notes d'artiste (juillet 2002)  

notes au fil de l'eau lors de la réalisation du site et de mes autres trucs.

 

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02/07/2002

J'étais seul à la campagne ce dimanche. Presque toute la journée, des fantômes se sont manifestés dans la maison... Les fantômes se signalent par des ombres furtives qui passent dans le couloir ou glissent près de la fenêtre. Parfois ce sont des images plus précise, celle d'un vieil homme devant moi dont je ne savais dire exactement si elle était dans mon imagination ou devant mes yeux. Vers la fin de l'après midi, un phénomène encore plus étonnant s'est produit. Je tapais un texte sur l'ordinateur lorsque le tiroir du lecteur de CD ROM s'est ouvert sans raison, pour se refermer aussitôt, se rouvrir immédiatement et ainsi de suite, sans plus s'arrêter. Comme s'il voulait me dire quelque chose. Je ne savais pas quoi faire. J'ai arrêté l'ordinateur puis redémarré mais ça a continué. Et cela jusqu'à ce que j'ai terminé et que j'arrête la machine définitivement pour revenir en ville.

 

04/07/2002

En ville, il n'y a jamais de fantômes mais il s'est produit toutes sortes de trucs bizarres. Dès le matin, ça a commencé par la cafetière qui a débordé, ce qui n'arrive jamais d'habitude... La lumière du parking qui reste éteinte et je dois manœuvrer dans l'obscurité. Le soir, c'est le distributeur qui refuse de me livrer un ticket de métro à tel point que je renonce et rentre chez moi.. Je comprends que je suis dans un état bizarre et que c'est moi qui provoque ces phénomènes. Je rentre et me couche jusqu'au lendemain.

 

06/07/2002

Hier soir, je me suis passé le film West Side Story dont j'ai enfin réussi à me procurer la cassette après des mois de recherche. Le film, je l'avais déjà vu à la télévision, il y a plusieurs années, mais curieusement je n'ai pas reconnu les décors à tel point que je me suis demandé s'il n'existait pas deux versions.

Ceci dit, le film de Robert Wise est superbe, plein d'invention. Cette manière théâtrale de décrire une réalité est très intéressante. Les chorégraphies et la musique sont exceptionnelles. La photographie aussi. Un mélange savant de prises de studio et de séquences en plein air. J'ai remarqué cette scène par exemple où Tony amoureux avance dans une ruelle pavée et les raies de lumière sur le sol, montent peu à peu sur l'écran pour former une aura de lumière céleste autour de lui. Bien joué ! J'aime beaucoup aussi la scène pendant le bal où la silhouette de Maria puis de Tony apparaissent toutes petites mais très nettes au milieu de l'écran entièrement flou où s'agitent les autres danseurs. C'est une bonne illustration du coup de foudre.

J'apprécie moins la fin du film, plus romantique dans le sens hollywoodien du terme... Ce film est retenu comme un film à la gloire des Etats Unis pourtant c'est une apologie extrêmement ambiguë. L'histoire est finalement tragique. Le rêve américain se brise dans les querelles de bandes. L'intégration des portoricains ne se fait pas. Et après la mort de Tony, on peut supposer que Maria sera mariée selon son destin à l'un de ses compatriotes et qu'elle sera malheureuse.

La séquence que je préfère de toutes est celle du ballet "I like to live in America". J'ai du l'entendre souvent dans ma petite enfance. Je me souviens que cela passait à la radio et le contraste avec mon village, à l'époque, devait être grand : Amérique et machine à laver étaient encore synonymes ! et on peut comprendre que les femmes en étaient les premières demandeuses. Mais cette modernité là ne légitime plus l'Amérique aujourd'hui car on la trouve également en Europe ou au Japon. Peut-être aussi que parfois on en a des indigestions.

En revanche la modernité de ce ballet reste intacte. Splendide. Quel concentré de talents autour de ce film. Je ne connais pas beaucoup d'exemples de ce niveau. C'est d'ailleurs tout à fait dommage. Peut-être que c'est trop difficile à faire ? Ce n'est pas tant une question d'argent que de parvenir à faire bosser ensemble autant d'acteurs et de danseurs dans une histoire cohérente. Le genre de la comédie musicale est lui aussi difficile à maîtriser semble t-il. Pourtant ça fait souvent des succès ce qui montre bien que cela correspond à une attente. West Side Story reste la meilleure de mon point de vue. Lars Von Trier a tenté quelque chose de ce genre avec "dancer in the dark". Pas mal mais je trouve qu'il avait trop insisté sur le côté mélo et pas assez sur la danse. Vouloir mettre Bjork comme premier rôle devant Catherine Deneuve était sans doute aussi une erreur. Déjà qu'elle avait la charge de la musique... Plus ancien, il a eu Fame ou Satruday Night Fever que je ne connais pas bien mais dont le souvenir que j'en ai est que ce sont dans une certaine mesure des imitations de West Side Story.

West side Story est sorti en 1961. Ce qui me frappe le plus, c'est que le décor de New York est identique à ce qu'il est aujourd'hui. L'amérique a très peu changé. Les grillages métalliques existaient déjà ! (Je n'ai jamais vu ailleurs l'équivalent). Ce qui est le plus remarquable, c'est l'existence des bandes et l'usage des graffitis. Ce phénomène n'existe en France que depuis les années 90. Je me souviens qu'il n'y avait pas de tags lorsque j'habitais Paris.. C'est tout de même curieux. Peut-être qu'il y a un lien avec la construction, en France, des fameux HLM, dans les années 60-70. Les enfants qui y sont nés ont eu vingt ans vers les années 80-90. Les bandes et les graffitis seraient en quelque sorte, le mode de vie qui va avec ce type d'architecture inhumain... Je doute quand même de cette explication, ni quelle soit généralisable aux autres pays (pas de graffitis en Suède ni en Norvège).

 

07/07/2002

Le lecteur de CD de mon PC continue son comportement étrange. Je tiens le volet fermé, du coup le tiroir du CD vient taper contre le volet et l'ordinateur donne vraiment l'impression d'être possédé. C'est agaçant et cela me déconcentre. Ça veut dire qu'il me faut prévoir d'emmener cette machine chez le réparateur pour faire valoir la garantie.

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J'ai l'esprit préoccupé par je ne sais quoi et j'ai du mal à me concentrer. Je me suis mis, en quelque sorte, en vacances de ma production artistique sur laquelle il faut que je réfléchisse de nouveau. Concernant les images POV que j'ai publiées, je voudrais aller plus loin mais n'ai aucune idée de la direction à prendre pour le moment. Il me reste le projet LBM à faire progresser et j'ai encore des projets d'applets en réserve s'il s'agit de produire pour produire. Pas trop de motivation pour l'instant. C'est l'été.

 

10/07/2002

Je commentais avec K. les dernières mesures du gouvernement américain suite aux faillites d'Enron et Worldcom... Bush s'est rendu à Wall Street et a annoncé le doublement de peines sur les délits financiers. Je ne crois pas que cela puisse être efficace. Je le dis à K. Il est surpris de mon opinion, voire choqué; Il me traite de "Français", c'est à dire, dans son esprit, de septique permanent. Il est d'origine vietnamienne. Il est aussi , de mon point de vue, très naïf . C'est une différence culturelle mais elle semble irréductible : lui, lorsque l'autorité parle - et quelle que soit cette autorité - il a tendance à la croire tandis que moi, je la suspecte automatiquement. Ceci me donne donc raison, car il ne fait aucun doute que parmi les dirigeants de grands groupes internationaux, il y a nécessairement des gens aussi tordus que moi ! Des gens qui ne se laisseront pas impressionner par un simple discours présidentiel. D'ailleurs, je ne crois pas que Bush ait l'intention de mettre en place un contrôle réel des marchés. Ce serait contraire à ses croyances libérales. Il est contraint de prendre des mesures, mais elles sont forcément minimales.

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On parle ailleurs d'interdire la diffusion de films pornographiques à la télévision française en prétextant une directive européenne et en expliquant qu'il ne s'agit de rien d'autre que de la protection des mineurs. Ils seraient paraît-il de plus en plus influencés par les images de sexe... Je n'ai pas vraiment d'avis sur cette question, je ne suis pas sociologue et il est vrai que je me fiche que ces films soient interdits ou non de diffusion, mais je ne peux m'empêcher de voir que la télévision perd de plus en plus pied avec la réalité et n'en donnera bientôt plus qu'une vue édulcorée. Le plus agaçant, ce sont les reportages dans lesquels on "floute" des parties de l'image, soit pour cacher des marques commerciales, soit pour cacher le visage des gens mis en cause. On en arrive à des séquences complètes dans lesquelles la plus grande partie de l'écran est floue. Ça devient ridicule. Tout prend peu à peu le look des films pornographiques cryptés de Canal+ . Peut-être que nos enfants s'imaginent que derrière ces visages masqués se cachent des bites en érection et qu'ils imaginent toutes sortes de choses étranges sur les adultes qui cachent leur visage

 

12/07/2002

Le rapport qu'ont les Chinois avec les animaux semble très différent du notre. Notamment avec les rats. Ils ont une relation symbolique ambiguë avec ces animaux qui font partie des figures de leur astrologie... La radio en parlait ce matin : Ils ont beaucoup de rats et peu d'hygiène. Les hordes dévorent les récoltes dans les campagnes et envahissent les sous-sol des restaurants dans les villes. La municipalité avait décidé d'organiser leur élimination dans une grande cité du pays. On payait près d'un euro pour chaque rat détruit. Il fallait ramener les queues comme preuve de cette élimination. L'opération fut bien vite abandonnée car on s'est aperçu que les habitants élevaient des rats sur leur balcon pour toucher la prime. Ils leur coupaient la queue et les rejetaient dans la rue.

 

13/07/2002

Au cours de cette semaine, j'ai repris le travail sur la série "Exploration" qui vise à raconter l'expérience que j'ai faite de visite de l'un de mes tableaux (j'en ai déjà parlé dans ces notes). Cette série s'appuie sur le script de l'image ChampDeBilleC07 qui est constituée d'un plan de billes surmonté de nombreuses signatures formant une broussaille. J'avais fait une première expérience de visite de cet univers en déplaçant la caméra au milieu des signatures entremêlées et j'avais obtenu de superbes "photographies". Il ne s'agissait maintenant que de présenter ces images dans des pages html à la manière d'un reportage dans un pays méconnu et de rédiger quelques phrases de commentaire. J'ai naturellement été tenté de retoucher le cadrage de certaines d'entre elles ou de déplacer légèrement la caméra. De modifier les couleurs aussi parfois, ce qui signifie non seulement retourner dans ce pays fascinant mais aussi de le modifier légèrement pour l'amélioration de mes photos !

Parmi les premiers vues que j'avais faites, certaines présentaient des déformations. Le point de vue était très bas. Certaines billes semblaient curieusement ovales. J'ai vérifié le code POV pour m'assurer que je n'avais pas fait un changement d'échelle malheureux , mais non. Tout était correct... L'explication, je l'ai trouvée. Elle provenait de l'angle de vue de la caméra que j'avais dû augmenter pour élargir le champ. Cet angle était de 90°, ce qui ne me semblait pas excessif. Des phénomènes analogues de déformation sont connus en photographie sur les très grand-angle (les fish-eye) mais ils atteignent 180° d'ouverture. Mais j'obtiens des déformations visibles dans POV avec une ouverture de seulement 90°. Il est possible que ce ne soit pas équivalent à ce que provoque un reflex 24x36 avec le même angle. Il est possible aussi que les objectifs des appareils photo soient corrigés pour diminuer cette déformation. Et puis on ne photographie pas tous les jours des sphères ! Quoi qu'il en soit, j'ai essayé d'en tenir compte pour limiter la déformation sans toutefois l'éliminer complètement parce qu'en réduisant l'angle, on voit moins de choses et je ne voulais pas trop reculer la caméra non plus.

J'ai produit plusieurs images supplémentaires dont certaines sont très différentes des premières. J'avais ignoré certains points de vue comme celui placé en dessous du champ de billes. Comme dans une grotte ! Les vues possibles semblent infinies. A la limite, je me demande si je ne devrais pas m'en tenir là, explorer sans fin cette image pour en extraire les milliers d'images possibles. C'est une approche qui se défend. Je pourrais aussi lancer une sorte de concours en rendant public le script de cette image pour voir ce que d'autres pourraient en tirer. J'hésite à tenter l'expérience avec une autre image voisine de celle ci, car ça risque d'être sans fin et je ne voudrais pas être emprisonné dans l'un de mes tableaux ! J'imagine d'autres pistes de travail à partir des signatures. Je pourrais installer les motifs de différentes manières plus ou moins ordonnées plutôt que de les laisser en bataille comme dans cette image de travail.

Je ne m'attendais absolument pas à en arriver là avec mes images. Dans mes travaux précédents (les applets), je déployais un thème que j'avais choisi. J'avais une réflexion de départ sur les différentes variations possibles qu'ensuite je programmais sans trop m'écarter du projet. Je procède de manière inverse aujourd'hui avec POV. Je ne maîtrise pas l'outil et procède par expérimentation. Je tente un truc et vois ce que ça donne, si je peux le garder ou non. J'améliore au besoin en modifiant ceci ou cela. Ça ressemble beaucoup plus à la création musicale. Cette phrase "on voit ce que ça donne" est emblématique de la méthode. Je ne sais jamais ce que je vais obtenir. Tout dépend de la position des sources lumineuses. En déplaçant la caméra de quelque unités, le paysage peut être transformé. Les ombres s'agencent de manière complètement différentes. Avec l'image ChampDeBillesC07, le résultat est presque toujours intéressant. Je n'ai pas choisi cette image tout à fait par hasard, mais c'était tout de même une super intuition. Il n'était pas évident que ça marcherait aussi bien. J'ai un peu la crainte de ne pas savoir renouveler un tel coup par la suite. Peut-être que j'ai déjà fini ma carrière de peintre ! Si c'est le cas, cela aura été bref ! .. mais ce serait quand même étonnant.

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J'ai noté cette phrase dans les "fragments de la vie des gens" de Régis Jauffret (un auteur que D. m'a recommandé). Je la trouve superbe; elle me touche beaucoup.

"Elle n'irait pas [voir son amie dans sa boutique de décoration ], elle continuerait à ne voir personne en dehors des gosses et de son mari. Sa vie était minable, elle ne ferait jamais rien pour la transformer, comme ça elle regretterait moins le jour ou de gré ou de force il lui faudrait claquer.

Je n'avais jamais entendu parler de Régis Jauffret avant que D. ne me signale son existence. Il est publié en collection de poche (folio) mais vraiment très peu connu. Il n'a que trois ans de plus que moi. Sur la "quatrième", il indique qu'il "se sent très proche de toutes ces zones de la société où la souffrance est presque obligatoire tant aucune chance ne vous est accordée". Il écrit vraiment bien et ce qu'il dit est juste. Ça parle de quelque chose dont lui et moi apparemment, essayons de nous défaire avec probablement aussi peu d'illusion l'un que l'autre, quelque chose de lourd dont je ne sais si c'est dans nos têtes ou sur nos épaules mais qui nous entrave à chaque pas.

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La vie est plus logique si on la regarde avec un peu de distance. Mais pour qu'elle soit surprenante et amusante, il faut à l'évidence consentir s'en rapprocher de très près.

 

17/07/2002

Comme pour répondre à ce que j'écrivais il y a quelques jours à propos de West Side Story, la télévision diffusait lundi soir un film dont je n'avais jamais entendu parler "Jeanne et le garçon formidable" traité à la manière d'une comédie musicale. L'inspiration venait des "Parapluies de Cherbourg" de Jacques Demy (je ne l'avais pas cité l'autre fois, mais évidemment que j'y pensais. La présence de Catherine Deneuve dans le film de Lars Von Trier n'était tout de même pas fortuite ! ). Virginie Ledoyen tenait le rôle principal. Elle rencontrait un garçon séropositif qui disparaissait pour mourir dans la solitude. J'ai regardé ce film par hasard. Je n'ai pas grand chose à en dire mais j'ai passé un bon moment. Je reverrais à l'occasion, avec plaisir, et d'avantage d'attention.

