer. C'est cher mais combien estime t'on sa tranquillité ? C'est aussi une manière de donner une valeur marchande à une œuvre sur internet tout en renversant le rapport à l'œuvre d'art. Cette fois il faut payer non pour voir mais pour faire disparaître l'œuvre. Ceci dit, je me demande bien ce qui choque encore sur internet et quelle œuvre d'art peut encore choquer depuis qu'on a internet. L'art peut-il encore jouer sur ce registre ?

La dédicace à Nathalie Heinich est nouvelle dans une œuvre d'art. On n'en voit généralement pas sur un tableau contrairement aux livres. Cela me permet aussi de l'intégrer dans l'œuvre. C'est un peu normal car la lecture de son livre est pour beaucoup dans sa gestation. Ainsi je l'associe à cette réalisation comme un système de boites gigognes qui fait que les gens qui écrivent sur l'art deviennent partie des œuvres elles mêmes. Cette dédicace indique aussi quelque chose comme "lisez ce livre d'abord, après vous critiquerez". C'est une manière de me faire reconnaître comme artiste.

Dernier point, la présence d'indications sur le (site officiel) sur la partie haute de la page et le lien en bas. Il y a un mélange entre les informations utilitaires et l'œuvre elle même qui doit faire un peu bordélique. On ne sait pas ce qui fait partie exactement de l'œuvre. Je recherche ce côté non fini. Faire sale ! Mais je ne crois pas y être très bien parvenu.

J'ai peu d'espoir d'une proposition d'achat pour cette page internet. Pas par quelqu'un qui sera choqué en tout cas. mais peut-être par un amateur qui veut en avoir l'exclusivité ou par une institution. La question est si je dois communiquer d'avantage pour la faire connaître. Si ce que j'ai réalisé est drôle ou surprenant, elle devrait normalement trouver une certaine audience. Ce n'est qu'une question de temps.

 

12/03/2003

Parmi les questions que pose mon installation "la.réconciliation", celle de l'impact d'internet et du lieu de la création artistique n'est pas la moindre. J'aimerais beaucoup que mes potes réagissent à cette œuvre mais ce n'est pas évident. Je crains qu'ils ne comprennent pas. C'est peut-être une question de temps. Commenter par écrit n'est pas si évident. La tentation du rejet, comme l'écrit Nathalie Heinich, est le plus simple. Le mécanisme de la réaction est quelque chose qui m'apparaît très compliqué, d'autant plus qu'une œuvre se voudrait universelle et qu'on sait bien qu'autant d'êtres humains, autant de réactions possibles (surtout sur le prototype que constitue une œuvre d'art pour laquelle il n'y a pas de réaction prédéfinie).

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Je n'ai reçu encore aucun commentaire, mais l'analyse de mes compteurs montre que mon mail a quand même été suivi de visites. C'est un bon point. Et même des visites à quatre heures du matin qui ne peuvent venir que d'un journaliste. J'ai pu voir que les pages 2, 3 et 4 de l'installation ont été beaucoup moins visitées, ce qui indique qu'une partie de l'œuvre est passée inaperçue. Ce n'est pas un problème mais c'est intéressant. Il faudra voir si cela se confirme demain, ce qui indiquerait un effet de bouche à oreille.

 

16/03/2003

DV m'a dit qu'il était allé voir mon site suite au mail que j'ai envoyé la semaine dernière. Il a apprécié m'as t'il dit. Il ne m'a pas donné de détail mais ça lui a donné le prétexte d'aller visiter le reste du site. Mon mail n'a donc pas été totalement inutile.

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J'ai tenté une modification du fichier index.html pour obtenir un aiguillage aléatoire vers les différentes pages de la réconciliation. Cela fonctionnait mais je n'ai pas été satisfait du résultat. Je suis revenu à la première solution qui aiguille toujours vers la première des quatre pages.

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Terminé de lire le bouquin de Nathalie Einich. Il va falloir absorber tout cela. Beaucoup de matière.