 

18/07/2002

En triant mes affaires chez moi, je retrouve trois citations sur des morceaux de papier. Elles ont leur place dans ces notes qui doivent aussi me servir à réunir, dans un même endroit, des idées que je ne veux pas oublier.

La première est de Paul Arden, extraite d'un bouquin qui s'appelle "la représentation du corps" (cité à la radio ou dans une revue) : "Il suffit d'entrer dans un relais H. Tous ces corps ! Il y a les poses d'été, les poses d'hiver. C'est parfaitement ridicule. Cela donne beaucoup de travail aux gens qui fabriquent ces images mais on voit bien qu'on est entré dans la répétition et que l'art peut désormais s'en désintéresser. "

La seconde citation parle du mensonge. J'ai noté un nom : Serge Tisseron, l'auteur je suppose :
"Chez les plus défavorisés, il est interdit. Dans la plus grande bourgeoisie au contraire, il est valorisé.
Plus tard, en société, le mensonge aura la valeur désignée par sa famille, d'où une plus ou moins grande aptitude à s'adapter, adulte, aux règles d'un société qui n'encourage pas forcément la franchise et la sincérité."

La troisième n'a pas d'auteur. Je me demande si ce n'est pas un texte de moi !

"Personne n'a vu venir la Chute du Mur de Berlin pourtant c'était très prévisible puisqu'il ne s'agissait que de faire cesser une situation scandaleuse qui durait depuis trop longtemps. Internet est une révolution beaucoup plus grande encore et tout le monde croit la comprendre. Quelle prétention !"

 

21/07/2002

Il y avait un cercle de lumière bleue sur le mur de ma chambre au dessus du lit. J'ai tout de suite pensé au film "trois couleurs - bleu" dont j'avais justement prévu de me repasser la cassette dans la semaine. Cette lumière venait en fait de mon disque dur qui était resté branché. Les événements peuvent souvent avoir plusieurs explications dans la vie. Certaines rationnelles, d'autres non. Je n'ai plus très envie de choisir mon camp !

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Reçu une réponse Gilles Tran au mail que je lui avait envoyé au cours de la semaine. Il me dit que zazzle.com pour la fabrication de posters, c'est très bien, mais qu'il ne faut pas espérer gagner de l'argent avec cela. Il n'a pas réussi à se connecter à mon site et me dit qu'il ne doit pas être "compatible Netscape". Je ne pense pas que ce soit l'explication mais ça montre qu'il y a encore des problèmes. Ce n'est pas la première fois qu'on me le signale et c'est tout à fait anormal. L'architecture d'internet fait qu'on n'a pas de visibilité sur son véritable fonctionnement. Tant de choses peuvent merder ! Et le système n'est pas très bien maîtrisé. J'espère néanmoins que GT réussira à se connecter lors d'une nouvelle tentative car je pense qu'on pourrait échanger quelques idées sur ce que nous faisons lui et moi. C'est d'ailleurs ce que je lui avais écrit. Que la technique se mette en travers de ce projet me chiffonne quand même un peu.

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Pas eu non plus d'autre nouvelle de JCP après mon second mail. Soit il est absent pour quelques temps - c'est probable - soit il ne souhaite plus me répondre. Peut-être aussi qu'il réfléchit à ce qu'il peut me dire car je l'ai quelque peu provoqué dans ma dernière phrase sibylline qui revenait à dire "et toi, où en es tu de ton œuvre ?" . Ce n'était pas tellement pour l'ennuyer mais plutôt pour garantir que si nos échanges doivent continuer, ils atteignent un niveau suffisant d'exigence. Ceci dit, il peut très bien me répondre "je ne m'occupe plus de ces choses là". Je le comprendrais très bien.

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Ces contacts répondent à mon souhait d'élargir mon cercle de contacts. C'est devenu une nécessité pour moi de me frotter à d'autres artistes. Je dois m'assurer de la validité de mon propos et l'affiner. Chercher d'autres contacts c'est aussi élargir mon inspiration, l'internationaliser. Je pense être parvenu à un niveau suffisant pour ne pas craindre trop les influences et être capable de les intégrer harmonieusement dans ma propre réflexion.

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Concernant la littérature "normale" je ne sais plus quoi penser, ni si j'ai toujours envie d'en faire. J'écris régulièrement pour ces notes mais je me suis dégagé des préoccupations du romanesque et du style. Ecrire un roman me semble un projet étrange désormais. J'ai relu cette semaine ce que m'écrivaient les éditions de la différence à propos de "désordonné" : "votre texte est parfois trop personnel" disaient-ils. J'ai bien compris ce détachement demandé aux romanciers. Ce que j'ai voulu faire avec ce livre ne serait jamais accepté pour édition. J'ai compris que mon chemin sera sinueux mais cela m'est égal. Avec le recul, je suis moins sûr de la pertinence de mon texte. Il est toujours sur le site mais je n'en parle plus, et personne ne m'en parle. C'est peut-être désormais comme une archive. Je ne sais pas si je suis en mesure de le lire de nouveau. Pas dans l'immédiat assurément.

Il est clair que l'idée d'écrire un nouveau texte littéraire est à la fois, pour moi, proche et éloignée. Je suis un peu effrayé du travail que cela implique, d'autant que cette fois, il faudrait que ça marche ! Mais il serait souhaitable que je ne tarde pas trop à produire quelque chose qui compléterait ce que je fais sur internet. Cela, surtout si je continue à penser que la littérature est la reine des arts. Mais cela non plus je n'en suis plus très convaincu.

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MD m'a expliqué comment il accédait à un service de notre entreprise par internet qui lui permettait de mettre à jour son antivirus, chose que j'ignorais complètement et qui me rappelle à quel point il est compliqué d'appréhender correctement le monde dans lequel nous vivons. MB m'a montré ce qu'il faisait avec son téléphone portable et sa liaison infrarouge qui lui permet de relier son PC à internet. Il remplit des formulaires qui permettent une mise à jour automatique d'un site web avec les dernières données du jour.

 

22/07/2002

JCP dans son mail me parlait de l'ISEA (International Symposium for Electronic Arts - http://www.isea.qc.ca/ ) qui organise périodiquement des expositions internationales d'art électronique. En 2000 c'était à Paris et l'édition 2002 se tiendra au Japon. Je me suis connecté sur le site de l'édition 2000 ( http://www.isea2000.com/fr/som.htm ) où se trouvent sous forme de fichiers, le texte des conférences données au cours de ce festival. Il s'agissait de discuter des conséquences sur l'art de l'émergence d'internet et des technologies informatiques. Il proposent une cinquantaine de textes très divers.

J'ai lu les trois premiers. Il traitent de l'esthétique du cyber-espace. C'est une lecture intéressante mais violente ! Le milieu de la peinture est beaucoup plus brutal que celui de la littérature et les intervenants assènent leur vision des choses avec beaucoup plus de force et d'esprit de polémique. En arts plastiques, les artistes sont souvent des "petits merdeux" et leur production a quelque chose de scatologique. Je dirais que la littérature est plus de l'ordre du vomi. Comme il s'agit de mots, ils sortent plus volontiers par la bouche... Ce côté scatologique des arts plastiques (qui me rebute un peu) me fait penser à cette sculpture récente d'un artiste italien qui m'avait étonné. Il s'agit d'une machine à merde. "Vous voulez de la merde ? je vais vous en faire au kilomètre" croit-on l'entendre dire. Je trouve cette œuvre à la fois nulle et géniale. Nulle, parce qu'elle me semble participer à une provocation qui appartient au passé. Géniale parce qu'elle dit aussi quelque chose, sur l'Art (art=merde, une analyse assez primaire en vérité ! ) mais aussi sur l'Homme, qui est tout de même un drôle d'animal pour en arriver à concevoir des machines dont la seule finalité est de produire de la merde (peut-être est-ce simplement parce qu'il est à l'image de Dieu qui n'a, semble t-il, pas réussi beaucoup mieux !).

Mes idées sur l'avenir de l'Art et ce que je fais sur internet ne sont certes pas claires, cependant, je n'ai pas eu le sentiment que ce que j'ai lu soit supérieurement pertinent. Pas assez pour que j'y adhère totalement. J'ai plutôt la sensation de brouillons. Des idées qu'on avance pour les tester devant un public. Je n'ai jamais travaillé de cette manière, j'ai toujours "tourné ma langue sept fois dans ma bouche" avant de parler. Sans doute que je n'aime pas être contredit et que je préfère que l'autre adopte toutes mes idées en bloc plutôt que d'entrer dans un compromis. Je ne sais pas. Quoi qu'il en soit, ces textes me donnent des idées, mais j'ai envie de les contredire d'une manière irrépressible et je pense parvenir à les démonter !

Le premier document ("Moistmedia, technoetics and the three VRs" par Roy Ascott) définit trois types de réalités virtuelles. La réalité virtuelle (le cyber-espace), la "réalité validée", c'est à dire la vue du monde réel proposée par l'étude scientifique et la "réalité botanique", celle des plantes hallucinogènes du genre "peyotl". Mettre les trois sur un même niveau ne me semble pas très sérieux et décrédibilise le propos. C'était un texte d'inspiration "new-age", une pensée un peu fourre-tout qui mélange mythe de Maïa, écologie, et micro-ordinateurs sur laquelle, personnellement, je suis un peu réservé. Je trouve cela "populiste" et pense qu'il s'y mêle parmi quelques idées intéressantes, beaucoup de bêtises.

J'ai bien aimé toutefois cette idée de la tribu brésilienne qui espère sauver son village en créant un site internet pour le faire connaître à la planète entière. Quoique cela me semble d'une naïveté déconcertante, surtout de la part des gens qui les encouragent à fabriquer ce piège à touristes qui vont inévitablement débouler avec leur poches pleines de fric et déstabiliser l'économie locale (en Amazonie, j'ai vu des téléviseurs dans les cabanes poussiéreuses des indiens. Ils fonctionnaient grâce à des groupes électrogènes).

Le second texte ( New labyrinths and maps: the challenge of cyberspace's art par Lucia Leao) traitait des labyrinthes et de la possibilité ou non de cartographier le cyber-espace, d'en faire une représentation visuelle. Sans doute le texte le plus intéressant des trois même s'il n'apporte aucune réponse. Les hommes ont toujours eu besoin de construire des cartes des territoires qu'ils découvrent ou inventent. La particularité du cyber-espace est qu'on le découvre en même temps qu'on l'invente... Le fait que le cyber-espace n'est pas représentable pour le moment est plutôt excitant pour un esprit humain. Cela pose des questions qui ne sont pas nécessairement d'ordre esthétique mais remettent à coup sûr en cause nos acquis intellectuels. A priori, c'est une plutôt bonne chose.

Le troisième document (Pour une nouvelle esthétique - Mario Costa ) fournissait la description d'un monde où l'art ne s'appuierait plus sur le génie des artistes mais sur la science ou sur une science particulière.

Il écrit : " (...) je crois que l’histoire de l’art est historiquement conclue, mais je crois aussi que l’expérience esthétique ne peut pas encore être éliminée de la configuration actuelle de l’humain et qu’il faut la rechercher dans la mise en œuvre, au moyen des technologies, d’une nouvelle espèce de sublimité. "

Il souhaite que l'art atteigne le "sublime technologique", qu'il soit anonyme à la manière des créations scientifiques, comme les équations de Newton ou les courbes de Bézier... pour lesquelles on n'a rien besoin de savoir de leur auteur.

On pourrait lui objecter que la "starification" des scientifiques, comme celle d'Einstein par exemple, ça marche bien aussi ! Mais surtout je ne vois pas pourquoi l'art devrait tendre à cet anonymat qui nie l'individu et le laisserait plus malheureux encore. Pourquoi devrait-on laisser les "marques" et "signatures" aux entreprises industrielles ? Qu'aurait-on a y gagner ? Sans doute faut-il faire le constat que l'art a surtout apporté, au cours du vingtième siècle, le sens de la provocation et de la mise en scène. Mais c'est sa diffusion en dehors de l'art qui est une catastrophe, lorsque les principes sont repris par la publicité ou la communication d'entreprise... L'art peut se poser des questions sur sa responsabilité quant à l'évolution de la société mais penser qu'on peut appliquer la rigueur scientifique à l'art, j'ai l'impression que c'est un rêve et que ce serait très restrictif. C'est un projet extrêmement angoissant. J'irais jusqu'à soutenir que ce n'est qu'une proposition esthétique parmi d'autres, inspirée, peut-être, par le goût des décors d'hôpitaux comme en produisait la "new-wave" dans les années quatre vingt.

En tout cas, je m'aperçois que, l'air de rien, ma série de "signatures" (ChampDeBilles) est au cœur de ce problème d'une esthétique anonyme qui se refuse de l'être !

 

23/07/2002

J'ai finalement appelé le service après vente pour faire réparer le lecteur de DVD de mon micro-ordinateur qui continue obstinément de s'ouvrir et se fermer sans raison. J'ai été baladé d'une hot line à l'autre, toujours par des gens polis et de bonne volonté, mais placés dans une organisation rigide qui ne leur permettait pas de faire quoi que ce soit. J'ai d'abord demandé le service de réparation du magasin où j'avais acheté ma machine pensant qu'il suffisait de leur rapporter. On m'a passé le standard du magasin et aussitôt que j'ai prononcé le mot micro-informatique j'ai été switché vers le rayon spécialisé. Le vendeur m'a dit que non, il n'était pas le SAV et que non, il ne fallait pas leur rapporter mais téléphoner à un numéro que je ne devais pas connaître, mais qu'il m'a indiqué. Comme je l'interrogeais, il m'a donné, un vague conseil sur la manière de débrancher le lecteur de DVD mais ce conseil ne m'a pas été suffisant pour me permettre de faire taire cet agaçant accessoire.

J'ai appelé le numéro. L'hôtesse m'a passé le service technique. Toutes les lignes étaient occupées. Enfin on m'a répondu. On a pris mon nom, le numéro de facture, pour finir par me dire que l'hypermarché avait changé d'enseigne et que je devais m'adresser à un autre numéro. J'ai appelé aussitôt. J'ai eu l'impression de tomber sur la même hôtesse mais on m'a passé un autre technicien qui avait mon dossier dans son ordinateur. Il m'a demandé de décrire le problème et a conclu que le lecteur de DVD devait être remplacé. Un problème de firmware a-t'il dit. Il n'y a pas d'autre solution. Il allait m'envoyer quelqu'un. Il m'a dit de préparer ma facture d'un ton qui cherchait à prouver une parfaite maîtrise de la situation. Il m'a demandé de lire la référence du modèle en m'indiquant la ligne où se trouvait l'information. Après il m'a dit qu'il avait besoin d'un autre numéro situé à l'arrière de l'ordinateur. Heureusement que j'étais à côté et disposais d'un combiné sans fil ! Je suis allé noter ce numéro qui devait commencer par MS. Je lui ai donné. Il m'a dit bravo.

Il m'a annoncé que ce serait réparé d'ici une quinzaine de jours. J'ai relu la facture "intervention sur site 24h sur 24, 7 jour sur 7". Je n'avais pas très bien compris !

Il m'ont rappelé aujourd'hui pour m'expliquer que Chronopost allait venir chercher mon ordinateur et qu'on l'acheminerait en région Lilloise pour qu'il soit réparé. Il m'a expliqué comment je devrais le remettre dans son carton d'origine et au retour vérifier que rien ne serait cassé. Très rassurant. Cela prendrait au maximum trois semaines. Bien sûr !