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J'ai relu aussi les notes que j'avais rédigées sur la réconciliation. Je crois qu'il y a encore à dire. A la limite je pourrais créer une page de notes spéciales reliée à l'installation elle même, mais je préfère continuer à alimenter ces notes ci. Je créerai peut-être une page de commentaires si je reçois des mails de réactions. J'aimerais beaucoup. Si cela se produit, je pourrais continuer le détournement en publiant les mails qui me seront adressés.

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Le principe de faire payer pour enlever la page de la réconciliation est ma première tentative pour donner une valeur marchande à mon travail. Je me demande cependant si 10 000 euros est le bon prix. S'il s'agit d'une rançon, c'est OK, mais pour une œuvre de moi, c'est trop. 1000 euros serait plus approprié. La plupart des gens qui vont la voir ne peuvent pas payer 10 000 euros. Ils prendront cette demande comme un gag plutôt qu'une réelle proposition de transaction artistique et commerciale .. [j'ai finalement gardé le message correspondant à une rançon].

Je me disais que le principe de retirer les œuvres vendues pourrait se généraliser à mes autres séries d'images ou d'applets. Je les remplacerais par une page sur laquelle j'écrirais "vendu" avec éventuellement l'acheteur, la date et le prix. Cela me ramènerait finalement au fonctionnement d'une galerie d'art classique.

Cette œuvre, la réconciliation, n'est pas tout à fait finie pour moi. Le côté art social implique bien sûr que d'autres gens y participent. Qu'ils en parlent autour d'eux et amènent d'autres visiteurs. Peut-être que DV le fera. On verra. Mais de mon côté aussi je dois poursuivre ma réflexion. Le processus que je poursuis depuis le début de mon site est une relecture de l'art contemporain. D'abord j'ai créé une galerie, j'y ai exposé mes œuvres. A présent je place une "merde" à l'entrée. C'est dans l'ordre des choses mais je vois bien que je ne suis pas arrivé au bout. La provocation gratuite et la scatologie ne m'intéressent pas vraiment et je ne souhaite pas m'enfermer la dedans. La réconciliation sert de faire valoir d'une certaine manière. Son côté provoc devrait permettre de valoriser les autres choses que j'ai faites en soulignant ce qu'elles "ne sont pas". La réconciliation agit sur un autre niveau. Un artiste peut parfaitement mener plusieurs pistes en parallèle. Il y avait aussi l'urgence liée à la guerre en Irak, imminente. Il fallait parler avant et dire à la fois qu'on ne veut pas la guerre et qu'on vaut mieux que ça. S'engager mais avec distance. Dire aux arabes quelles sont les vraies valeurs, que ce sont les nôtres, y compris celle de ne pas juger sévèrement nos femmes lorsqu'elles se laissent aller à boire de l'alcool.

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Si je devais exposer la réconciliation dans une exposition, je pourrais développer d'avantage le concept. Je pensais à tout hasard, aux espaces de la biennale de Lyon dans lesquels je pourrais reproduire les photos en grand comme des affiches pour couvrir un mur entier. Après je pourrais mettre des télés avec des musulmans qui prient et s'agenouillent devant ces photos de femmes. L'espace serait comme un espace de prière. L'autre piste serait d'en faire une "salle des fêtes" de campagne, un peu glauque avec une vieille sono (qui passe peut-être des cassettes de raï ?). et une buvette qui distribue des canettes de Kro et de 16 comme une sorte de vernissage permanent et décalé... Je garde cela en réserve.

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Ce qui appelle réflexion désormais pour ma démarche d'artiste, c'est le fonctionnement d'internet par rapport au développement de l'art contemporain. Nathalie Einich montre bien l'importance du cadre que constitue le musée pour signifier que les œuvres sont à prendre dans la catégorie Art. En m'installant résolument sur le net, j'ai peut-être déclenché quelque chose dont je ne percevais pas toutes les implications. Mon concept restait relativement classique, il me permettait juste de court-circuiter les réseaux classiques. Ce que je n'avais pas très bien mesuré, c'est que cette galerie est ouverte à un public complètement différent de celui qui fait celui des galeries habituelles. Du moins je pensais que c'était une ouverture, un démocratisation mais c'est bien plus que cela. Un changement de public, donc de moyens et de codes. Faut-il sortir du net ou plutôt se l'approprier de manière plus profonde encore ?