Je ne raconte cette anecdote que pour montrer à quel point les gens qui mettent en place ces organisations sont déconnectés des réalités. Il doivent avoir des tableaux de suivi qui soulignent l'efficacité de leur services alors que vu du consommateur que je suis, je me dis "il vaut mieux que ça ne tombe pas en panne !" et que, peut-être, je n'achèterais plus dans une grande surface la prochaine fois car en cas de problème, le service n'est pas plaisant et l'appareil n'est plus disponible pendant plusieurs semaines (pour un quart d'heure de réparation environ !). J'ai eu six ordinateurs personnels dans ma vie, c'est le troisième qui doit subir une réparation matérielle. Ce n'est donc pas si rare !

Cette fois ci, je pense, on va me le réparer gratuitement car il est encore sous garantie. Je me dis que cette organisation taylorienne des services de maintenance est d'une grande tristesse. Chaque opérateur est dans sa case. Il ne peut rien faire pour accélérer les choses. Il doit faire entrer le problème dans l'un des cas prévus. Et lorsque le client (moi) lui fait remarquer l'inefficacité de la méthode proposée, il est en charge de défendre le système : "seul le fabriquant est habilité à ouvrir l'appareil, nous on ne peut rien faire". J'imagine qu'un jour un terroriste posera un bombe produite par une entreprise multinationale et qu'il laissera en évidence le bon de garantie. Que se passera t-il si les services de secours ne possèdent pas le numéro de hot-line du fabriquant de la bombe pour obtenir l'habilitation de déminage ?

Pendant ce temps, mon lecteur de DVD continue son manège d'ouvertures et de fermetures. On ne me le prendra que vendredi. Vlik. Vlak. Vlik. Vlak...

 

25/07/2002

J'ai travaillé de nouveau sur ma série Exploration. Je dois réorganiser les différentes images que je souhaite garder avant d'écrire le texte de présentation. Cela m'amène à les renuméroter en fonction de l'ordre dans lequel je veux les présenter sur le web qui n'a plus rien à voir avec celui de leur production. Cette renumérotation me facilite la fabrication des pages web : Pour produire les fichiers html, je n'utilise pas l'éditeur classique mais wordpad qui me permet de substituer un nom d'image par un autre grâce à la fonction "remplacer" partout où il apparaît (titre, texte, liens). C'est très efficace et rapide. L'utilisation d'un nom d'image assez long terminé d'un numéro permet de réaliser facilement cette manipulation. Je remplace Exploration01 par Exploration02 et le tour est joué ! En fait toutes les pages sont sur le même modèle. Je n'aurais plus qu'à compléter les textes et retoucher les dates.

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J'ai bien passé une heure à essayer de reproduire l'une des images de la série. Cette "mésaventure" est la conséquence de ma méthode de travail parfois peu rigoureuse. Dans un premier temps je pars d'un fichier script que je modifie. J'essaie de noter les modifications à chaque fois mais parfois dans l'excitation, j'oublie. Il se peut aussi que les modifications se situent en plusieurs endroits du fichier et qu'elles sont difficiles à retrouver. Le mieux serait de créer un fichier à chaque variante de l'image mais cela multiplierait les fichiers. Il y en a déjà beaucoup... J'ai rencontré ce problème avec Exploration12. J'arrivais à reproduire l'image mais plus avec les mêmes ombres sur le sol. J'ai testé de nombreuses variations de l'angle et de la position de la caméra et la suppression d'une ou plusieurs sources lumineuses sans parvenir à retrouver le résultat initial. J'avais les mêmes reflets au niveau des boules qui forment cette espèce de caverne mais le sol n'était pas éclairé à l'identique. Cela aurait dû me mettre la puce à l'oreille ! En fait, j'avais légèrement élevé le niveau du sol ! Ce n'est pas très orthodoxe pour varier l'éclairage du scène (ni même très possible dans la réalité). Mais cette modification permettait d'abord de mieux accrocher au sol la structure de boules, certaines d'entre elles paraissant ainsi partiellement enterrées. En même temps, et de matière moins prévisible, le nombre de tâches de lumière sur le sol diminuait. La scène y gagnait en sérénité. C'était un peu le hasard, mais aussi mon choix esthétique. Ceci montre que dans une création avec POV, les choix "artistiques" de l'auteur restent déterminents. Une faible variation sur l'un des paramètres, ici la hauteur du sol, change fondamentalement l'ambiance d'une image. Après c'est le métier ! Les décisions aléatoires ont leur place (par exemple avec cette série, pour distribuer les signatures dans l'image) mais il faut les contenir dans des limites acceptables pour ensuite éliminer les images inintéressantes. (On peut remarquer que c'est exactement de cette manière que la nature opère pour le renouvellement des espèces !).

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Je creuserai sans doute d'avantage cette histoire de variations aléatoires en procédant d'une manière plus systématique. J'imagine des pages constituées de multiples petites images avec à chaque fois un détail modifié. Je pourrais réaliser une composition de vingt ou trente images dont l'une serait recalculée à chaque visite. Il suffirait de relancer Pov avec de nouveaux paramètres... mais pour cela, il faudrait que Pov tourne sur le serveur. C'est théoriquement possible puisqu'il existe une version unix du logiciel mais cela impliquerait une architecture technique que je ne peux pas mettre en œuvre dans l'immédiat sur le site wanadoo.

Les idées de variations organiques ont déjà été explorées par certains artistes comme Karl Sims; Dans le texte qu'il avait écrit, il expliquait comment jouait l'interactivité pour le choix d'une variante d'une des plantes virtuelles que générait son programme. Le spectateur jouait le rôle de la Nature. Je pense qu'on peut encore tirer des choses de ces principes.

Les images virtuelles existent depuis moins de dix ans. Il serait bien étonnant qu'on ait terminé d'en explorer toutes leurs caractéristiques. Ce qui est sûr, c'est que lorsque je m'y intéresse de près, je vois jaillir une foule de problème excitants avec ces images. Je peux être mal informé mais j'ai plutôt le sentiment que la tâche est énorme et qu'il ne faut pas se laisser influencer par le "premier qui parle". Lorsqu'on écrit l'histoire des phénomènes humains, on trouve toujours quelque esprit bien renseigné qui nous explique que c'est très connu, qu'il y a eu des antériorités. L'autre jour, on expliquait que les impressionnistes n'avaient pas été les premiers à peindre dans la nature, ils avaient été devancés par l'école de Barbizon. Quand on est artiste, il faut certainement être bien informé de l'état de l'art, mais il faut aussi savoir ignorer certains faits qui n'agissent finalement que comme des paralysants. C'est toute la difficulté.

 

26/07/2002

J'ai remis mon PC dans son carton pour pouvoir l'envoyer au réparateur et je me sens en quelque sorte, handicapé. Pour plusieurs jours je devrai me contenter de mes notes manuscrites pour progresser dans ma recherche. Ce n'est pas inutile de toutes façons. Il est dommage cependant que je n'ai pas la possibilité de poursuivre ma lecture des textes d'ISEA 2000 qui m'apportent beaucoup de stimulation intellectuelle.

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Pour remplir la partie magazine du journal de 20 heures, TF1 a présenté un reportage sur le groupe St Germain (techno-jazz). On présentait le leader du groupe - un garçon d'aspect banal... J'ai appris que lors des concerts, il faisait intervenir de vrais musiciens alors que je pensais que sa musique était 100% électronique. Je pense d'ailleurs quelle l'était à l'origine mais le succès aidant, il peut maintenant se payer de vrais musiciens. A la question un peu curieuse du journaliste qui voulait savoir s'il fallait une grande culture pour faire la musique de St Germain, le musicien répondait honnêtement que non, et qu'il ne fallait pas se poser trop de questions.

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J'ai lu, au cours des derniers jours, plusieurs textes publiés autour du festival ISEA2000. L'un d'eux, écrit par des chercheurs de l'université de Rio de Janeiro, m'a troublé (Réjane Spitz - Is the Internet for everyone? - Art in search of a better connected society). Il discutait de la pénétration réelle d'internet dans le monde et arrivait à la conclusion que cet outil était un nouvel instrument de colonisation aux mains des pays riches. Je connaissais les chiffres mais le constat reste gênant (5% seulement de la population de la planète a accès à internet, beaucoup n'ont ni ordinateur, ni ligne téléphonique, même pas l'électricité. Certains pays ont un taux d'alphabétisation inférieur à 40%). Les problèmes ne viennent pas d'internet, ils étaient là avant, mais il serait illusoire de croire que ce réseau permettra de les réduire. Ou alors, il faudrait, disent les chercheurs de Rio, un internet totalement différent qui ne s'appuierait pas sur l'écrit mais plutôt sur l'image. L'ennui, me semble t'il, c'est qu'un internet qui ressemblerait à la télévision ne pourrait plus être à la portée des individus en temps que producteurs comme peut l'être actuellement le web. Ce serait une grande perte, une fuite en avant. Cela correspond d'ailleurs exactement à ce que projettent les "majors" américaines quand ils nous promettent pour demain des films à la carte sur nos téléphones portables.

Impossible pour moi d'ignorer cet aspect politique de l'utilisation d'internet. Certes je ne peux prendre en charge toute la "misère du monde" mais mon projet d'artiste ne peut complètement ignorer cet aspect des choses. Peut-être que je peux continuer à produire des images "apolitiques" comme je le fais depuis un an, mais même dans ce cas, je devrais revoir et préciser l'idée que je me fais de l'art, et de son rôle dans la société. Dans la mesure où je ne pense pas que c'est un produit qui ne sert qu'à faire de l'argent, il faudra bien que je trouve à la lourde tâche que j'ai entreprise, une justification plus profonde qu'aujourd'hui pour expliquer ce qui me pousse à y consacrer mes soirées et une partie de mes nuits !

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Décidément, j'ai l'esprit ensuqué. Je n'arrive pas à réfléchir sereinement à tout ça... Je crois que je me suis brisé et je dois à présent recombiner toutes mes idées pour un nouveau départ. C'est normal. Cela doit être fait périodiquement si je veux progresser (une obligation d'artiste en quelque sorte). Je dois donner la bonne ampleur à mon travail maintenant qu'il est acquis qu'être sur internet n'est pas suffisant et que je constate que mes créations commencent à prendre une patte personnelle.

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J'ai poursuivi la production des images de la série Exploration. Il y en a maintenant quinze et je dois en produire encore quelques unes. L'ordre de présentation ne me satisfait pas complètement Il devra peut-être encore être modifié en fonction des textes que je vais écrire. Le fait qu'il y a un "bon ordre" pour regarder ces images me tracasse. Pourtant, chacune d'elles, prise indépendamment, a son intérêt propre. Mais lorsqu'on les assemble dans une séquence, elles ont tendance à s'atténuer les unes les autres. Je serais peut-être obligé de varier la gamme de couleurs pour éviter l'impression de répétition.

Je constate aussi que ces images sont de nature très diverse malgré qu'elles proviennent d'un seul "tableau". Les assembler en une séquence linéaire est un tour de force. Cela m'oblige à créer une sorte de récit de ma visite. Probablement que je devrais briser cette linéarité. D'un autre côté, ce récit de découverte existe bel et bien. Je suis entré dans le tableau, parti de ce côté ci, puis par là, etc.. La restitution ne suit pas forcément l'ordre de ma découverte/fabrication de ces images mais elle implique néanmoins de scénariser le parcours du visiteur.

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Autre conséquence liée à ces images électroniques qui les différencient des tableaux classiques... En peinture, le nombre d'images différentes réalisées est limité. Chacune d'elle nécessite un certain temps de fabrication, ce qui lui donne une "valeur" inaliénable. Cette valeur est renforcée par le fait qu'il s'agit d'un objet matériel (de la toile, de la peinture, etc...). En art électronique, la facilité de produire des images implique que la plupart d'entre elles n'auront jamais aucune valeur marchande. Parmi les images que j'ai produites pour la série Exploration, je pense qu'il ne serait pas possible d'en commercialiser plus d'une ou d'eux, car elles sont trop "ressemblantes" (à moins, bien sûr, de devenir une superstar de la peinture électronique...). Les autres images pourraient apparaître dans un livre ou sur un cédérom mais toujours comme constituants d'une série, jamais autonomes. La réelle difficulté est de déterminer lesquelles de ces images peuvent être retenues, et pour quel usage. C'est d'ailleurs ce problème qui me donne conscience que j'ai maintenant besoin de m'entourer et que je ne peux rester le seul juge pour évaluer la "valeur" de mes images.

J'envisage de reproduire ces images, soit sous forme de poster, soit sous forme de tableau par impression sur toile. Le fait quelles soient reproductibles devrait être pris en compte car cela conteste la notion d'unicité de l'œuvre. Il peut s'agir de les numéroter dans une série limitée décidée à l'avance (1/50, 2/50, etc.), ou une série ouverte. Ce simple choix est difficile à faire car il est lourd de conséquences; Seul un marchand d'art expérimenté pourrait prendre ce genre de décision. Faut-il que je m'acoquine avec ce genre d'individu ? Est-ce une obligation pour moi ?

Autre décision à envisager : livrer le code du script Pov avec l'image pour céder en même temps la possibilité de sa reproduction à l'acheteur. Ou encore détruire ce script. Je ne sais pas si je pourrais honnêtement garantir que cette destruction sera complète vu les différentes sauvegardes que je fais. Cette garantie ne serait d'ailleurs certainement pas suffisante car dans de nombreux cas, je resterais capable de réaliser sinon la même image, au moins une image très proche en repartant de rien. Autant renoncer à cette garantie dans ces conditions. En art électronique, il n'y aura pas d'unicité des œuvres. Il ne s'agit plus de s'émerveiller du côté "populaire" que permet la reproduction mécanique des œuvres (Warhol, Vasarely) mais plutôt de constater que c'est un concept révolu avec cette forme d'art. (Je remarque d'ailleurs que cette question d'unicité ne se pose plus en littérature depuis l'invention de l'imprimerie. Les textes sont reproduits autant de fois que nécessaire et ne tirent pas leur valeur de leur unicité matérielle).

En art électronique, les images ne peuvent plus être tenues pour uniques. Elles sont facilement reproductibles mais surtout, dérivables (on obtient une nouvelle image en modifiant un détail de la première image; c'est presque instantané). Beaucoup d'ailleurs seront peu typées et seront en pratique anonymes (retouchées par plusieurs personnes, découpées, recollées, etc. ). Il faut donc réévaluer la manière dont elles acquièrent leur valeur et même se demander s'il s'agit encore de valeur marchande.

Mais je n'ai pas de doute sur le fait que l'art conservera un caractère marchand. Les intérêts économiques sont bien trop grands. Il est probable que cette valeur se construira sur des phénomènes de notoriété des artistes ce qui n'est pas une perspective enthousiasmante [mais n'est pas franchement nouveau par rapport à l'art du vingtième siècle]. Cette sélection n'offre aucune garantie d'objectivité... Bref, je dois encore réfléchir à la direction que je dois donner à mes travaux et à la manière de les présenter.

 

29/07/2002

Ai supprimé plusieurs paragraphes de ces notes que je trouvais peu intéressants. Cela m'arrive rarement mais je pense que je suis trop impatient d'aboutir dans mes réflexions actuelles. Je n'ai pas terminé la lecture des textes d'ISEA2000. Je dois ensuite analyser ces textes.

 

31/07/2002

Séjour en famille dans les pays de Loire. C'est une situation que je pratique rarement dans laquelle ma "vie d'artiste" n'a aucune place. L'art, l'écriture, ça n'existe tout simplement pas et l'organisation des heures vise à en éliminer le besoin. Le vide est ici rempli par toutes des activités sans importance pour moi (faire les courses, déjeuner, allumer la télévision). Quel monde gentiment effrayant. Je ne le supporterais pas plus d'une semaine et ne le voudrais pas.

 

03/08/2002

Acheté deux revues d'art (Beaux Arts magazine et Artension) parmi la dizaine que propose le supermarché où je séjournais. (un bourg de moins de cinq nille habitants). Je ne sais pas qui les lit mais ces revues sont maintenant bien distribuées (acheter des revues d'art dans un supermarché continue de me faire bizarre).

Je veux poursuivre mes réflexions et observations, ces revues pourront m'y aider. Cette lecture me fournit de nombreuses informations mais quant à en tirer quelque chose, rien de moins sûr.

Beaux Arts Magazine (BAM, sic) est une revue plus ancienne, plus institutionnelle. Artension est curieusement publiée dans la région lyonnaise (Caluire). Je ne connaissais pas du tout. Pas mal. Elle s'intéresse beaucoup à l'art brut et évoque aussi à plusieurs reprises "l'art singulier", une notion que je ne connais pas. Je ne sais pas de quoi il s'agit. Les textes sont souvent limités à une ou deux pages. Cela leur permet de présenter beaucoup d'artistes mais fait un peu zapping. Peuvent-ils aborder les problèmes en profondeur avec des textes si courts ? Il faudrait voir sur plusieurs numéros s'ils ne se répètent pas un peu. Ils publient un annuaire sur cédérom. Ils présentant 500 artistes dont je ne connais aucun (à part ceux que j'ai découvert dans la revue). Même la liste de leurs noms me donne un sentiment d'étrangeté. Comme si les artistes avaient des noms différents des gens que je côtoie. Pourquoi ne s'appellent pas tous Durand ou Martin ? C'est curieux.

La revue publie un article sur Bourdieu et son opinion sur l'art contemporain que je ne pourrais pas laisser échapper. Un autre sur Combas. J'ai remarqué aussi un texte de François Deviery sur la "marchandisation" de l'art. Le terme marchandisation m'a interpellé car je l'avais inventé de mon côté l'an dernier lors de la création de mon site. Dans cet article, j'ai appris que le mouvement Attac tentait d'avoir une réflexion politique sur l'art. Ça peut toujours m'intéresser. Je ne pense pas que ma réflexion sur l'art doive être d'abord politique mais il y a nécessairement des connexions ne serait ce que pour me demander si ça me convient de faire un art du "Nord".

(un phrase m'a gêné dans ce texte : ils écrivaient que le FN profite de l'art contemporain "comme on sait". Comme je ne sais pas, je n'ai pas compris).

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Ils expliquent que Bourdieu s'est contredit et trompé sur la question de l'art contemporain. Chacun a ses limites mais cela pose tout de même question... Ce qu'il me semble, c'est que parler d'art conduit souvent dans une sorte de trou noir de la parole dont on n'arrive jamais à ressortir. Plus je lis de textes sur ce sujet, plus cela m'apparaît flagrant. L'article d'artension évoquait la performance d' Andréa Fraser qui s'était rendue avec un groupe dans un musée et avait décrit un extincteur comme une œuvre d'art. Cela n'avait été possible, remarquent-ils, que justement parce que cette supercherie avait pris place dans un musée. Toute œuvre d'art doit être validée par ses pairs et par l'institution (le musée) pour exister... Finalement, mon idée de trouver une galerie pour exposer mes images n'est qu'une recherche de validité de ce type et je ne suis plus sûr que ce soit une bonne idée. Il faut y penser encore. Faut-il même passer beaucoup de temps à réfléchir, plutôt que de simplement produire ? Que ces questions sont incroyablement embrouillées et compliquées...

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Dans ma lecture attentive d'artension, j'ai retenu le nom d'un artiste : MOYA auquel on avait donné une double page "carte blanche"... Il joue lui aussi de sa signature qu'il décline sous toutes les formes. Il déssine et peint aussi des personnages au long nez en forme de bâton.

Dans la double page, il avait inséré trois "pensées" assez bien vues :

- l'idéal serait de pouvoir être partout sans se galvauder.

- l'idéal serait de pouvoir aborder tous les styles tout en restant parfaitement reconnaissable.

- l'idéal serait de pouvoir plaire à tout le monde tout en étant d'avant garde.

Un bon point de départ !

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Dans BAM, on discute du retour à la peinture. Les mouvements agissent vraiment comme des battements de métronome et je me souviens que lors de la dernière FIAC, on disait qu'il n'y avait plus de peinture, plus que des installations. Ils essayaient de définir les 6 planètes de la peinture (occasionnelle, extensive, analytique, imaginaire, post visuelle, réflexive). Je ne sais pas si cette classification est soutenue par une réflexion profonde mais elle m'a laissé de marbre !

En feuilletant le magazine, je suis tombé sur une image qui m'a plu. Celle représentant un œuvre de Wim Delvoye intitulée Trophy. Il s'agir d'un cerf pénétrant une biche à la manière des humains . La biche est sur le dos. Les deux animaux s'embrassent... Je me suis demandé pourquoi une biche et un cerf et non pas un homme et une femme ? Je ne sais pas exactement répondre mais avec des animaux, la scène n'apparaît pas comme pornographique. Elle le serait avec des humains. (De plus, apparemment, ce sont des animaux naturalisés...).

J'ai noté aussi qu'à la foire de Bâle, des images produites par ordinateur imprimées sur toile se sont vendues jusqu'à 40 000 euros. Celle de Thomas Ruff qui était reproduite avait un certain charme. Elle est produite à partir de BD japonaises rendues abstraites par des traitements informatiques. Pas mal mais comme on dit "je peux en faire autant". Ça fait réfléchir. Cela montre aussi que les problèmes liés à l'unicité des œuvres que j'évoquais tantôt sont, soit résolus par certains, soit finalement secondaires.

Au final, tous ces articles étaient assez stériles. Beaucoup d'affirmations avancées dans les articles de BAM me semblent péremptoires et discutables. Leurs auteurs me semblent manquer de recul, être trop impatients à être le premier à dire la vérité. C'est l'inconvénient du journalisme pressé par le calendrier. Il s'en suit bavardage et cacophonie.

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Quant à moi, je ne me considère pas en très bonne forme, je suis trop préoccupé, j'envisage sérieusement d'interrompre ces notes pendant quelques temps jusqu'à ce que j'ai émergé de ma réflexion actuelle.

 

04/08/2002

Je m'aperçois que la manière de rédiger habituellement ces notes (écriture manuscrite, puis transcription rapide sur l'ordinateur), est une méthode d'écriture à part entière. Elle paraît assez efficace. Ces derniers jours; comme je n'ai que du papier à ma disposition, je dois me contenter de la première étape et cela me procure une gêne. C'est comme si les choses n'étaient pas complètement dites. La saisie des brouillons sur le traitement de texte permet de corriger mais surtout de figer le texte. Je crois aussi que je me relis plus rapidement à l'écran, car chaque paragraphe est une unité homogène, un sujet. Je peux me le remémorer en bloc en ne lisant que la première phrase.

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A la réflexion, les revues sur lesquelles je me suis penché hier sont de très mauvaises revues ! Elles ne se préoccupent que du produit fini (l'œuvre d'art) et très peu du processus pour y parvenir. Discuter "peinture ou installation" montre bien que leur préoccupation est d'abord celle de l'amateur d'art (j'allais dire le consommateur d'art) et moins celle du créateur. On fait deux pages sur un artiste, on reproduit le texte d'une profession de fois plus ou moins compréhensible... J'ai certes trouvé au fil des articles quelques évocations des problèmes que j'ai été amené à soulever ces dernières semaines mais je pense que mes notes en regorgent de nombreux autres, avec peut-être, en plus, la volonté de les résoudre chaque fois que c'est possible et nécessaire.

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Plusieurs indices (une annonce pour trouver un professeur pour les Beaux Arts de Montpellier, l'article sur le retour de la peinture, quelques commentaires de JCP dans son mail) m'indiquent qu'actuellement "l'art informatique" ou plus exactement l'apport des ordinateurs en art n'est pris en compte que de manière embryonnaire dans les écoles d'art. On demande à un professeur de maîtriser la vidéo mais pas l'informatique. Le mot n'est même pas cité. C'est surprenant. Ils doivent pourtant avoir des ordinateurs mais ne savent peut-être pas quoi en faire.

Ils ne sont peut être pas conscient, voire hostiles, de ce qu'on peut faire avec ces machines, à ce que moi je fais par exemple (bricoler du code informatique). Cela peut se comprendre. car ça correspond à un changement radical de formation et il n'est pas certain, à priori, que cela en vaille la peine. Pourquoi en effet une image d'ordinateur remettrait elle en cause les fondements de l'art ? Si on est effectivement allé aussi loin qu'on veut bien le dire - à la limite du rien - il serait étonnant qu'un simple changement d'outil change les idées qu'on peut avoir sur l'art. Je n'en suis moi même pas convaincu malgré les notations troublantes que j'ai pu faire à propos des univers virtuels...

 

11/08/2002

Je n'ai pas encore rattrapé mon retard de saisie sur les notes rédigées les derniers semaines. Mon PC n'est pas encore réparé et mon travail d'artiste ne progresse pas. La série Exploration n'est pas terminée. Je n'ai rien tenté de nouveau, ni terminé la lecture des textes d'ISEA 2000. Un nouveau festival doit avoir lieu cet automne mais je pense que je ne serai pas prêt à temps pour leur envoyer des choses. J'imagine aussi qu'ils ont déjà clos leur programme.

Cette relative distance que j'ai pris avec mon travail me donne à penser que je vais remettre en cause beaucoup de choses. Mon idée est claire cependant, je dois mieux communiquer sur ce que je fais. Si possible, me faire aider dans cette tâche afin de me concentrer sur la création. Ecrire ou peindre, la question se pose aussi . J'ai le sentiment de pouvoir me faire connaître plus facilement par mon travail de peinture. Et d'autre part quoi écrire ? Pour le moment je ne vois pas. Possible que ce n'est qu'une question d'y réfléchir. Il se peut aussi que la composante littéraire de ma production, ce sont ces notes. Bien sûr, le style n'y a pas beaucoup de place. Ce n'est pas du premier jet mais presque. C'est un peu étonnant, mais je ne peux nier qu'il s'agit bien d'un travail littéraire. Ce n'est pas du roman. Ce n'est pas un essai ou une thèse, mais c'est utile. Pour moi en tout cas.

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Terminé la lecture de "l'histoire de la folie à l'age classique" de Michel Foucault. Ce livre m'a un peu déçu. Cest un ouvrage fondamental, savant et documenté, intéressant à plus d'un titre mais décidément beaucoup trop long. J'aurais bien vu un résumé d'une centaine de pages qui aurait permis de dire la même chose.

En fait, je m'aperçois que j'ai un problème avec les textes d'universitaires.. Longtemps j'ai eu un complexe en me disant que mon éducation n'était pas complète et que certains aspects de leur vision devaient m'échapper. C'est peut-être d'avoir parfois côtoyé des polytechniciens qui m'a inculqué cette entrave mentale. Ces gens jouent en effet beaucoup sur ce registre de dialogue (et d'oppression). Il faut les prendre au sérieux car ce sont toujours des personnes intelligentes (ils ont été sélectionnés pour ça) mais ils connaissent et utilisent volontiers une série de techniques qui leur permettent de faire croire qu'ils en savent d'avantage que réellement.... Des œuvres comme celles de Foucault ont aussi une part de ce travers, une sorte de suffisance, mais le mot ne correspond pas exactement... En tout cas l'histoire de la folie, ce n'est pas très bien écrit ! C'est beaucoup trop long, les paragraphes eux mêmes sont trop longs et mal structurés. On voit bien le plan général mais à l'intérieur des chapitres, la manière de présenter les choses n'est pas optimisée. C'est très touffu et l'inconvénient c'est que parfois, on se met en lecture automatique quitte à perdre l'idée essentielle noyée dans la masse.

C'est dommage qu'on ne fasse pas des remakes en littérature comme au cinéma, parce qu'avec l'histoire de la folie, il y aurait matière à produire un chef d'œuvre et obtenir la palme d'or !

Du livre, je ne retiens qu'une phrase, tout à la fin (page 557, écrit petit !), en parlant de Nietzsche pour répondre à cette question essentielle, quand commence sa folie ?

là où il y a œuvre, il n'y a pas folie.

 

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J'étais à la librairie. J'entendais une jeune fille dire à sa mère "Ah oui, il faut que j'achète un livre, je ne me souviens pas du titre mais TOUT LE MONDE A DIT QU'IL FALLAIT LE LIRE". J'ai eu envie d'intervenir. Je le connais ce livre, c'est la Bible ! Je me suis retourné. J'ai vu la fille. Elle était plutôt moche, assez grosse. J'ai préféré me taire car j'ai senti qu'il y avait malaise et que mon humour serait mal perçu.

Un peu plus tard, j'entends un femme parler à une autre au dessus du présentoir des livres de poche. Elle disait "oui, c'est ma fille. Elle vient d'avoir sa maîtrise". Je vois que c'est le même duo que tout à l'heure. Je comprends que la fille doit être obèse autant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Maîtrise de rien du tout, oui ! Je fais un diagnostc rapide. Son problème c'est sa mère qui la vend comme la dernière production de la famille. Une bourgeoise. Exactement de la race qui me fait gerber. Quelle me file 500 balles et je lui explique son problème ! Cette fille, si elle est si grosse, c'est pour exister par rapport à sa mère. C'est sa manière de se faire de la place. Elle ferait mieux tout simplement de prendre son autonomie (c'est d'autant plus évident que la mère, elle, est plutôt bien fichue, un look soigné). Une clientèle toute trouvée pour un psy. Un cas facile à traiter et une famille qui a de quoi. Un bonne affaire en somme !

Ceci montre aussi que "maîtrise" est un mot trompeur. Une fille de vingt ans avec une maîtrise de droit que sa mère emmène le samedi après midi pour acheter des livres, ça craint, je trouve.

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Le journal télévisé fait le bilan des pluies importantes et des inondations qui sévissent partout de l'Angleterre à la Chine ! Espagne, Italie, Autriche, etc.. Bonjour le dérèglement climatique ! Je vais avoir quelques jours de vacances supplémentaires mais je me demande si je partirai où que ce soit vues les circonstances atmosphériques.

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Avec l'été humide que nous avons, la nature est très verte et dans le bois, les ronces et les noisetiers en mettent un coup. J'ai fait une petite marche empruntant l'un des itinéraires que je parcours régulièrement depuis maintenant plusieurs années. Je me suis aperçu à quel point le décor de la forêt change chaque année. On a coupé beaucoup d'arbres. Il semble qu'après la Tempête, dans l'esprit des paysans, on se soit dit qu'il faut récolter le capital avant qu'un autre coup de vent ne l'emporte. Que font-ils de tout ce "bois de brûle" ? Je ne pense pas qu'ils se chauffent exclusivement au bois. Ce doit être plutôt pour les cheminées des villas. Il est possible que la mode de l'écologie qui se traduit souvent par un feu de cheminée entre amis, ne conduise finalement à un effet de déforestation. Ceci dit, je ne suis pas inquiet. Sous nos climats, ça repousse. Il faut voir comment les branches se jettent en travers du sentier que nous avons tracé et entretenons périodiquement. Des branches récentes venant de droite et de gauche essaient de se rejoindre à mi hauteur. Au sol de jeunes pousses tentent de coloniser l'espace libre. Leur stratégie est claire : rendre la circulation impossible le temps que d'autres espèces plus robustes ne s'implantent. Il faut les piétiner méticuleusement, couper les branches qui dépassent trop loin, les casser si on n'a pas d'autre outil sur soi. Sur le bord du chemin, la végétation fait un barrage impénétrable. Les noisetiers qui n'avaient guère plus d'un mètre lorsque nous avons tracé le chemin, mesurent maintenant six ou huit mètres. Ils sont très touffus. Le chemin est devenu une tranchée dans la verdure qui ne permet le passage que d'un homme et bientôt se refermerait comme une cicatrice si nous ne l'empruntions de temps à autre.