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Je suis partagé entre deux idées. Celle de poursuivre ce que j'ai commencé, les applets, les images pov avec lesquelles j'ai encore beaucoup à inventer et plusieurs idées sous le coude. La seconde est d'aller plus loin dans la prise en main d'internet comme un vrai média. Conceptuellement la seconde voie est sans l'ombre d'un doute plus novatrice et plus tendance. Elle a aussi l'avantage de demander moins de travail pour un résultat plus spectaculaire. Cela ne signifie pas pour autant que j'abandonnerais toutes mes recherches plus classiques.

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La réconciliation est au fond une gigantesque opération de récupération. Les photos sont récupérées mais également les slogans sur les photos et la liste des mots clés qui constituent le tout venant des problèmes de société. Pour cette création je me suis inspiré de la pompe à miel de Beuys, que je n'ai jamais vu mais sur laquelle j'ai les commentaires qu'en faisait Beuys lui même. Il expliquait notamment l'importance du discours sur l'œuvre qui compte, d'après lui, autant que l'œuvre elle même. La réconciliation devrait fonctionner ainsi. Dire que Allah est beau n'est pas habituel et peut-être particulièrement choquant s'agissant d'une religion qui refuse souvent la représentation et qui a une position malsaine sur la beauté et la jouissance. C'est là que ça fait mal, c'est là que se situent mes questions. Je ne sais pas quelle réaction pourraient avoir des musulmans à ces images. Je peux me faire des ennemis mais c'est un moindre mal. Je me demande aussi comment un arabophone pourra lire ces images, notamment l'effets des sourates sur le visage de la fille. Je ne sais pas ce que cela dit. Les arabes risquent donc de voir dans mon images des choses que je ne peux pas y voir. C'est casse gueule, c'est sûr. Heureusement que c'est de l'Art contemporain ! Qu'elle religion peut-y résister ?

Attaquer la religion musulmane avec l'art contemporain, n'est pas une entreprise innocente. La religion catholique a déjà beaucoup ravalé ses dents face à l'impertinence de l'art moderne. Quand on se souvient que les églises étaient les principaux prescripteurs de la création artistique pendant des siècles...

Je ne sais pas si c'est une bonne chose que l'art contemporain attaque la religion musulmane. De plus, de cette manière un peu vicieuse et par moi qui n'ait rien à faire des religions pour l'essentiel. Il faudrait être sûr que l'art d'aujourd'hui apporte plus à l'humanité que l'Islam, ce dont je ne suis pas sûr. Je me rends bien compte que je suis dans mon camp, que je manipule les concepts de l'occident et qu'au bout du compte, je mène un combat dont les enjeux m'échappent absolument.

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Ce que gagne une œuvre internet par rapport à celles du musée, c'est d'être visible de la planète entière. Elle est à la fois visible et invisible. C'est assez paradoxal. C'est peut-être l'aspect le plus intéressant de ce lieu et il faut creuser encore les conséquences de cette situation. Est-ce une chance d'être visible de tous. Combien de temps et quel déclencheur faut-il pour que cette réalisation soit connue ?

Il n'est pas interdit de considérer que la difficulté majeure de mon site est d'être reconnue comme une démarche artistique. Il y a une réelle difficulté à parler à tous ces publics potentiels en même temps. Des gens de mon entourage, de mon milieu social peuvent trouver ça bien mais du côté des "experts" en art, ils sont nécessairement plus réservés. Ils n'ont pas nécessairement la visibilité de "ce qui se fait" sur le net (artistique ou non). Se souvenir de la réticence de JCP qui disait "je ne sais pas très bien ce qui se fait dans les arts électroniques". Cette phrase traduisait de la méfiance mais aussi le sentiment que ça part de tout côté et bien malin qui peut dire ce qui compte et ne compte pas. Absence de critère fiable. C'est quand même une vrais merde le milieu de l'art. Comment il s'est décomposé en un siècle. On voit qu'il faut encore de l'art mais quelle prise de tête ! Ah le bon temps des Académies !