Pour moi qui suis devenu un être très urbain, le spectacle de cette lutte déterminée et violente à laquelle je suis tenu de participer me laisse toujours un sentiment d'étrangeté. Les ronces sont comparables à ces gosses qu'on trouve au Maroc ou dans n'importe quel pays du tiers monde, qui viennent s'accrocher à vous et essaient de vous arracher, qui un diram, qui un lambeau de peau et vous déchiquetteraient jusqu'à l'os si vous les laissiez faire .

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Ce livre intitulé "maya" est de nouveau venu se proposer à moi et cette fois, je l'ai acheté. Il est écrit par un norvégien, Jostein Gaarden. Ce n'est probablement pas un chef d'œuvre de style (encore que pour traduire du norvégien... ) mais dès les premiers chapitres, certaines idées évoquées n'ont touché. C'est un livre de sensibilité mystique new-age. Outre le sentiment écologiste, il colporte une vision de l'universel inspirée du bouddhisme. Je suis intéressé.

J'ai observé dans ce livre, une manière de penser radicalement différente de la mienne. Jusqu'ici, mes méditations ont toujours été "minérales" : le monde est fait d'atomes et ces atomes sont les mêmes pour les pierres ou les hommes, etc... Gaardes a des réflexions analogues mais en partant de la biologie. Ses atomes sont des cellules. Il souligne la parenté qui unit tous les êtres vivants...

Il remarque à juste titre qu'il y a une continuité de divisions cellulaires, depuis la première cellule jusqu'à moi. J'ai peut-être des cousins primates mais aucun d'eux n'est mon ancêtre. A l'inverse, si l'on remonte les générations, il existe parmi mes géniteurs, à la fois des mammifères, des salamandres et des poissons. Je n'avais jamais envisagé les choses de cette manière et je peux admettre que j'en suis assez profondément troublé.

Il évoque aussi l'idée que le monde n'a peut-être pas été créé par un Dieu très imaginatif mais que plutôt, il a pu se créer lui même à partir de rien ! Ce serait finalement encore plus extraordinaire et impliquerait un respect définitif pour la création et de nous mêmes, qui en faisons partie.

A partir d'une analyse sur l'évolution, il est amené à considérer différemment l'idée de descendance en remarquant que chaque être vivant (vous ou moi) sommes le résultat d'un nombre incroyable de coups de chance. Il aurait suffit qu'un seul de nos ancêtres n'ait pu se reproduire pour que nous n'existions pas. Cela semble donner une importante responsabilité. Ne pas avoir d'enfant signifierait briser une chaîne de plusieurs millions d'années. La briser à jamais. Cet argument me met mal à l'aise (car je n'ai pas d'enfant). J'ai toujours fait le pari de la fin du monde. Mettre au monde des enfants dans un monde aussi "pourri", très peu pour moi ! Se considérer comme un maillon indispensable entre un passé lointain et de nombreuses générations futures est une autre manière d'envisager les choses que curieusement, je n'avais jamais explorée. Je suis exactement dans la même situation que le héros du livre. On dirait qu'il est écrit pour moi (avec le dessein de me faire la morale) et qu'il me tombe dans les mains dans le but de me transmettre un message important. Curieuse impression en vérité.

J'ai noté cette phrase :

On le sait, le fait de ne pas avoir d'enfant n'est pas héréditaire. Le fait de ne pas avoir de descendance est une propriété si défavorable qu'elle est immédiatement éliminée. Seuls ceux qui ont des enfants peuvent rêver d'avoir des petits enfants...

 

18/08/2002

J'ai travaillé de nouveau sur ma série Exploration. J'ai recherché dans la documentation Pov et trouvé des paramètres de la caméra permettant de disposer d'un "grand angle". Comme je l'avais supposé, cela permet de réduire les déformations des sphères mais en contrepartie la ligne d'horizon a tendance à se s'incurver ce qui n'est pas forcément mieux. Il faut trouver un compromis. Le passage d'un type d'objectif à l'autre n'est pas immédiat car il faut revoir plusieurs paramètres : position, point de visée et aussi curieusement l'angle de visée. Pour une raison qui m'échappe, je dois indiquer pour le grand angle un angle supérieur à 180 degrés bien que la vue obtenue ne permette pas d'observer ce qui se passe derrière la caméra !

Le travail avance lentement. Le calcul des images de cette série est assez long et l'ordinateur que j'utilise n'est pas le plus rapide (processeur à 400 Mhz). L'autre est encore en réparation. Je voudrais maintenant en finir vite avec cette série Exploration sur laquelle je traîne depuis trop longtemps !

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Je me suis installé sur la terrasse devant la maison pour prendre mon café. Il n'était pas huit heures. Une abeille volage est venue s'immobiliser en vol stationnaire à la hauteur de mes yeux. Cela a duré un certain temps. Elle se tenait de profil et jouait avec ses pattes comme pour se donner une contenance ou dire "tu viens chéri". J'ai vu qu'elle m'observait. Ensuite, elle s'est tournée pour me faire face et ma regardé droit dans les yeux. Elle s'est rapprochée un peu. C'était la première fois que je me sentais désiré sexuellement pas une abeille ! Je ne sais pas ce qui l'attirait en moi. Je venais de me lever. Se peut-il que j'avais une odeur de fleur ? A la fin, j'ai dû faire un geste pour l'éloigner. Cela devenait dangereux pour moi. Il fallait bien me résoudre à lui faire comprendre qu'elle devait garder ses distances.

J'ai tué de nombreuses mouches hier et une araignée. Elles sont trop envahissantes et agaçantes. A part ces deux espèces particulièrement désagréables, j'essaie toujours de donner sa chance aux bestioles qui entrent sans savoir dans la maison. Plusieurs fois, il m'est arrivé de récupérer l'une d'elles sur une feuille de papier pour la reconduire dehors comme on raccompagne les clandestins à la frontière du Perthus. Humainement mais fermement.

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Dans un autre texte d'ISEA 2000 (expérimentation dans les arts du connexionisme), Michel Bret évoquait les questions de représentation virtuelle et d'interactivité. Pensée pour le moins confuse. Je vois que je ne suis pas le seul à naviguer dans le brouillard sans savoir où il va !

Son texte décrit succinctement comment on peut simuler des êtres animés dans une mémoire d'ordinateur. D'abord le squelette avec ses mouvements relatifs définis par des angles, puis les muscles simulés par des ressorts, etc. Il défonce pas mal de portes ouvertes. J'avais la même impression hier après midi quand j'entendais sur France Culture un entretien parlant de la "nouvelle Histoire" dans lequel, après un certain nombre de considérations ambitieuses sur l'évolution des techniques historiques, l'interviewé finissait par évoquer les apports indéniables des ordinateurs et d'internet. Il citait le cas d'un article publié à la fois dans une revue (forme classique) et sur internet, en expliquant que la version web donnait en plus l'accès à des documents sonores. Je ne vois pas en quoi cela est propre au domaine historique et j'observe que ces conséquences, il n'est pas besoin d'être historien pour les voir. Dans l'entreprise où je travaille, ces techniques sont déjà devenues courantes. On utilise même parfois des animations Flash pour expliquer certaines procédures techniques.

Beaucoup d'utopie dans le texte de Michel Bret. Il signale que les corps artificiels créés dans les ordinateurs peuvent acquérir certaines caractéristiques du vivant (auto-adaptation, auto-reproduction). Il écrit :

"L'œuvre artistique perd son immobilité et sa permanence d'objet pour gagner une adaptabilité, une précarité et une détermination relevant du vivant (...) L'humain devra quitter sa position d'arbitre et abandonner son égocentrisme archaïque pour accéder à une conscience élargie du monde où il ne sera plus le seul être pensant."

MB remarque que l'art est toujours influencé par les progrès de la science. Les impressionnistes et la théorie des couleurs, le cubisme et la relativité, le surréalisme et Freud. Il voit donc une bonne raison pour que l'art soit influencé par l'informatique et la biologie. J'y verrais plutôt de mauvaises raisons. Que signifierait en effet un art qui singe la science ? L'idée assez couramment répandue dans les milieux populaires que l'art n'est qu'un hobby serait finalement juste si l'art n'a pas plus à dire que d'illustrer les découvertes de la science ...

MB évoque l'idée que le corps et l'esprit sont indissociables et que, par conséquent, la réalisation d'une vie artificielle dotée d'intelligence pose sous un nouvel angle la question de la représentation. OK. Il remarque que jusqu'ici, les interactions qu'on a pu réaliser étaient déterministes (mêmes causes, mêmes effets) et il conclut de manière redoutable que ce type d'interactions est "sans véritable intérêt artistique". Cette phrase me fait sursauter et ouvre devant moi un abîme de perplexité. Il semble savoir ce qu'est l'art, sans doute se trompe t'il d'ailleurs, mais il a bien de la chance. Moi, je ne sais pas. Et je ne pense absolument pas que le but des arts plastiques serait de représenter le vivant. C'est la fameuse histoire du vieux sculpteur grec qui tombe amoureux de la statue qu'il vient de terminer. Comme quoi, sous les traits de la dernière modernité, les plus anciennes préoccupations peuvent se cacher.

Pour finir MB termine en indiquant qu'il "oriente ses recherches" au delà de l'animation dynamique vers le "connexionisme", l'évolutionnisme, la vie artificielle. Il modélise un objet à la fois matériel, spirituel (réseaux neuronaux) et social (algorithmes génétiques). Il n'y a malheureusement pas d'illustration mais j'aimerais voir. Il dit qu'il parvient à reproduire les mouvements de la peau qui enveloppe les muscles. Je suis un peu septique car cela me paraît sacrement compliqué. S'il le fait, cela doit correspondre à une quantité importante de code informatique.

Ce que je contesterais simplement, c'est de savoir s'il s'agit encore d'art. D'arts appliqués peut-être ? Autant je peux comprendre qu'une représentation parfaite d'un corps humain peut intéresser le cinéma, autant je crois que si j'avais ces outils en main, je serais tout de suite tenté de déformer, de fabriquer tous les monstres qui me viennent en tête. Beaucoup d'artistes agiraient comme moi, je pense.

 

19/08/2002

J'ai terminé la production des images de la série Exploration et vais maintenant m'atteler au texte d'accompagnement. J'ai "recalculé" plusieurs de ces images afin d'éliminer les effets de déformation des sphères.. Le choix entre les versions ancienne et nouvelle n'a pas été facile mais j'ai finalement adopté la dernière version utilisant le grand angle.

J'ai entrepris aussi de mettre l'ensemble des images de cette série dans un fichier word pour constituer un document récit de mon exploration permettant de résumer les questions que je me suis posées. Une forme de manifeste. Il pourra me servir comme nouveau support de communication.

 

image Exploraton08 avant correction image Exploration08 en visée grand angle

jean-claude.devaux - 2002

- deux variantes de l'image Exploration08. L'image de droite utilise un objectif grand angle qui évite les déformations de sphères (surtout en haut à gauche). Mais pour éviter la courbure de la ligne d'horizon j'ai dû resserrer un peu le cadrage. Ce n'est pas plus mal.
Notez que les deux images ont bien la même dimension. Si celle de droite paraît plus étroite, c'est par un effet d'illusion d'optique.

 

20/08/2002

Laissé provisoirement la rédaction du texte sur l'Exploration pour travailler sur une nouvelle série d'images pour laquelle je n'ai pas encore trouvé un nom. Le principe est de décliner un objet simple, toujours le même. Je m'inspire en cela de Viallat avec sa forme répétitive vaguement rectangulaire. Le différence est cependant importante car lui avait choisi une forme la plus neutre possible et cherchait à trouver une esthétique venant de la seule couleur. Mon projet est différent. Je n'écarte pas les allusions culturelles... J'ai créé une forme composée de deux tubes reliés par une tige. Un forme de bielle si l'on veut... J'ai produit une dizaine d'images à partir de ce thème. Comme à chaque fois, la première impression est assez enthousiasmante lorsque je vois apparaître la nouvelle image à l'écran, mais très vite cette excitation retombe. J'ai l'impression de rester en deçà de ce qu'il est possible de faire, de ne pas aller au bout. Pourtant il est indéniable que ces images sont belles. Et mon sentiment d'insatisfaction n'est pas légitime pour ce qui concerne cette série car je suis encore très loin d'avoir essayé toutes les variations que j'ai en tête. J'en suis resté pour le moment à des juxtapositions d'objets disposés parallèlement sur un plan.

 

21/08/2002

Hier en soirée, j'ai poursuivi ma production d'images en simplifiant encore. Cette fois l'objet à répéter est une simple rondelle. Les premiers résultats ressemblent à des sets de table de style pop art comme on en voyait dans les années soixante dix. Ces images ne correspondent plus aux critères actuels du bon goût. Faut-il ne pas les montrer ? Je constate que mon "œuvre" est bien compliquée à définir. Moi même ne parviens pas à voir la direction. Ça part dans tous les sens.

J'ai toujours ce problème d'avoir trop d'idées. A partir d'un thème aussi simple que répéter des rondelles de couleur, j'ai pu créer un nombre important d'images sans pourtant avoir épuisé le thème. Peut-être que maintenant il faudrait que je me fixe sur quelque chose et pousser l'idée jusque dans ses retranchements. J'ai l'impression que c'est ce que font la plupart des artistes. Il choisissent leur truc et s'y tiennent. Certains changent deux ou trois fois dans leur carrière mais pas beaucoup plus... Je ne parviens pas à voir ce qu'il y a de commun dans ce que je produis. Le seul que je vois serait l'ordinateur mais honnêtement, ce n'en n'est pas un car je fais tantôt de la peinture, tantôt de la sculpture, tantôt de la photographie. L'outil permet de faire plus de choses en un temps plus court, c'est son principal intérêt. Si j'avais dû peindre les images que j'ai réalisées aujourd'hui, cela m'aurait pris plusieurs mois (d'ailleurs, je n'en serais même pas capable). Les produire sous forme de sculptures, même chose. Rien que pour fabriquer les rondelles de différentes couleurs. Ce n'est pas tellement la question de fabriquer ces œuvres d'ailleurs mais plutôt le "pourquoi". Je n'ai toujours pas trouvé d'autre explication que le besoin de remplir quelque chose. C'est ce que je dis depuis le début et n'ai pas changé d'optique.

La question du "pourquoi" peut se compléter par celle du "pour quoi faire". L'avantage des œuvres informatiques c'est qu'elles encombrent relativement peu le réel. On peut remplir sans encombrer. C'est merveilleux quand on y pense. Si chaque image que j'ai produite était une toile, je ne saurais déjà plus où les entreposer. Là, c'est cool, elles tiennent à l'aise sur mon disque dur.

A quoi servent les œuvres d'art ? C'est un débat d'actualité semble t-il avec le retour de la peinture dont on ne voulait plus car c'était considéré comme un art bourgeois. : accrocher un tableau dans son salon, quelle horreur ! On a donc créé des œuvres qui ne peuvent s'exposer que dans des musées. Je ne suis pas sûr que ce soit beaucoup plus démocratique et l'idée de devoir aller dans un musée pour voir des œuvres a quelque chose d'assez désagréable et ridicule. Les musées sont des sortes d'églises et ne pas pouvoir avoir les œuvres chez soi n'est pas tellement une réussite de démocratie. Le problème, c'est plutôt l'unicité des œuvres, mais il existe des moyens de contourner par les reproductions ou les livres, choses trop peu développées à mon avis.

Avec les images informatiques, la situation est de nouveau changée. Mes applets par exemple, n'importe qui peut les avoir chez soi et ce sont bien les originaux, pas des reproductions. Pour mes images Pov, je lorgne plutôt vers des impressions du genre poster. Les reproduire à plusieurs exemplaires ne pose aucun problème technique et je ne vois pas pourquoi je m'en priverais. Savoir qu'une seule personne possède l'un de mes tableaux me frustrerait beaucoup. C'est beaucoup mieux si une image peut être reproduite à plusieurs exemplaires même si la contrepartie est que ça empêchera sa "côte" de monter.