Public multiple, multilingue, comment se situer par rapport à ça ? Il ne s'agit pas de convaincre un galeriste ou un critique. Non, c'est la Terre entière que j'ai en ligne (pas tout à fait, mais bon !). Comment faire en sorte que le bouche à oreille fonctionne ? Quel est le critère de réussite d'une œuvre comme la réconciliation ? Quelle soit vue par 1% de la population mondiale ? européenne ? française ? Qu'elle ait un impact politique et si oui lequel ? Quelle arrête la guerre ? Qu'une reproduction arrive sur le bureau de Georges Bush (Ah les Français !). quelle soit le départ d'une nouvelle pratique, que mille internautes créent soudain des pages personnelles pour exprimer des choses aussi ambiguës. Quelle suscite une loi répressive pour réglementer les pages personnelles et l'usage de photos privées sur internet. Que la mode vienne aux filles moches et saoules ? Qu'on organise les fêtes de la réconciliation partout sur Terre à la fin de la guerre. Je ne sais vraiment pas ce que ça devrait être.

 

22/03/2003

La guerre en Irak a finalement commencé. J'ai espéré longtemps à l'automne qu'on pourrait y échapper mais ces derniers temps on se doutait bien qu'il n'y avait pas de discussion possible et que malgré tous les arguments contre (y compris le coût économique pour l'Amérique), il n'y avait plus rien à discuter. J'ai entendu Bush dire dans un discours que "les soldats étaient bien les meilleurs des américains". Quel con !

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Aperçu un voisin âgé qui porte un accoutrement assez incroyable : une blouson en plastique aux couleurs criardes et une casquette de rappeur. Presqu'aussi obscène que la guerre en Irak ! Autant de disgrâce me choque un peu. J'avais eu la même impression la première fois que j'avais vu mon père porter un blue-jean ou la mère de Gilles son pantalon moulant en licra.

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J'ai vu dans BAM, une reproduction de cette sculpture représentant Adolphe Hitler agenouillé pour prier. La photographie en gros plan m'a fait percevoir une dimension que je n'avais pas vue à la télévision. Ce n'est pas une simple représentation provocante. L'expression du visage est très travaillée et le costume de communiant renvoie à tout un pan de la culture européenne. L'artiste s'implique lui même dans le travail d'expiation en s'attardant sur l'image de cet homme "qui pose problème", en reproduisant avec précision les traits de son visage. Il semble fragile. Un enfant, presque. Qui sait si nos enfants que nous éduquons si mal ne sont pas de futurs Hitler. Il y a de l'idée de la compassion. et du pardon dans cette œuvre. Je suis désormais convaincu. et me méfierai des présentations furtives de la télévision à l'avenir. L'autre question que pose cette représentation est celle de la mémoire. Que se passera t'il si un jour on oublie qui elle représente et qu'on ne voit qu'un homme agenouillé pour prier ? Le temps peut-il tout l'absoudre ? [Maurizio Cattelan, Him, 2001]

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Hier j'ai voulu acheter des pots de fleurs en argile cuite. Je voulais constituer une série de différentes tailles mais je n'ai pas trouvé ce que je cherchais au magasin de jardinage. Il n'y avait que trois petites tailles. Les autres étaient beaucoup plus gros. Rien entre les deux. A mesure que je deviens plus exigeant dans mes achats esthétiques je m'aperçois qu'il est en définitive très compliqué de trouver ce que l'on veut. L'apparence du choix est trompeuse et la réponse aux besoins extrêmement formatée. J'ai acheté une grosse lampe tempête chromée qu'on peut faire clignoter et que ma sœur a trouvé bien.

 

notes avril 2003

 

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mise à jour le 10/05/2003