J'ai pensé à une possibilité intermédiaire entre la série et la production d'œuvres uniques. Souvent je m'aperçois qu'au sein d'une série d'images, je ne sais pas choisir la bonne image. En fait plusieurs variantes sont possibles mais je ne peux pas dire laquelle doit rester. De plus, je produis certaines images et d'autres restent "sous entendues" car je n'en n'ai pas besoin. Par exemple, aujourd'hui, avec mes séries de rondelles, j'ai souvent laissé de côté le contrôle des couleurs en laissant au logiciel le soin d'effectuer le tirage aléatoire... Il existe d'autres paramètres pour lesquels je fais un choix arbitraire parmi plusieurs possibles qui sont de mon point de vue, équivalents.

... aussi, j'ai pensé que dans un contexte de vente de mes œuvres, je pourrais proposer du sur-mesure tout en restant dans un cadre donné. Par exemple, mon acheteur voudrait acquérir un tableau de la série à laquelle j'ai travaillé ce matin (les rondelles). Je lui montre les différentes images que j'ai produites qui sont en fait des propositions. J'essaie de savoir celle qui l'intéresse le plus. Je peux alors lui proposer une variante. On peut la réaliser ensemble. Changer la disposition des objets, leur écartement, leur nombre, les angles, etc. Au minimum, je peux lui demander un chiffre permettant d'initialiser l'automate de recherche aléatoire des couleurs ce qui fera que l'image obtenue sera unique. La sienne. Ensuite, il ne reste plus qu'à trouver le procédé pour la reproduire... Cette démarche n'est pas très nouvelle. Beaucoup d'œuvres classiques étaient des commandes de puissants ou de l'Eglise. La différence est la rapidité avec laquelle ce paramétrage est possible désormais. C'est une expérience que j'aimerais tenter car elle permettrait aussi de créer un contact avec l'acheteur. Ceci dit, ce n'est pas différent des idées qu'on entend parfois, qui annoncent que grâce à l'informatique, l'industrie pourra elle aussi faire du sur mesure. Des projets envisageaient grâce à internet de pouvoir commander des objets dont on aurait choisi certains paramètres. Pour ce qui me concerne, je n'imagine pas laisser le "client" décider seul des paramètres permettant de fabriquer une image. Je pense qu'il faut que je garde toujours la possibilité de refuser l'édition d'une œuvre qui s'écarte trop de mes propres critères esthétiques, que je trouverais moche pour dire les choses simplement.

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Hier j'entendais une interview à la radio d'une femme reporter de guerre. Elle racontait comment elle avait pris ses photos les plus célèbres à Belfast ou au Vietnam. Elle semblait faire une différence très marquée entre les photos pour vivre et celles qui restaient, quelles présentaient dans des expositions. J'imagine. Un(e) photographe peut sans doute prendre une centaine de clichés par jour et on n'en retient que quelques dizaines à la fin de sa carrière. C'est un problème de "surproduction" analogue au mien avec mes images. A la différence près que de mon côté, j'ai la maîtrise, à la fois de la prise de vue et du sujet. Je peux modifier tout jusqu'à ce que cela me convienne. En photo, il s'agit plutôt de provoquer la chance pour être au bon endroit, au bon moment. Bien sûr, il y a le talent mais il a rarement beaucoup de temps pour s'exprimer. Avec mes images, le temps joue très peu. Je peux revenir demain sur une image qui ne me satisfait pas complètement. Le seul temps qui joue est celui de mon désir. Pas forcément le plus facile à contrôler !

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Parmi les autres textes d'ISEA 2000, il y en avait un écrit par un russe (B.M. Galeyev - Computers and art: myths and reality) qui se fixait pour tâche de démystifier la création informatique. On voit immédiatement que le niveau de culture dans les pays de l'Est est plutôt supérieur à celui de l'Ouest. Les gens n'avaient rien d'autre à faire ! En tout cas, Galeyev exprimait avec beaucoup de simplicité ce que sont les croyances colportées par les ordinateurs autour des questions artistiques. Il se référait à Platon pour expliquer que les images informatiques montrent l'essence des choses et non les choses elles mêmes et c'est la raison pour laquelle il est si difficile d'obtenir des images réalistes. Il tordait le cou aussi au problème posé par les images fractales si "artistiques" alors qu'elles ne sont pas produites par des artistes mais par des logiciels automatiques. Il suffisait de voir pour comprendre ce mystère que cette beauté est celle de la nature et rien d'autre... (sans doute, ajoutait-il, que Dieu fut le premier créateur à avoir des préoccupations esthétiques).

Galeyev observait que l'ordinateur ne pouvait en aucun cas remettre en cause les idées fondamentales sur l'art (j'étais arrivé à la même conclusion - ce n'est qu'un nouvel outil) mais qu'il ajoutait de nouveaux modes de production. Avec le cinéma et la vidéo, ces modes s'étaient déjà multipliés et l'ordinateur rend la palette encore plus large. Surtout, sa caractéristique multimédia change beaucoup l'accès à ces moyens de production. La même machine permet de produire tout type d'art (musique, image, etc..). Cela ne rend pas tout un chacun un artiste mais démocratise singulièrement l'accès à ce type de production et il est difficile d'en appréhender les conséquences.

Dit autrement, il finissait par dire qu'effectivement l'ordinateur changeait en profondeur notre rapport à l'art, l'inverse de ce qu'il avait démontré au début. (l'âme russe en action dans toute sa splendeur !).

J'ai appris aussi en lisant ce document que pendant un certain temps, les Russes avaient considéré l'informatique comme une science capitaliste et s'en étaient désintéressés, puis, changeant soudainement d'avis, avaient cru que cela leur permettrait de résoudre tous les problèmes.

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Un autre texte que j'avais lu il y a quelques temps (Birgit Richard - Cool Business: Etoy’s toy wars) racontait l'épopée du nom de domaine "etoy.com" qui était détenu par un groupe d'artistes activistes et convoité par une entreprise de vente de jouets par internet (e-toys) . L'entreprise commerciale tenait vraiment à ce nom. Ils avaient proposé beaucoup d'argent pour l'avoir puis engagé une action de justice. Les autres n'ont rien voulu savoir et finalement ont déclenché une campagne sur internet contre cette compagnie qui ne respectait pas leur propriété et voulait établir une hiérarchie de valeur entre les activités sérieuses (la vente de jouets) et les choses romantiques comme les activités artistiques de etoy.com.

Au bout du compte, etoys a dû déposer le bilan. L'article présentait ce résultat comme une victoire des milieux activistes agissant sur internet. Personnellement je trouve cela très ambigu. Etoys était manifestement une jeune entreprise et en disparaissant elle laisse le champ libre à des entreprises tentaculaires comme toys'r'us qui cherchent elles aussi à conquérir le marché de vente de jouets sur l'internet. Les activistes de etoy.com jouent donc la carte des capitalistes déjà installés contre l'émergence de nouveaux. Ils leur permettent d'asseoir leur monopole. Assez curieux. Ce n'est pas de cette manière que j'envisage un quelconque activisme et d'ailleurs, je trouve dans cet article qu'on appelle "art" quelque chose que j'appelle "foutre la merde" et je ne pense pas que ce soit synonyme.

 

22/08/2002

J'ai réfléchi encore à cette affaire de style. L'absence de continuité de style me frappe beaucoup dans ce que je fais. Certes, je ne suis pas le mieux placé pour en juger. Un œil extérieur verrait d'avantage que moi l'unité d'ensemble. Il n'empêche, rien que dans la série des "rondelles" (plus j'écris ce mot, plus j'ai le sentiment d'être obsédé par les rondelles.),.. les différences d'approche sont si grandes qu'il n'est même pas apparent que ces images sont créées par la même personne.

Ce constat pose un certain nombre de questions. D'abord est-ce normal que je n'ai pas de style propre ? Les autres artistes se forgent-ils un style en masquant au besoin les mauvaises branches ? Je me souviens que lorsque j'avais visité le musée Vasarely, j'avais été surpris de constater qu'il avait produit des choses très différentes de ce qu'on a l'habitude de voir (les ronds et les carrés). Mais c'était au début de sa carrière. Ensuite, peu à peu, il s'était concentré vers un très petit nombre de formes. Il s'en satisfaisait semble t'il, comme si, il s'était au départ rassasié des différentes expressions possibles (paysages, personnages, etc.) pour ne se consacrer qu'à ces choses épurées qu'il jugeait ensuite plus importantes. Peut-être aussi qu'il s'agissait d'une mise en scène faite par le musée et que Vasarely a continué le dessin toute sa vie mais sans rien montrer. Je ne le pense pas. Je pense sincèrement que cette simplification est le résultat de sa recherche. Elle est d'ailleurs cohérente avec son approche d'épuration minimaliste. Il n'a au bout du compte réalisé que deux ou trois tableaux dans sa vie et développé des séries autour de ceux ci.

L'exemple de Picasso, à l'inverse, est celui de la marque vigoureuse d'un style qui met l'univers entier à son œil. Quoiqu'il fasse - et l'on peut dire qu'il touchait à tout - une œuvre de Picasso se reconnaît immédiatement. Pourtant à chaque fois il invente quelque chose. Le génie dit-on. Peut-être qu'on devrait plutôt parler de générosité ?... mais par rapport au style, on ne peut pas dire que Picasso a eu beaucoup d'effort à faire pour trouver le sien. Il n'avait qu'à être lui même.

Ces deux exemples tenteraient à prouver que je n'ai pas à me préoccuper de cette question du style, que ce n'est qu'une question de temps, qu'il émergera de lui même. Ça voudrait dire que je suis encore dans la phase de recherche de soi qu'on observe chez tous les peintres à leur début lorsqu'ils créent des œuvres qui ne sont que partiellement d'eux mêmes...

Mais je me demande qu'est-ce qui fait le style. N'est-il pas l'expression par défaut de ce qu'on ne sait pas faire ? Vasarely n'était pas Picasso ! et l'on peut analyser son "art de niche" aussi comme une habile mise en œuvre de son faible talent. Un mec qui fait carrière avec seulement deux tableaux, ce n'est pas si mal ! Peut-être qu'on acquiert un style lorsqu'on a trouvé ce que l'on fait bien, et que par conséquent on évite tout le reste. C'est triste le style en définitive !

Alors peut-être qu'il ne faut jamais avoir de style. Ne pas avoir de style propre serait le signe qu'on aborde chaque œuvre de manière vierge (d'où les rondelles !), sans à priori, sans idée préconçue. Cela correspond bien à la manière dont j'ai travaillé. Je me suis dit "choisissons un objet simple, relativement neutre et essayons de le disposer dans l'espace virtuel de l'image. C'est quand même bien un peu la démarche de support-surface sauf que Pov est un espace 3D qui casse la logique de Viallat (en fait, de support-surface, je ne connais que Viallat). Dire que le tableau n'est en réalité qu'une toile avec de la peinture dessus ne tient plus avec les choses dont je m'occupe. Dire que c'est un rectangle de pixels colorés serait encore très restrictif. Lorsqu'il s'agit d'applets, je ne peux ignorer la dynamique temporelle qu'apporte l'animation. Lorsqu'il s'agit de mon travail avec Pov, je ne peux ignorer que c'est une fenêtre vers des mondes virtuels même si la définition de ce qu'est un monde virtuel n'est pas encore très claire.

Donc c'est comme cela que je procède. De manière assez systématique. Que se passe t'il si je dépose six lignes de vingt cinq rondelles les unes à côté des autres ? Si j'augmente le nombre de lignes ? Si je fais en sorte que les rondelles se juxtaposent ? Etc. Je passe d'une image à une autre en modifiant au moins l'un des paramètres. Cependant, le sens esthétique vient toujours là en garde-fou. Parfois je dois retoucher un détail pour que l'image prenne sa force. Parfois il s'agit seulement de déplacer ma signature (mais il est vrai que ces signatures jouent un grand rôle). Ainsi; d'une image à l'autre, le chemin suivi peut basculer puisque je ne poursuis pas une voie déterminée mais me place en état de recherche et d'expérimentation. Il se produit des "accidents" qui entraînent en quelque sorte des "zappings de style". C'est finalement là que se produisent les images les plus intéressantes, lorsque je suis surpris et passe d'une réflexion méthodique à quelque chose qui est plus du domaine du sentiment.

Parmi les images que j'ai fabriquées hier, l'une de mes préférées est celle qui est constituée par une seule ligne de rondelles disposées verticalement. Chaque rondelle à sa propre orientation. Le jeu des ombres varie à chaque fois. Le style est très zen comparé au pop art violent des premières images de la série. J'ai moi même été surpris par cette image. J'ai effectué les réglages mais n'ai plus touché grand chose. C'était presque de l'ordre de la rencontre et ça compte beaucoup, je crois, sur la manière dont je considère cette image. Changer juste la gamme de couleurs suffit à la déséquilibrer (j'ai essayé). Elle devient tout autre. J'aurais aussi bien pu passer à côté de cette grâce.

 

082002_37 - jean-claude.devaux - 2002

 

Un autre exemple que je peux donner est l'image constituée de deux séries de bielles bleues. Là j'ai été beaucoup plus interventionniste. Mon premier choix fût d'utiliser l'objectif grand-angle pour provoquer la courbure des lignes droites (une sorte de revanche suite aux problèmes que j'ai eu lors d'Exploration). J'ai ensuite retouché le sol pour lui donner son aspect bosselé. Le choix de la couleur bleue (bleu IKB ?) est lui aussi déterminent. L'image ne me plaisait pas encore. La décision la plus importante est d'avoir décalé les deux séries l'une par rapport à l'autre. Sans cela, l'image évoquait la grille d'un casque de samouraï ou de footballeur américain. Ce n'était pas ce que je voulais. L'image atteignit vraiment sa maturité lorsque je décalais les séries de bielles. Pour finir, j'ai placé ma signature - presque illisible - comme la trace bleue d'un tampon sur un quartier de viande.

 

082002_13 - jean-claude.devaux - 2002

 

Je suis fier de ces deux images et seulement satisfait de la plupart des autres. Cela signifie t'il qu'il faut ne garder que ces deux là ? (une image à 40 000 euros par jour, ça pourrait suffire !). Je ne sais pas encore mais je pressens qu'il va devenir de plus en plus difficile de me tenir à l'esprit de départ de mon site internet. Comme je l'avais conçu, c'était mon atelier et je devais à priori y entreposer toute ma production pour la donner à voir au monde. Si je dois sélectionner ce que je montre, la logique devient différente et le site deviendrait alors plus un espace d'exposition et moins un atelier.

Par rapport au site, se pose aussi la question de maintenir sa cohérence, ce qui m'apparaît de plus en plus difficile. Pour les textes de "ce qui change" en particulier, j'ai décroché. J'ai pris beaucoup de retard et n'ai plus le temps de m'en occuper. Ajouter à cela, lorsqu'on me dit que "ça ne marche pas avec Netscape", ce qui signifie (si le problème se confirme) que peut-être malgré mes choix de n'utiliser que des techniques basiques de javascript, je devrai faire de la maintenance sur mes pages pour qu'elles continuent d'être visibles.

Concernant le style, je me pose encore une question liée à l'usage de l'ordinateur. Ne se pourrait-il pas au fond que l'utilisation de cette machine amène la suppression du style ? Si le style est comme je l'ai dit, une sorte d'amputation, il ne serait pas très étonnant que la souplesse de l'outil se traduise par la disparition du style. L'ordinateur me permet de produire des images que je serais incapable de réaliser sinon (et pas seulement moi). Il m'offre de multiples possibilités et tant que je ne les aurais pas épuisées, je n'aurais, je pense, pas de style propre.

Le style ne vient que lorsqu'on est obligé de gratter, lorsqu'on sent venir le dénuement.

 

23/08/2002

J'ai lu dans le journal ce matin qu'un nouveau sommet international allait se tenir à Johannesbourg sur le développement durable. Les Américains (Bush) et les Italiens (Berlusconi) ne veulent pas y participer mais on espère que des décisions sur le climat seront prises malgré cette attitude suicidaire des Etats Unis (et ridicule, "mussolinienne", de l'Italie).

Le WWF publie à cette occasion un outil de mesure de la pression écologique. Ce qui est rassurant, en un sens, c'est que des américains ont participé à l'élaboration de cet instrument ce qui indique que, de gré ou de force, Bush finira par céder. Sur le site www.wwf.fr on peut trouver un questionnaire permettant d'évaluer individuellement sa pression écologique. Les chiffres donnés dans l'article sont inquiétants. Il apparaît qu'à l'échelle mondiale on consomme plus que ce que la planète peut produire pour se régénérer. Cette situation est relativement nouvelle, elle ne date que d'une vingtaine d'années. L'empreinte écologique a doublé en 40 ans. La France dépasse de 83% sa capacité biologique. Elle ponctionne 1,2% de la capacité mondiale. Ramené à l'individu, il faut 5,3 ha par français pour équilibrer son empreinte écologique. Il en faut 10 pour un américain et seulement 0,5 pour un bengali.

Cette publication du WWF a évidemment pour but de faire réagir la population pour créer un mouvement d'opinion et faire pression sur les politiques. Bien sûr que j'y souscris. On ne peut laisser la catastrophe venir sans rien faire. C'est la première fois que je lis ce constat : qu'on tire plus de la Terre qu'elle ne peut donner. Cela change tout. Cela signifie aussi qu'il ne faut plus laisser les fous au pouvoir. Ce n'est plus possible.

 

25/08/2002

Art press est une revue très supérieure à BAM et Artension.. Ils publient des articles de fond en français et en anglais (c'est aussi là que bosse Catherine Millet la pornographe !). J'ai lu plusieurs de ces articles sans pour autant être certain d'avoir tout compris. Avec le genre penseur - philosophe - psychanalyste, on n'est jamais très sûr de ce qu'ils mettent derrière les mots. Ce doit être une question de milieu socioculturel .

Ils semblent penser que les performances, les artistes qui se mutilent en public ou se roulent dans les excréments sont le summum de l'art actuellement; Autant dire que ce que je fais risque de ne pas trop leur convenir. Il sera difficile de le faire valider par les gens du milieu. C'est un inconvénient majeur, d'autant plus que jusqu'à preuve du contraire, ce que je pense de l'art est très incertain. Ce que je fais me semble en être mais quant à savoir si c'est celui qui doit être fait, je n'en sais rien. Je sais seulement que cela ne pouvait être fait avant pour des raisons techniques. Mais sinon, il est évident qu'il y a des choix à plusieurs niveaux. Je sais que je n'irai jamais me saigner en public mais cela ne signifie pas pour autant que ce n'est pas la "vérité".

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L'autre idée qui m'a pénétré ces derniers jours suite aux lectures et aux diverses émissions que j'ai écoutées, est celle, justement, de l'absence de Vérité et d'Universel. C'est un paradis perdu. J'ai été éduqué dans la religion de l'Universel (les Droits de l'Homme, etc.) mais il semble qu'il faut y renoncer. On n'y parviendra pas. C'est une vision trop simpliste des choses. Il faut donc de nouveau faire travailler nos têtes pour trouver les modalités pour être ensemble malgré des différences irréductibles. On peut voir ce changement d'idée comme un progrès mais c'est un progrès effrayant.

Rapporté à l'Art, ça pourrait simplement signifier qu'il n'y a plus une seule vision de l'art mais plusieurs qui vont coexister. Moi même, je poursuis plusieurs voies en parallèle, alors...

[ en me relisant, j'ai l'impression d'écrire des évidences, voire des banalités. Peut-être qu'au fond j'ai toujours pensé ainsi sans me l'avouer. ]

 

26/08/2002

Il y avait un film qui passait sur le petit écran. On voyait dans la pénombre des objets de la vie quotidienne (grille pain, fer à repasser, etc.) d'où sortaient des fils électriques attachés à des pinces crocodile. On pensait à des instruments de torture, à une dénonciation politique. Peu à peu le champ s'élargissait et l'on finissait pas s'apercevoir que le film montrait les détails d'une installation, les éléments d'une œuvre d'art. Je me suis alors dit "ah, ce n'est que cela !" et j'ai pensé qu'il n'y avait pas péril en la demeure.

Ce film était vraiment raté.

 

27/08/2002

On le sait, je suis quelqu'un de très solitaire ! Je vis seul, dors seul, pense seul. Ma réflexion d'artiste tire une force de cette solitude. Elle me permet une concentration que je ne pourrais peut-être pas avoir si j'avais à rendre des comptes. Lorsque je séjourne à la campagne, dans notre maison qui fonctionne sur le mode de la fratrie, j'ai la possibilité de m'isoler pendant des jours entiers sans presque parler. Je ne les gêne pas. Je n'apparaîs qu'aux heures des repas. Cela pourrait choquer de nombreuses partenaires. Mais je reste très discret : une personne de plus, ce n'est pas un problème dès lors qu'on doit préparer les repas. Je suis très intériorisé. Je m'exclame rarement lors d'une trouvaille esthétique ou lorsqu'un programme refuse de fonctionner. Je ne cogne pas sur des masses d'acier comme le sculpteur Calder. Tout se passe dans mes ordinateurs. Je reste assis de longues heures en silence. Parfois j'écris, parfois je peins, parfois encore je lis. Nul ne peut savoir où j'en suis exactement. Il faut croire que cet outil me convient particulièrement.

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La démarche d'ouverture que j'ai entreprise ces dernières semaines me conduit à m'interroger sur le but réel de ce que je produis et sur sa pertinence. Tant que je fabriquais des applets, la question restait au second plan car c'était à l'évidence quelque chose de relativement nouveau et personnel. Mais j'ai voulu me rapprocher des problématiques plus classiques en utilisant le logiciel Pov. Ce n'est pas exactement de la peinture mais c'est suffisamment proche pour tomber en concurrence avec les peintres. Je pourrais me réfugier dans des idées simples comme "j'apprends l'outil" ou "j'apprends le métier" pour justifier certaines faiblesses de ma démarche qui me paraissent de plus en plus apparentes. Ça va être moins confortable. Je vais devoir abandonner l'attitude qui consiste à tout garder (presque) pour être maintenant plus exigeant avec moi même. Du moins c'est ainsi que les choses se présentent mais je ne sais pas si c'est possible. Les critères que j'ai pour le choix de mes images me semblent être surtout d'ordre esthétique mais ma réflexion en la matière est assez élémentaire. Vais-je savoir dépasser cette impression désagréable ? Dans les travaux que j'ai produits la semaine dernière (études des bielles et rondelles) , j'ai compris que je pouvais obtenir à la fois des images belles mais qui ne me satisfaisaient pas (des barbies !!). L'ouverture dont j'ai besoin à présent devrait me permettre d'avoir des idées plus précises si ce qui me plait convient également aux autres. Et s'ils sont réservés, quel positionnement je dois avoir devant leur scepticisme... Si mes images plaisent, le questionnement ne sera d'ailleurs pas tellement différent car rien ne dit que je dois produire des images qui plaisent. Que dois-je faire en pratique ? Je ne sais vraiment pas. Ce qui est bien, ce qui est juste ? Même si je suis convaincu que ces notions ont une réalité, ce à quoi elles correspondent, pour moi, s'est dilué dans mes images.

Je me rends bien compte que ce besoin d'ouverture dépasse largement les frontières de mon activité d'artiste pour investir l'ensemble de mon existence. Je ne peux pas rester plus longtemps seul devant mon écran. Mais je me dis cela sans avoir une idée précise d'où je veux aller, ni même si je pourrais être d'une quelconque utilité. Beaucoup d'idées, de phrases, de concepts résonnent en moi à la recherche d'une cristallisation. Par exemple, je voyais ce matin à la une du Progrès, la photo de cet artiste sud africain Thebo Mbeki qui expose des pingouins de glace au sommet de Johannesbourg pour protester contre le réchauffement de la planète. L'image a fait le tour du monde. Je l'ai vue hier à la télévision. Une goutte d'eau perlait au bout de l'aile d'un des pingouins. Rien de tellement original dans ce symbole, ni dans l'aspect de ces sculptures éphémères, mais une portée politique qui ne peut laisser indifférent.

Bien évidemment, s'imaginer que par un acte artistique on peut changer le monde est assez naïf mais peut-être que l'enjeu est d'une autre dimension puisqu'il s'agit, dans ce contexte, de "sauver le monde" - ou au moins participer à sa sauvegarde. Mes images sont très éloignées de ce genre de préoccupation. Elles sont ailleurs et pas seulement parce qu'elles traitent d'espaces virtuels. Elle ne répondent à aucune demande, aucun commerce, ni aucune cause. Elle ne tirent leur justification que d'elles mêmes pour un but absolument incertain et sans doute très fragile.

 

28/08/2002

En feuilletant Art press, j'ai été arrêté par la reproduction d'une sculpture intitulée "Pratone" d'un certain Gufram, un italien semble t'il. Cette sculpture était formée d'un socle carré dans l'épaisseur duquel les lettres du titre apparaissaient en creux. Au dessus se dressaient des espèces de langues ou des bâtons de glace disposés verticalement mais orientés dans des axes différents. Le tout dans une matière monochrome verte.

Ma première réaction - c'est le plus curieux - a été de penser "mais c'est une image Pov ça ?" et ensuite "tout à fait le genre de chose que je pourrais faire". J'étais troublé, mais en lisant mieux la légende j'ai appris que c'était une structure de polyuréthane expansé donc une "vraie" sculpture.

L'idée même que je puisse maintenant prendre la photographie d'un objet réel, pour une image d'objet virtuel est un événement remarquable. Mais réel ou virtuel, est-ce tellement différent ? Si je ne dois jamais voir cette sculpture que par des photographies, en quoi cela change t'il pour moi qu'elle existe ou n'existe pas quelque part dans une salle de musée ? Le résultat est le même. Je dirais même que cet objet n'est réel (comme beaucoup d'œuvres d'art) que parce qu'on ne savait pas jusqu'ici échanger et enregistrer des images mentales. Il fallait bien pouvoir leur donner une existence pour que les autres les voient ! Maintenant qu'on dispose de logiciels qui permettent de créer l'image d'objets qui n'existent pas, la nécessité de les fabriquer ne s'impose plus à chaque fois.

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Pour prolonger l'exposition "Cher peintre" du centre Beaubourg, Art press a publié dans son numéro de juillet-août plusieurs articles sur les peintres qui participent à cette exposition. Ils ont demandé à l'un d'eux, le belge Luc Tuymans, d'interroger les autres participants par email. La démarche m'a paru intéressante malgré qu'elle se soit limitée rapidement à des problèmes de communication. Un article entier était consacré à Tuymans. Sa peinture est intrigante et indique que sa réflexion sur l'image est profonde. Malheureusement, je ne le trouve pas très clair et ne comprends rien de ce qu'il dit de ses tableaux, des points de fuite, des imperfections, etc. Son tableau "mouth" qui représente une bouche est particulièrement troublant. Difficile de dire comment il fonctionne. Ce n'est ni beau, ni bien dessiné et je ne saurais non plus dire vers quel imaginaire il renvoie. J'ai compris que Tuymans positionne sa peinture par rapport au flot des autres images qui nous envahit. La peinture doit aller chercher ailleurs. Il inclut les images électroniques dans son commentaire. Comme à l'arrivée de la photographie, il n'est pas très surprenant qu'une nouvelle peinture apparaisse et tente de se placer sur un autre territoire. Un drôle de truc tout de même la peinture ! renouvelable à l'infini.

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Est-il raisonnable pour moi de poursuivre avec mes logiciels en pensant que je peux concurrencer la peinture ? J'ai des doutes, mais raisonnablement je ne peux pas me lancer maintenant dans l'apprentissage de la peinture et du dessin ! C'est la question du positionnement. Contre ou ailleurs ? C'est l'une des questions que je dois résoudre.

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Un autre peintre présenté est un Allemand de l'Est, Neo Rauch. Ses tableaux sont extrêmement bizarres. Ils montrent des personnages dont on ne parvient pas à comprendre ce qu'ils font là. Il s'apparente un peu à Chirico... Comme Tuymans, il réalise des choses qui sont propres à la peinture en délaissant un espace de représentation aux autres médias. En un sens, ils affirment que la peinture reste pour toujours "d'avant garde", à moins qu'ils ne se réfugient dans le pré carré encore inaccessible aux technologies.

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J'ai trouvé des choses aussi à propos des femmes artistes. Mais c'était plutôt à la radio, une émission sur l'art et les femmes. On disait qu'Annette Messager est un(e) des plus grands artistes français contemporains. Je suis absolument d'accord. Je me souviens de ses oiseaux morts qu'elle avait emmaillotés dans des tricots de laine à la Biennale de Lyon. L'émission soulignait ce que les femmes ont apporté à l'art, qu'elles en avaient élargi le champ à des domaines que précédemment l'art ignorait : le corps, la politique. Je n'avais jamais vu les choses sous cet angle mais OK. On disait aussi que les femmes s'intéressaient de plus en plus à l'art. Plus que les hommes. Elles sont désormais plus cultivées, etc. C'est le signe d'un changement en profondeur. La révolution féministe est la seule révolution qui a réussi sans verser de sang. OK, OK ! Arte titrait hier soir sur l'importance déterminante du vote des femmes aux prochaines élections en Allemagne. Il est vrai que la situation est différente de la France. Il ne va pas de soi pour une Allemande d'avoir un travail et de gagner sa vie. Elles sont plus de la moitié de l'électorat (sic !) et les candidats de droite auront du mal à les convaincre de voter pour eux !

 

29/08/2002

je pars quelques jours en touriste...

Comme je passais en voiture devant le cimetière, j'ai vu un chat rouge empalé entre les fers du portail. J'étais étonné. J'ai même fait demi tour et suis revenu pour délivrer l'animal. Le chat n'y était plus. J'étais passé juste à l'instant où il escaladait pour sortir vers la route. Il s'était immobilisé en m'entendant arriver d'où ma méprise. Les chats rouges empalés sur les portails des cimetières, ça n'existe que dans mon imagination.

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Je me suis arrêté dans le brouillard sur la route qui monte vers le Puy Mary pour manger un peu. A un moment, j'ai observé que la brume se levait. J'ai traversé la route pour voir ce qu'il y avait de l'autre côté. Je dominais une petite vallée au fond de laquelle coulait un ruisseau sinueux. L'herbe était verte et drue. Le hennissement d'un cheval attira mon attention. Il y en avait une dizaine, peut-être plus. Une vision de Paradis Terrestre.

Quelques minutes plus tard, la brume retombait. Cette lutte entre brouillard et verdure s'est poursuivie tout le temps que j'ai stationné à cet endroit. J'étais garé à la frontière des nuages.

 

30/08/2002

Un peu plus loin, une jument à crinière blonde se tenait debout la tête penchée au dessus d'un cheval mort ou profondément endormi. En fait il dormait, mais j'ai d'abord pensé qu'il était mort à cause du brouillard qui envahissait la montagne. Cette sollicitude animale était assez touchante.

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J'ai finalement gravi le Puy Mary jusqu'au sommet malgré le brouillard. Arrivé en haut, je n'ai rien pu voir. Les limbes ne se sont pas déchirées comme je l'avais imaginé pour me motiver. Ce n'est pas un exploit, ni même une ascension, mais une côte raide qui ne se donne pas si facilement. J'avais un compte à rendre avec ce volcan. La dernière fois, j'avais dû abandonner au quart et cela m'avait profondément affecté de voir tous ces gens qui me doublaient et poursuivait la montée. A l'époque, j'étais plus lourd d'une dizaine de kilos et j'avais le poids d'un désespoir immense qui pesait sur mes deux épaules. Parvenir en haut cette fois, était pour moi une revanche contre le temps.

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Voyager seul est par certains aspects plus enrichissant qu'en groupe (surtout si l'on voyage en France où les problèmes de sécurité ne se posent pas, si l'on est un homme et qu'on se déplace dans l'armure d'une automobile)... J'observe parfois dans l'inconfort du terrain de camping, des petites choses merveilleuses qui ne me seraient peut-être pas données de voir sinon, comme ce cercle de buée qui se forme sur le pare-brise au dessus de ma tasse de thé bouillant que j'ai posée en équilibre sur le tableau de bord, ou ce matin, lorsque je revenais des sanitaires, l'auréole du soleil perçant les feuillages qui n'éclairait qu'une tente et une seule, la mienne. Je me sens en accord avec le monde comme jamais auparavant et finis par ne plus me souvenir pour quelles raisons nous étions si durablement fâchés.

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J'écoutais la radio dans le noir sur mon walk-man multifonctions (il me permet aussi de savoir l'heure sous la tente). Pourquoi Jérôme Garcin disait-il "untel raconte sa vie dans ce roman, honnêtement on s'en fout, mais c'est bien" ? A part la figure de style sans grâce, pourquoi pense t-il qu'on ne devrait pas s'intéresser à la vie de n'importe qui ? Surtout que celui là écrit, ça prouve au moins qu'il vit ! JG présentait les livres de la rentrée avec une autre journaliste femme sous la forme d'une joute oratoire . Je n'ai retenu aucun livre - à la radio c'est impossible - sauf ceux d'auteurs que je connaissais déjà mais dont je n'ai pas envie de parler car j'ai compris qu'ils n'apportent rien de nouveau.

 

02/09/2002

Ce matin la radio décrivait les razzias de bandes organisées sur les fermes de Madagascar. Ils se déplacent en quatre-quatre et son armés de Kalachnikov. C'est leur seule modernité. Ils volent le bétail et violent les femmes parfois. Rien de nouveau décidément.

 

07/09/2002

Réalisée une mise à jour du site cette semaine. Trois nouveaux choix dans l'exposition 2002 : ProjetLBM, Exploration, Etudes082002. Dans la page consacrée au projet LBM, je me limite à annoncer la naissance de LBM avec un petit texte explicatif. L'exploration concerne la visite de l'image champDeBillesC07. Avec les Etudes, je présente mes différentes recherches récentes avec POV. Il faudrait que j'améliore à présent l'aspect communication du site. Probablement aussi refaire le tour de toutes les pages pour améliorer l'ensemble. La page d'accueil d'abord. Il faudrait la retoucher et y inclure des liens avec des "ring" sur l'art ou avec les images pov.. Il faudrait aussi que je reprenne le dictionnaire de "ce qui change", car des choses ont changé depuis que je n'ai rien écrit la dedans.

Je pense aussi retravailler sur des applets traitant le thème de l'érosion. J'ai cela en tête depuis pas mal de temps mais pas trouvé le temps de m'en occuper. D'un point de vue programmation, ce sera un peu difficile mais c'est un sujet intéressant pour un peintre... puisqu'il s'agit du temps et de la décomposition. Des thèmes récurrents mais qui avec les applets peuvent être abordés de manière nouvelle. J'espère obtenir des effets évoquant l'érosion d'un rocher par le vent... Je voudrais aussi voir si je peux trouver des représentation / simulations de la diffusion d'un liquide dans une matière poreuse, par exemple, de l'eau dans le sucre.

Cette série amènera sans doute des questions de représentation. Faut-il être réaliste ou au contraire s'écarter du réalisme. Pour l'instant j'imagine les images de cette série sous la forme d'un carré monochrome se décomposant peu à peu sous l'effet d'une agression externe. Bien sûr, cela pourra évoluer. Il sera naturellement nécessaire de trouver un compromis par rapport à la puissance de calcul des PC. Assimiler chaque point de l'applet à un objet semble peu réaliste pourtant, dans la nature, chaque atome à sa propre "vie".

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La phrase de Breton (?) citée par Philippe Sollers pour conclure en beauté l'interview qu'il donnait sur Arte. Je cite de mémoire et Sollers aussi...

- La lectrice excitée s'arrête de lire et se penche pour éteindre l'électricité.

 

17/09/2002

J'ai plus ou moins interrompu ces notes car mes préoccupations devenaient trop personnelles. Ce n'est pas le lieu. Ici, ce que j'essaie de tracer, ce sont les étapes de ma recherche d'artiste. La frontière avec le monde est toujours ténue mais j'essaie de la conserver. Bien sûr, prétendre que mes "affaires personnelles" n'influencent pas sur ce que je produit ne serait pas correct. Le critère de "choses privées" garde sa pertinence. Si je ne suis pas d'accord pour que tous le monde lise, je l'écarte de ces notes. Ce n'est pas plus compliqué.

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JP est passé me dire qu'il s'était connecté sur mon site mais n'avait pas pu tout voir. son navigateur lui a demandé de charger un plus in de 4Mo. Il s'agit de la machine virtuelle java. Il est très étonnant qu'il existe encore des navigateurs qui ne disposent pas de cette extension. Cela m'a surpris. Quand donc dans ces conditions pourrais je espérer utiliser les fonctionnalités de java 2 !

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Procès de Houellebecq aujourd'hui à propos de ses déclarations sur l'islam à l'époque de Plateforme : "les musulmans sont des cons !". Sentiment de ridicule, aussi bien du côté des associations venues défendre l'honneur des musulmans que de celui des écrivains (Sollers, etc..) venus défendre la Littérature. Que ce monde me paraît vieux et pitoyable. Ce n'est pas possible !

 

20/09/2002

Réunion de travail avec notre nouveau webmaster. Il s'agit de "normaliser" l'aspect du site intranet de notre service pour l'homogénéiser avec les autres sites de notre direction. J'ai crû que la réunion allait tourner court ! C'était tendu. Ce qu'il s'est passé dépassait largement le contexte de ces quelques pages d'usage interne. C'étaient des enjeux de pouvoir au sein des entreprise qui s'opposaient. Il m'apparaît que sous le prétexte d'en améliorer l'efficacité, un petit groupe d'informaticiens tente de prendre le pouvoir sur ce réseau. Leurs discours prétend aux meilleures intentions. Il ne veulent pas intervenir sur le contenu seulement sur la forme, l'aspect des pages, la manière de les organiser. Seulement cette structuration est un moule rigide qui oblige à penser d'une manière et d'une seule : la leur. Infiniment normative. Nous avions une optique beaucoup plus libérale. Un peu de bordel ne nous gêne pas puisqu'il permet plus de créativité. Ces gens n'ont pas bien compris ce que c'est qu'internet ou plus encore un intranet d'entreprise. Ils veulent reproduire les schémas anciens, pour se rassurer sans doute, mais ils ne vont aboutir qu'à gâcher des choses. Malheureusement, je crains qu'ils ne parviennent à leurs fins. Comme c'est triste. Comme les hommes sont tristes. Ils ne sont pas à la hauteur de l'outil qu'il leur est donné. Un comble. A croire qu'ils n'aiment pas la liberté. A la fin de la réunion, mes collègues et moi avions tous un sentiment de frustration. Nous avions dû céder sur plusieurs points. La nouvelle page d'accueil nous paraît moins bien que celle que nous avions. On a fini par dire qu'on s'en fiche ! Il sera intéressant d'observer dans les mois prochaines comment nous réussirons à nous libérer de ces nouvelles chaînes où si le site va tomber à l'abandon.

 

25/09/2002

Je me suis connecté sur le site officiel Pov. J'ai téléchargé la version 3.5 qui est maintenant terminée (je travaillais avec la 3.1). J'ai récupéré aussi, sur un autre site, le logiciel Spatch.. Avec quelques difficultés car de nombreux liens ne marchaient plus. Ce soft est sensé permettre de créer assez facilement des personnages ou des visages. J'ai déjà vu des exemples assez convaincants sur internet.

Je me suis enregistré sur le site Pov et j'ai laissé l'URL de mon site. On verra si cela m'amène des visites (très peu j'imagine). Il existe des "ring pov" (des chaînes de sites sur le même sujet) mais ils sont apparemment tombés à l'abandon. Beaucoup de liens ne marchent pas. La qualité des sites n'est pas toujours garantie non plus. J'ai aussi envoyé mon adresse au festival villette-numérique et à une autre manifestation qui va se dérouler en octobre à Valenciennes. Je ne suis pas réellement inscrit comme participant (je ne correspond pas au critères) mais cela peut permettre de faire connaître mon travail par les "gens du milieu".

 

29/09/2002

Il faut que je retouche ma page d'accueil car je pense qu'elle apparaît de nouveau démodée. Elle tranche en tout cas de plus en plus avec ce qu'on voit ailleurs, de part sa simplicité, son minimalisme. Je vais revoir cela. Je pense mettre d'avantage de texte sur cette page pour expliquer ce vers quoi ils s'engagent.

Plus globalement sur ma démarche et par rapport à ce que je vois dans ces festivals, je m'aperçois que je suis de nouveau dans une voie marginale. Tous semblent considérer le net comme du cinéma alors que pour moi, c'est plus proche de la littérature et de la peinture. Je ne pense pas qu'un des optiques soit plus exacte. La seule question est de savoir si je dois poursuivre dans ma voie ou m'adapter au sentiment majoritaire. C'est un problème récurrent pour moi. En général, je ne cède pas à la mode mais ce n'est pas sans conséquence et isolement.

 

30/09/2002

Dans le texte d'introduction au festival villette-numerique ( www.villette-numerique.com ), j'ai été content de voir que la seule référence était John Maeda qui est aussi l'une des miennes. D'un autre côté, le fait d'associer étroitement Maeda au MIT en même temps qu'on souligne que l'initiateur du festival digit@rt est enseignant à Paris VIII ( Jean-Louis Boissier) montre que ces gens n'accordent de crédit qu'à ce qui se passe dans les institutions et je ne trouve pas que ce soit une marque d'ouverture d'esprit. Concernant les différentes formes de créations électroniques, le texte souligne le foisonnement actuel en précisant qu'il n'y a pas urgence à créer des catégories. On voit cependant que la tentation est grande. J'ai noté encore une idée que je trouve étrange. Celle que cette création est de l'ordre du prototype, de l'expérimentation mais pas encore de l'art. Comme si l'art pouvait être autre chose que du prototype. Je vais réfléchir sur ce point pour ne pas rester sur mes à priori mais dans l'immédiat cette distinction ne me semble absolument pas acceptable.

L'autre trait que j'ai noté dans ce qu'ils disent autour de ce festival vient de l'idée de rapprocher le domaine du jeu vidéo de celui de la création numérique. Les deux mondes ne se connaissent pas. J'avais déjà noté que la création de ces jeux pourrait être considéré comme un art, à la manière du cinéma par exemple. Elle conduit aussi avec internet à la conception de mondes virtuels impliquant de très nombreux acteurs. On regrette la faiblesse des scénarios. A l'inverse les artistes n'ont probablement pas la compétence technique des programmeurs de jeux vidéo, d'où l'idée d'une rencontre entre ces deux mondes. D'un point de vue conceptuel, je ne peux qu'être d'accord malgré le sentiment que j'ai d'être en dehors de cette problématique.

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J'ai préparé une importante mise à jour du site. J'ai complètement redessiné la page d'accueil en fonction des nouvelles idées esquissées hier. D'une certaine manière, j'ai cédé à la mode. Le design est plus dans le vent avec des cadres et des caractères beaucoup plus petits. C'est étrange cette tendance à écrire de plus en plus petit sur les écrans. Pour faire jeune j'imagine ! Qui qu'il en soit ma page d'index me paraissait décidément, devenue trop vieillotte. Il fallait la reprendre.

L'amélioration porte d'avantage sur la "lisibilité" du site. J'ai ajouté quelques commentaires qui expliquent ce que je fais. L'objectif n'étant plus la surprise, le choix émotionnel comme au départ mais d'avantage d'essayer d'entamer le dialogue. J'ai corrigé la page "objectifs" dont le texte était devenu prétentieux. Peut-être faudra t'il que je modernise d'autres pages. Je ne le souhaite pas. Et puis ça pose problème. S'il faut périodiquement revoir les pages d'un site internet même si le contenu reste inchangé, ça devient un inconvénient, un véritable boulet. Non, il faudrait que cela puisse rester stable.

Peut-être qu'à un certain moment, il me faudra fermer ce site pour en ouvrir un autre comme on termine un livre. Que deviendront les sites clos ? Il y aura t'il un moyen de créer une "archive en ligne" ou bien, faudrait-il les copier sur cdrom et les commercialiser sous cette forme ? L'idée d'un conservatoire, d'un musée de sites "terminés" mérite réflexion. Il faudra qu'il restent opérationnels malgré l'évolution des navigateurs. Il faudrait également gérer de manière élégante les liens morts (comme par exemple celui de l'adresse émail résiliée du site de monsieur é)...

Sur ma nouvelle page d'accueil, j'ai ajouté deux images qui donnent une petite idée de ce que je fais avec Pov. On verra si l'effet de teasing augmente les visites. C'est logique de mette en avant le côté graphique désormais puisque c'est celui qui a le plus progressé depuis l'ouverture. Au début, les textes avaient un poids beaucoup plus important. J'ai ajouté aussi quelques phrases explicatives, des généralités et quelques informations sur les deux expositions. J'ai aussi ajouté des liens vers mes notes d'artiste qui méritaient d'être mise plus en valeur qu'elles ne l'étaient.

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Parmi les thèmes explorés par les concepteurs de l'exposition villette-numérique, j'ai retrouvé à peu près tous ceux que j'avais esquissés dans les mois passés. L'interactivité (NothingInterface) , les questions liées aux formes vivantes que j'ai à peine abordées (n'ai d'ailleurs encore rien mis en ligne sur ce sujet), la découverte des mondes virtuelles (Exploration), les nouvelles possibilités de représentation du corps grâce aux images virtuelles (Projet LBM), l'idée de mini animation en boucle... J'ai l'impression d'être sur la bonne voie mais il faudrait que je travaille d'avantage. Si c'est possible ! Ou sinon que je progresse plus vite encore, plus droit au but. J'ai pris beaucoup de retard dans mes projets par rapport aux nombreuses esquisses que je peux avoir. Ce n'est pas si grave en soi. Parfois, les idées s'estompent d'elles mêmes et je ne vois plus l'intérêt de les mettre en œuvre. Parfois deux ou trois projets fusionnent en un seul. Il n'empêche que je n'ai réalisé encore aucune animation parmi celles que j'ai imaginées en début d'année. Mes applets avec lesquels je devais développer des objets "vivants" sont toujours dans mes cartons. Il faut que je sois vigilant, ne pas me disperser. En un sens mes tentatives de prise de contact du début d'été auront été profitables même si elles sont décevantes parce qu'elles ont tourné court (bizarre quand même). elles m'auront permis de critiquer ma propre démarche, de me mesurer. J'ai tendance à ne pas assez promouvoir mes réalisations. Ceci parce que probablement je suis trop créatif (en rapport au temps que je peux consacrer à ma production). Créer m'intéresse d'avantage, me semble plus "urgent". Il faut que je trouve rapidement quelqu'un qui puisse prendre en charge mes relations publiques.

Les observateurs des arts électroniques s'interrogent beaucoup pour savoir si les ordinateurs génèrent de nouvelles pratiques et de nouvelles formes d'art. Ce qui ne semble pas les effleurer, c'est qu'on puisse aussi les considérer comme de nouveaux outils pour prolonger les formes existantes. Pour un peintre, un ordinateur est d'abord un pinceau... Chez les écrivains, cependant, on a adopté le traitement de texte sans qu'aucun ne semble se demander si cela doit générer une nouvelle forme de littérature. Comment expliques tu cela ?

 

notes octobre 2002

 

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me contacter par e-mail jean-claude.devaux (site officiel)

mise à jour le 13/10/2002